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Accueil du site > Actualités > Société > Sortir du démocratisme, ou Petite philosophie de l’erreur (...)

Sortir du démocratisme, ou Petite philosophie de l’erreur d’interprétation historique

Nous sommes victimes d'une vision anachronique, par "méta-chronisme". En effet : les connaissances historiques accumulées aujourd'hui, même mal distillées, nous donnent le sentiment de surplomber les temps. Cela produit l'illusion "méta-chronique" ("au-dela des temps").
Problème donc : on appartient à son époque, et du coup on commet des anachronismes. Et, notamment, on est "chrono-centrique" : de même que l'égocentrique juge sans empathie interhumaine, et que l'ethnocentrique juge sans empathie interculturelle, le "chrono-centrique" juge sans empathie interépoquale.
C'est exactement Monsieur le Président jugeant pendant sa campagne, que le commerce triangulaire est un crime contre l'humanité. Non. (D'autant plus que les plus vastes esclavagistes de l'Histoire sont médiévaux, et précisément musulmans.)

  • Horloge astronomique en la cathédrale de Strasbourg.

 

Bref : le "méta-chronisme" rend complotiste par amalgames, et le "chrono-centrisme" fait faire des jugements anachroniques de dingue. Etc.

Faîsons gaffe de ne pas nous prendre pour Dieu (sujet éternel, sujet de tous les temps) à cause d'un mauvais usage de nos larges mais mésusées connaissances :

  • Surinformée au petit bonheur la chance (illusion méta-chronique, de surplomber les temps, incitant inconsciemment et malencontreusement à l'interprétation complotiste de l'Histoire) notre époque démocratique juge anachroniquement que, le passé historique est affreux, et qu'il n'y a qu'elle (l'époque démocratique) pour détenir la morale véritable ;
  • C'est du chrono-centrisme, à savoir (comme il y a égo- et ethno-centrisme) une incapacité à faire abstraction de ses mœurs et morale idoine (l'égocentrique ne fait pas abstraction de ses mœurs et morale idoine propres devant autrui ; l'ethnocentrique ne fait pas abstraction de ses mœurs et morale idoine socioculturelles devant d'autres sociocultures ; le chrono-centrique ne fait pas abstraction de ses mœurs et morale idoine devant d'autres temps).
    Or, comme les démocratistes (je n'ai ni dit les démocrates, ni les démocratiques, dont je ressors fatalement comme habitant de cette aire en cette ère) ... comme les démocratistes ne parviennent pas à faire abstraction de leur démocratisme (mœurs et morale idoine), ils jugent chronocentriquement ;
  • L'illusion téléologique, est précisément celle par laquelle on s'imagine que le but, c'était nous, chrono-centriquement, sur une base méta-chronique. Vous me suivez ? ... Cet article fait une petite philosophie de l'erreur d'interprétation historique, alors un peu de concentration car ça éviterait bien des écueils, que d'y être sensible ;
  • En effet au final, les "insensibles" s'adonnent au mentalisme : ils sont dans un complexe de supériorité temporelle, en imposant sadiquement l'infériorité aux autres temps et sociocultures idoines. D'où mentalisme démocratique d'illusion téléologique méta-chronique chrono-centrique, CQFD.
    En somme, on s'imagine scientifiquement de gentils démocrates, alors qu'on est dans un moralisme, une moralisation, un jugement moral autocentrique (démocratisme idéologique).
    Ce moralisme ne fait absolument pas honneur à la démocratie, et ne rend absolument pas justice d'autrui, des sociocultures et des époques historiques, très méchamment sur le fond. Il est profondément ancré, inconscient, veule et vil, comme tout moralisme d'ailleurs.
  1. Il y a le démocrate, agent du régime démocratique.
  2. Il y a le démocratique, ressortant d'un régime démocratique.
  3. Il y a le démocratiste et le démocratisme, tendant-ces à la démocratie, partisan-eries prodémocrate-iques, de mœurs et morale idoine, c'est-à-dire valorisants la supériorité du régime sur le reste. Cela a certainement du sens quand il s'agit d'instaurer une démocratie par miliance éclairée (le démocratisme est alors un progressisme) mais, quand la démocratie est instaurée, cela devient une mentalité idéologique aliénée. On peut être démocrate et/ou démocratique sans démocratisme alors, i.e. sans être démocratiste.

Aussi faut-il sortir du démocratisme, quand on est un démocratique voire un démocrate.

Les mœurs démocratiques, elles valorisent l'autodétermination des peuples souverains - et par extrapolation libérale l'autodétermination individuelle. A partir de quoi l'on s'écharne à se focaliser et ne vouloir entendre plus parler que de cela, dans nos sociétés, déjugeant et méjugeant injustement d'autres sociocultures (ethnocentrisme) et d'autres époques (chronocentrisme).
Tout cela, au nom de cette définition du Bien absolu, comme autodétermination des peuples/de soi. Sans oublier l'égalitarisme (passion pour l'égalité) diagnostiquée dès l'origine par Alexis de Tocqueville (De la Démocratie en Amérique).

