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Accueil du site > Actualités > Société > Y a-t-il une différence entre « vérité consensuelle » et « vérité objective (...)

Y a-t-il une différence entre « vérité consensuelle » et « vérité objective » ?

Au plan de la connaissance, une vérité consensuelle, c'est d'abord et avant tout un consensus quant à telle ou telle vérité, et en l'occurrence ça désigne plutôt une fiabilité, c'est-à-dire une chose à laquelle tout le monde incline à se fier, décréter qu'elle est "vraie" sans vériconditionnalité obligatoire (condition de vérité) en fait : dans le moins soucieux des cas, une rumeur ferait aussi bien l'affaire ou en général des préjugés.

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Fresque murale sur le campus de l'université Bordeaux III

 

Mais disons-le aussitôt : il ne faut absolument pas cracher sur de telles rumeurs ni sur tels préjugés, parce qu'indépendamment des connotations négatives autour de ces notions de rumeur et de préjugé, anthropologiquement, c'est quoi une culture ? sinon la masse de tous ces micro-témoignages et micro-pratiques connues, au sens où l'on dit qu'on a une connaissance sur Paris, et une autre sur Toulouse ? C'est-à-dire que les connaissances personnelles/culturelles ne s'identifient pas aux sciences.

Exemple simple : il est personnellement/culturellement valide de saluer quelqu'un par une formule ou l'autre quand on le rencontre, mais cette formule est-elle vraie ? ... Il me semble qu'il y a quelque chose d'absurde à la dire vraie. Tout au plus, sont vraies ses cognition, articulation et acoustique, au plan de la situation d'énonciation, mais le fait de (avoir à) l'exprimer n'est pas vrai, mais est valide personnellement/culturellement. Le consensus est vrai comme consensus, mais sa teneur est valide au sein d'un espace consensuel nommé relations personnelles/culturelles.

Comprise ainsi, "une vérité consensuelle" (expression totalement ambiguë) n'est pas objective, encore que la factivité de son expression le soit (objective) sans compter tous ses effets rhétoriques/pragmatiques linguistiques, jouant historiquement, socialement et politiquement (ou non) par effet-papillon (potentiel), auquel point on approche une sorte de mémétique (Richard Dawkins) il me semble : la diffusion des contenus de validités, de "vérités consensuelles".

Après, la question Y-a-t-il une différence entre vérité consensuelle et objective ? suppose aussi quelque chose comme un rapprochement entre objectivité et intersubjectivité. Or, les distinguer n'a pas d'intérêt - qu'on démontre le contraire sinon - en ce sens que l'intersubjectivité est très objective, justement aux plans historique, social et culturel (anthropologique) : la question de la vérité objective/intersubjective scientifique rejoignant, à ce stade, un paradigme d'efficacité/opérativité coupé des personnes et des cultures ... ou qui du moins cherche à s'en dépêtrer, car les science studies (Bruno Latour) auraient certainement à y redire, au moins en termes d'enjeux sociopolitiques intrinsèques aux champs (Bourdieu) de la recherche, à commencer par les symboliques.


Il y a deux conséquences à tirer, après réflexion

1. Scientifiquement, on peut dire que l'humain ne peut pas vivre que de vérité, et qu'il a besoin de validité personnelle/culturelle aussi, quitte à se faire de fausses fiabilités en général (politiques, philosophiques, éthiques, religieuses ?) c'est-à-dire qu'il est vrai qu'on a (aussi) besoin du faux ou, du moins, du non-vrai ;
2. On peut dire que "la science" ou du moins les milieux de la recherche, a une culture propre qui singulièrement tend à se dépêtrer des cultures, c'est-à-dire une culture de la réflexivité et de la méthode auto-détruisant systématiquement le culturel, sachant pourtant que c'est ... sa culture scientifique, qui veut ça. Ainsi il existe une culture étrange (scientifique) qui veut s'échapper d'elle-même, en tant que la vérité nous échappe toujours ou qu'elle peut être toujours remise en perspective scientifique par une réflexion et une méthode ou l'autre.

Il y a donc des milieux de la recherche, desquels émergent une culture scientifique, comme on dit qu'il y a des ethnies, etc. En dynamique des groupes, il est évident que tout groupe constitué et livré à lui-même produit à terme ses propres codes de fonctionnement plus ou moins réflexes et signalétiques. Tout cela "fait culture". C'est ainsi qu'en sociolinguistique on parle de technolecte, qui est une forme de dialecte propre à un art & métier, à un monde professionnel.

