⑷ Le problème c’est que vous reprenez les propos de la Pravda de Dassault, qui elle-même reprend ceux d’une officine proche de l’extrême-droite qui utilise jusqu’à la corde ce nouvel épouvantail nommé théorie du genre.
• Or l’amendement Sommaruga visait (1re lecture à l’Assemblée) à promouvoir l’égalité entre hommes & femmes, entre filles & garçons :
« [La formation dispensée dans les écoles
élémentaires] dispense les éléments d’une
culture historique, géographique, scientifique
et technique
[…]
assure les conditions d’une
éducation à l’égalité de genre. »
(Art. 31)
• Après passage au Sénat, cette disposition est devenue
« Elle assure l’acquisition et la compréhension
[…] de l’égalité entre les femmes et les hommes. »
• Et, dans la version définitive (2e lecture à l’Assemblée), c’est devenu :
Oui, les opposants ont déployé des trésors d’imagination pour tenter de dissimuler la simple et crue homophobie qui motivait leur réaction.
Au premier desquels la défense du sacro-saint enfant, du bien-être duquel il s’étaient largement fichus pendant des décennies.
Par exemple, ils s’émeuvent maintenant à grands soupirs de ce que des célibataires puissent adopter ; mais curieusement cette sollicitude bien récente semble plutôt coïncider avec la prise de conscience que l’argument ‘si une personne seule seule peut adopter, au nom de quoi interdirait-on à deux hommes ou deux femmes de le faire ?’ est imparable…
On a ainsi convoqué au chevet de cette mauvaise cause la psychiatrie & la psychanalyse, la sociologie, et même l’anthropologie !
Au grand désespoir des psys, des sociologues, ethnologues & anthropologues.
Certains l’invoquent donc parfois à mauvais escient…
[…]
Une ambiguïté sur les mots opacifie le
problème : on confond filiation avec parentalité
et avec engendrement ou enfantement.
La filiation est la règle sociale qui détermine
l’affiliation d’un enfant à un groupe, en lui
conférant droits et devoirs.
Elle se différencie de la vérité biologique, due
à l’engendrement-enfantement et devenue en 1982
l’un des critères de la filiation.
La parentalité, elle, se fonde sur
l’investissement affectif et la responsabilité.
Il faut bien distinguer ces trois notions : on
peut être investi dans la parentalité et
transmettre la filiation sans être géniteur :
c’est l’adoption légale. »
Quant à la « nature » défendue par les anti-mariage, c’est une vaste blague !
Cette notion est des plus idéologiques et les opposants – parmi lesquels les chrétiens étaient sur-représentés – s’en remettent à une version assez simplette, telle qu’exprimée par le pape :
« La vérité naturelle sur le mariage a été
confirmée par la Révélation dans les récits
bibliques de la création, expression même de la
sagesse humaine originaire où se fait entendre
la voix de la nature elle-même.
Le livre de la Genèse parle de trois données
fondamentales du dessein créateur sur le mariage.
[…]
l’homme, image de Dieu, a été créé “homme et
femme” (Gn 1, 27). L’homme et la femme sont
égaux en tant que personnes et complémentaires
en tant que “masculin et féminin”
[…]
le mariage est institué par le Créateur
[…]
Dieu a voulu conférer à l’union de l’homme et de
la femme une participation spéciale à son œuvre
créatrice. C’est pourquoi, il les a bénis en ces
termes : “Soyez féconds et multipliez vous”
[…]
Le mariage est saint, alors que les relations
homosexuelles contrastent avec la loi morale
naturelle. Les actes homosexuels, en effet,
“ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne
procèdent pas d’une complémentarité affective et
sexuelle véritable”. »
En gros, Dieu et la nature c’est kif-kif, les défenseurs de l’une sont bien souvent des adorateurs de l’autre qui s’ignorent, et cette citation vous permet de comprendre les véritables raisons des opposants à ce projet de loi : obéissance à une conception archaïque et simpliste de l’ordre du monde.
Dieu (= la Nature) n’a pas voulu que deux femmes ou deux hommes se marient.
Pensez-y à chaque fois que vous lisez des propos du genre mais deux hommes ensemble ne peuvent pas avoir d’enfants, etc.
Apparemment pas ceux de l’American Academy of Pediatrics (qui, avec ses quelque 60 000 praticiens, constitue le premier ordre professionnel de pédiatres au monde) ; lesquels ont en mars dernier pris résolument position en faveur du mariage et de l’adoption par les couples de même sexe dans l’intérêt même des enfants.
Le Technical Report accompagnant cette déclaration commence par ces mots :
« De vastes données issues de plus
de 30 années de recherches révèlent
que les enfants élevés par les
parents gays et lesbiens font preuve
de résilience pour ce qui concerne
leur santé – sociale, psychologique,
sexuelle – malgré des différences
économiques et légales et le
stigmate social.
De nombreuses études ont démontré
que le bien-être des enfants dépend
bien davantage de leurs relations
avec les parents, de la compétence
et de la sécurité prodiguées par
ceux-ci, et de la présence d’un
soutien social & économique, que du
sexe ou de l’orientation sexuelle de
leurs parents.
L’impossibilité de se marier pour
les couples de même sexe ajoute au
stress de ces familles, affectant la
santé et le bien-être de toutes les
personnes du foyer.
Parce que le mariage renforce les
familles et, ce faisant, est
favorable au développement des
enfants, les enfants ne devraient
pas être privés de la possibilité
d’avoir des parents mariés.
Les voies vers la parenté – qui
incluent les techniques d’assistance
reproductive, l’adoption, les
familles d’accueil – devraient se
focaliser sur les compétences des
parents plutôt que sur leur
orientation sexuelle. »
Quant à la fantasmatique nécessité du modèle père/mère, j’en avais touché un mot (avec conseil de lecture…) ici.
C’est aussi la psychanalyste Élisabeth Roudinesco qui taclait ses collègues homophobes en ces termes il y a quelques mois :