Un tel militantisme n'a de valeur qu'à lutter contre les éléments actuels, de nature à affecter négativement ladite autodétermination des peuples souverains/de soi (encore que l'une/l'autre autodétermination rentrent en conflit sur bien des terrains - mais c'est un autre débat). CQFD.

Au-delà, donc, demeurer démocratiste est s'aliéner la bonne compréhension de tous les modes d'être non-démocratiques - déjà que l'empathie inter-époquale est une gageure ("chrono-altruisme"), quand on sait que l'empathie inter-socioculturelles ("ethno-altruisme") et même inter-humaines ("ego-altruisme") ne sont pas gagnées ...
Le démocratisme est alors bel et bien un moralisme, avec moralisation idoine, car c'est exactement le même phénomène lorsqu'une personne nous reprend et nous tance injustement.

Telle personne nous déjuge et nous méjuge sur la base de sa seule interprétation des choses (mœurs et morale idoine propres, égocentriquement). Si cela n'est pas toujours inutile devant un jeune, qui doit intégrer l'altérité éducativement, cela n'est évidemment d'aucun intérêt heuristique, car l'herméneutique est fallaciée





Un seul exemple : On peut juger affreuse la Passion du Christ et toutes ses représentations martyriques (image 1) en se disant que le christianisme est une religion barbare. Après tout, ne conduisit-il pas - entre autres - à l'Inquisition (image 5) ? Et puis, on se demandera pourquoi l'Eglise n'insiste pas assez sur l'enfance du Christ (image 2) qui le montre mignon au point de le faire sympa (image 4), sans parler - essentiellement pour le croyant - de toute la théologie de la résurrection (image 3) ! ... Il y a de quoi honnir, délaisser, oublier, rejeter, dans la mesure où ça insiste sans explication compréhensible, sur des affres. Finalement, on obtient ce phénomène-Internet, Raptor Jésus ... mais c'était dû à une erreur d'interprétation historique, où l'on juge le christianisme depuis notre démocratisme de moeurs et morale idoine.

Reprenons l'affreuse Inquisition. L'époque de manière générale, n'est pas à la tendresse, l’Église pas plus que les autres féodaux. Souvent d'ailleurs, on se prête à penser que sans Alexandre VI Borgia, le Vatican n'aurait pas survécu à la Renaissance (sans son habileté politique, par-devers toutes les débauches). "Les voies du Seigneur sont impénétrables" ... Plus tôt, quant à la vie de Jésus-même, le Sanhédrin trépigna de le rendre "intéressant" aux yeux de l'autorité romaine qui n'en avait que foutre, et qui le crucifia pour un tout autre motif que religieux, sans vraiment y croire : l'ordre social. Ponce Pilate s'en lava les mains ...

Bref, les procès rétrospectifs, c'est connu, surtout l’Église et l'inquisition, etc. La France aussi, fut fasciste, de 40 à 44-45, et je ne doute pas que sur une vie, nous ayons tous quelque tourment à nous reprocher ; que nous n'ayons jamais pratiqué la torture n'est pas une excuse. Qu'il est doux de se tailler une bonne conscience au miroir du pire ... "Hélas", l'Inquisition tua moins, en 300 ans, que la Terreur lors de la Révolution française, en 3 ans, et quid du sort des Amérindiens, lors de la colonisation des Amériques ? Le plus gros génocide de l'Histoire : Hitler s'en est explicitement inspiré, sans avoir besoin d'un dieu pour justifier la démarche.

Or, comme 99% de l'humanité sur Terre et à travers le temps, est religieuse d'une manière ou d'une autre, il y aura fatalement bien des exactions commises à ce prétexte. Supprimons toutes les religions, qu'on s'en trouve bien d'autres, le XXème siècle l'a prouvé magistralement. Oui, comme dit le personnage principal du jeu vidéo Fallout 4 : "La guerre ... la guerre ne meurt jamais." Il fallait bien une telle référence triviale, pour répondre à ces trivialités anti-religieuses.

Non mais au fond, d'aucuns s'en prennent plus à l’Église, parce qu'ils sont plus curés dans l'âme que le curé, plus christiques que le Christ ... Ce qu'ils lui reprochent, à l’Église, ce sont ses contradictions entre le message et certaines applications ... C'est ce que font les démocratistes : ils se chagrinent du manque de logique globale, d'acteurs sociohistoriques qui n'entretiennent souvent pas de lien directs entre eux, causaux au sens fort, mais uniquement des corrélations. Ce n'est pas scientifique dans la démarche, et ça a des caractères complotistes dans le raisonnement.

Bref, c'est erronné. Evitons donc, et pour tout, ce mentalisme démocratique d'illusion téléologique méta-chronique chrono-centrique, CQFD.

 

Nietzsche, fameux auteur de la sentence "Dieu est mort", dans le Gai savoir (1887), écrivit néanmoins dans Plaisanteries, ruses et vengeances :

38.

« Dieu nous aime parce qu’il nous a créés ! » — Dit l'homme pieux.
« L’homme a créé Dieu ! » — C’est votre réponse subtile.
Et l'homme n’aimerait pas ce dieu qu’il a créé ?
Parce que l'homme a créé Dieu il devrait le nier ?
Ça boite, ça porte le sabot du diable.