Jamais une équipe de recherche ou ses membres ne sont totalement dissociés de leurs cultures naturelles (de naissance et/ou de formation) toutefois, sur une durée suffisamment longue dans une équipe de recherche, et plus généralement dans le champ de la recherche national et international, se produit une nouvelle culture, scientifique cette fois. Aussi n'y a-t-il aucun affranchissement de la culture en termes usuels ("naturels", encore que la production de cette culture scientifique soit naturelle aussi) et cette culture scientifique n'est pas à confondre avec "une culture générale scientifique" comme on dit que quelqu'un "a de la littérature", par exemple.

Cette culture a pour valeur - normalement, sur la base de son esprit de recherche - de se réfuter elle-même, du moment que c'est méthodiquement justifié. C'est son auto-destruction, mais c'est une destruction créatrice ne l'oublions pas. Or dans toute autre culture ("naturelle") une telle démarche est inquiétante, et il est certainement aussi admirable que terrible, d'être humainement parvenu à une telle dynamique scientifique culturellement, au même titre qu'on trouve admirable et terrible l'explosion des bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagazaki.

A noter en outre les rétro-actions de cette culture scientifique sur les autres cultures, notoirement en Occident, au point qu'une certaine atmosphère scientiste ascientifique puisse régner, par exemple dans ce besoin absolu de se légitimer d'une étude ("une étude a montré que ...") pour des choses banales autrefois. Seulement, comme des choses banales autrefois ont été récusées scientifiquement, on finit par craindre que "tout ne soit que mensonge" avant que "une étude" ne le (re)confirme (seul problème : des études montrent que des études se trompent, dans la mesure où on les publie surtout pour légitimer des crédits de recherche, une réputation ou la publication d'un journal, par exemple !) ... Chez certains zététiciens c'est maladif : ils maîtrisent toute une panoplie de termes pour désigner différents biais cognitifs, etc. au même titre que les littéraires maîtrisent leurs figures de style, pour au final être follement dogmatiques - ce que n'ont même jamais été les littéraires, en comparaison !

Par contre, les sciences évoluent évidemment selon leurs pratiques et leurs découvertes dans cette pratique, avec réflexions, méditations et sagesses pratiques, qui certes sont des formes de théorisations relatives. Mais ici on tend plus artisanalement vers l'ingénierie : ça reste foncièrement constructif, et non (auto-)destructif créateur, même si à un moment donné ou l'autre des pratiques sont historiquement délaissées. La science est saisie malgré elle d'un esprit d'innovation progressiste au plan épistémique. Les autres cultures sont, chacune à leur niveau, dans ce qu'on appelle en psychologie de l'éducation et du développement, des savoirs insus, procéduraux (quoiqu'il y en ait aussi en sciences, à la longue, forcément, mais avec une nuance de réflexivité toujours souhaitée, à défaut d'être souhaitable par un chercheur têtu voire entêté ... qui en cela contredirait l'esprit de sa pratique : il faut être conscient de soi).

Il faut bien comprendre que tout cela est difficile à pénétrer et à démêler, et que la présentation du problème est ici cavalière. Mais ce sont des choses que l'on trouve en épistémologie (théorie de la connaissance, connaissance de la connaissance), ainsi qu'en science studies ou sociologie des sciences.

 

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14 réactions à cet article    


  • Arogavox 7 septembre 13:14

    voir solipsisme : (http://www.histophilo.com/solipsisme.php)

    « ... Kant se sert de ce terme dans la Critique de la raison pratique (3e section, §3), mais pour désigner l’amour de soi éprouvé par le moi empirique, par contraste avec le sujet transcendantal ... »


    • JL JL 7 septembre 14:47

      @Arogavox
       
      le solipsisme et l’empathie sont ils compatibles ?


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 7 septembre 18:37

      Sujet transcendantal qui, en dehors d’un proto-cognitivisme participant de l’empyrée, reste à prouver. Ceci étant, ce serait alors sûrement de dialectique pure ...



    • Eric Havas Eric Havas 7 septembre 14:41

      La philosophie virant à l’épistémologie, quel est l’ « illocutoire » (l’arnaque sous-entendue en terme pontifiant) et ben la même que dans l’article précédent sur la philosophie n’est que sophisme : le libéralisme, la vérité se met aux voix (celles des collèges en attendant des écoles primaires), un exemple grandiose en ce moment avec l’écologie.