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12 réactions à cet article    


  • Ciriaco Ciriaco 10 septembre 20:03
    On pourrait s’attendre à une autre formulation des rapports moraux, au moins dans le sens où une connaissance porte souvent en filigrane une éthique et une représentation du monde. Celle-là se fonde sur la raison et rien n’indique, à la comprendre, qu’elle soit totale, dogmatique ou autoritaire, car la raison est ainsi faite qu’elle est elle-même une incomplétude qui se pose face à la nature des choses, agi autrement.

    Je souscris au concept de chrono-centrisme et sachant la vision raccourcie qu’il déplie sans cesse, je ne ferais pas des moralistes de la démocratie une question antagoniste à la démocratie, mais un repli dont, paradoxalement, nous pourrions un jour avoir besoin. Je pointerai bien plutôt un libéralisme anthropologique sans cesse nourrie dans le temps replié, produisant des fissures de plus en plus importantes.

    Celle de la connaissance est déjà largement entamée, et dans les temps sombres qu’un Tocqueville n’aura qu’esquissé, la morale semble souvent se retrouver comme étant l’empêchement d’un autre, et ceci selon son bord. N’est-ce pas ?

    Marx ne s’était pas trompé sur la condition politique des civilisations ; il était simplement plus optimiste sur sa résolution.

    • Christ Roi Christ Roi 10 septembre 20:27
      Le problème est que le monde dans lequel nous vivons est tellement faux, qu’on a envie de faire un reset tellement tout le monde sent bien que tout « boîte, tout porte le sabot du diable ! »
      .
      Nous ne sommes pas en démocratie.
      Le darwinisme ne marche pas.
      Nous ne sommes pas des fils de singe mais des fils de Dieu.
      Nous ne sommes jamais allé sur la lune.
      L’Histoire qu’on nous a raconté à l’école est fausse.
      Le progrès de la Machine ne nous rendra pas heureux.
      etc.
      .
      Comment voulez vous qu’avec tous ces mensonges nous puissions avoir l’esprit sain ? Ce n’est pas possible.


    • Ciriaco Ciriaco 10 septembre 20:43

      @Christ Roi

      Si vous me permettez d’être athée, cela me permettra de continuer à considérer les monastères comme des endroits intéressants.

      C’est un peu l’idée.

    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 10 septembre 21:09

      @Ciriaco Les couvents ...c’est tout de même autre chose...bon plus aujourd’hui...


    • Morologue Morologue 11 septembre 18:18

      @Ciriaco. J’aime bien votre propos ^^


    • Passante Passante 10 septembre 20:35
      le secret étalé ? c’est qu’ils sont persuadés !
      que ce monde a été créé ? pour eux..
      alors habiller les gueux c’est généreux
      c’est comme tobit enterrant ses morts,
      le voyage d’ulysse sera long
      joie.

      • Morologue Morologue 11 septembre 18:19

        @Passante. Agréable.


      • Le Vautre Oméga Vertagus 11 septembre 02:23

        On devrait faire lire votre article au lycée, parmi les autres lectures obligatoires – c’est mon « rêve stalinien » comme dirait Žižeksmiley


        • Morologue Morologue 11 septembre 18:19

          @Vertagus. ^^


        • Morologue Morologue 11 septembre 18:20

          Remarquez que, des « rêves staliniens », les démocratistes en ont bien plus, et avec les moyens de les réaliser. Les démocratistes - mais aussi les lobbyistes, etc. (enfin qu’est-ce que le démocratisme, sinon un vaste lobby ... ).


        • Jason Jason 11 septembre 11:11

          Mais, revenons-en aux vieilles théories du contrat. Le mandat confié à un élu constitue un contrat moral. C’est le seul contrat dans lequel une des parties ne doit rien à l’autre. A cela s’joute que ces élus, selon leur poste, ont le pouvoir de constituer une équipe à leur goût sans rien demander à personne.


          Ils ne rendent compte qu’à travers une presse agitée et sans scrupules intellectuels, ou soucis de couvrir TOUTE la vérité.

          Le démocratie ne devient alors que les avantages de quelques-uns sous le couvert du bonheur pour tous.

          Je le répète depuis des années, mais les choses les plus évidentes ont le mérite de passer inaperçues.

          Qui oserait critiquer de telles évidences ?

          • Morologue Morologue 11 septembre 18:24

            @Jason. C’est-à-dire que dans mandat, en fait, il y a demande, enjointe, charge, confiance. Aujourd’hui, on ne demande plus rien : on valide ou non statistiquement un programme par le vote ; on n’enjoint plus, puisqu’on n’a que fait valider par un vote ; on ne charge plus, puisque l’élu s’était déjà chargé des charges qu’il promettait et qu’il réalisera selon ; on ne confie plus, puisqu’on ne fait que participer à un rituel nommé voté. Bon. Aussi bien, nous sommes marginaux. La masse est marginale. On n’a jamais vu ça, avant que le Droit n’institue aussi bien le Tors ^^

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