      « Arogavox » pas mal ! smiley


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 7 septembre 18:41

        Non, l’illocutoire, ce n’est pas une arnaque. Si nous sommes tous les deux en hiver dans un pièce à la fenêtre ouverte, et que je dis j’ai froid, l’illocutoire (le sous-entendu) demande quelque chose comme pourrions-nous fermer la fenêtre au moins ? en escomptant, perlocutoire, que l’un ou l’autre d’entre nous s’y décide, sur la base donc du locutoire, ces trois malheureux mots, j’ai froid, quand même vous me répondriez hargneusement j’ai rien pour t’aider, un peu comme vous faîtes là dans votre commentaire, à revenir à la charge avec un « libéralisme » insensé dans le contexte.


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 7 septembre 18:54

        PS : d’ailleurs, parler ici d’illocutoire était de même insensé, puisque cela provient de cet article : https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/trois-philosophies-les-pensees-217608 ... Vous faîtes des pâtés.


      • Eric Havas Eric Havas 7 septembre 20:26

        @Marzhin Tavernier
        Il y a longtemps que Feuerbach ne fait plus recette que chez les libéraux qui aiment à faire passer la philosophie (et la politique évidement) pour un simplisme mystique. Mais sous toute praxis apparemment rituelle et arbitraire (saluer qq) se cache une expérience rationnelle inconsciente où pas qui est l’intelligence de cette praxis, de la religion aux dictons en passant par la politesse où la mythologie. La différence du en-soi et du pour-soi.


      • Eric Havas Eric Havas 7 septembre 20:45

        @Marzhin Tavernier
        Et quand je disais à propos du précédent article que sceptique et sophiste allaient de pair dans le syndrome du libéral... voilà que le zététicien rejoint son popperien wittgenstenien dans ces temps de futilité narcissique...


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 7 septembre 22:18

        Ah je viens de comprendre : vous faîtes exprès de véritablement dire des choses insensées, pour dérouter le chaland. Je vous embrasse !


      • Olivier MONTULET Olivier MONTULET 7 septembre 18:47

        Cela est globalement correcte mais il faut cependant affirmer avec force que la vérité n’existe pas elle est toujours multiple, changeante, historique et locale donc relative. On doit aussi affirmer que la vérité consensuelle n’est pas pour autant automatiquement vérité efficace elle peut être aussi être croyance ou erreur de jugement. Le consensus ne fait pas vérité on peut être seul à détenir la vérité la plus satisfaisante (c’est particulièrement vrai en science et vérifié tout au long de son histoire).


        • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 7 septembre 18:52

          D’accord. C’est pour cela qu’objectivité et intersubjectivité sont difficilement démêlables. Intersubjectivité qui produit le consensus quant à ... l’objectivité. Mais votre discours, donc, participe clairement du pragmatisme régnant actuellement (il n’y a pas de vérité pure, mais circonstancielle, donc des fiabilités plus ou moins convaincantes), qui est de culture scientifique en propre, c’est-à-dire inscrit dans un progressisme épistémique au moins, qui au reste démène les autres cultures.


        • Ruut Ruut 9 septembre 17:26

          La vérité consensuelle peut être une Fake News mais acceptée de tous, par exemple la Religion est une vérité consensuelle acceptée mais non prouvée par des faits.

          Alors que la vérité Objective est une vérité Scientifique qui se prouve et se démontre par des faits.


          • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 9 septembre 23:49

            Vérité objective, donc, qui ne se distingue pas si aisément de l’accord intersubjectif quant aux faits, à commencer par la factualité elle-même, si bien que de proche en proche on atteint le consensus et ses vérités consensuelles. C’est bien pour cela, d’une part, que les scientifiques eux-mêmes parlent aujourd’hui avant tout de degrés de conviction et non plus de vérité tandis que la culture scientifique, en tant qu’elle recherche assidument « la réalité réelle », ne correspond pas aux cultures sociohistoriques encore que « la science » ait bien un développement culturel sociohistorique, aussi, y compris comme culture scientifique. Néanmoins la culture scientifique n’admet pas aisément les validités (« vérités consensuelles ») des autres cultures, pourtant nécessaires pour qu’elles soient cultures, c’est-à-dire scientifiquement vie commune, tandis que la scientificité n’hésite pas à détruire cette vie commune aux besoins de la recherche, et ainsi de suite ... la dialectique est immense.

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