Rhaaaa, ces satanés profs qui fichent rien !!! Mais voyons m’sieur Haddock, à vot’ bon coeur, personne ne vous empêche de passer un capes pour rejoindre les rangs de ceux qui n’en rament pas une en attendant leur chèque de fin de mois. Quant à juger de ceux qui portent plainte... si nous envisagions une grève du zèle et portions plainte lorsque nous en avons le droit au lieu d’accepter de "gérer ça en interne" comme c’est trop souvent le cas, je pense que les 3/4 des donneurs de leçons se rendraient compte qu’un prof n’est pas responsable de tous les maux de la société.
Nous sommes beaucoup à faire notre travail en conscience, et à viser évidemment des résultats.
Désolée de m’écarter du sujet de l’article, mais dès que le mot "professeur" apparaît, c’est tout de suite aussi poétique qu’une ouverture de chasse à la palombe...
Vous dire en premier lieu à quel point il est usant de constater que lorsque vous répondez à qui n’aurait pas l’intelligence d’abonder dans votre sens le mépris fleurit ("beauf", "minable", etc.).
En ce qui concerne cet article, je m’étonne (comme d’autres précédemment) de la façon dont vous jugez une chanson. Il n’y a pas que la Grande littérature pour illuminer la vie, et la p’tite ritournelle du quotidien a une place importante dans le lieu qui est le sien et n’appelle pas nécessairement de grandes analyses avec un ton si urgent... Que l’épisode "Carla et moi on s’aime" ait été et continue d’être usant, voire dangereux pour notre vie démocratique tant il sert et a servi à masquer les problèmes, voire à les excuser, je ne le nie pas, et fais partie de ceux que cela énerve. Je fais également partie de ceux qui ne trouvent pas que cet album de Carla Bruni soit une réussite, loin de là. Mais je m’étonne du ton que vous employez pour le critiquer, avec des "arguments" que je trouve parfois malhonnêtes.
Vous écrivez par exemple : "une élégante observation clinique d’une sorte de rut porcin : « Je t’aspire, je t’expire et je me pâme » ou encore « Viens donc là que j’te goûte que j’te hume » ! " et je m’esclaffe en songeant que cette analyse en dit long sur votre conception de l’amour charnel ! Le verbe "expirer" fait, comme vous l’avez mentionné, sans doute partie des mots qui ont été appelés par la sonorité, puisqu’il reprend celles du verbe "aspirer". (Entre parenthèses : qu’un mot soit appelé par une sonorité n’a rien de honteux, c’est une des caractéristiques de l’écriture poétique il me semble...) Et si cela vous évoque peut-être la fellation, je maintiens que le qualificatif de "porcin" en dit plus long sur vos représentations que sur quoi que ce soit d’autre... Ce n’est peut-être pas le plus beau vers qui soit, mais enfin il n’y a pas là de quoi fouetter un chat.
Quant aux critiques que vous faites sur la façon dont ce texte joue sur des oppositions, plutôt que les "précieuses" de Molière qui me semblent viser autre chose que ce que vous expliquez ici d’ailleurs, elles me rappellent certaines poésies de Louise Labé ou de Pétrarque. "Je me brûle et me noie", etc. C’est un motif courant et fort usité en poésie française, que l’on nomme donc "cliché", mais ce n’est pas parce que ce procédé est un "cliché" qu’il en est pour autant totalement dénué d’intérêt. Je précise, pour m’éviter quelques remarques acerbes de votre part, que je ne considère pas ce texte comme l’égal de ce que Louise Labé (encore que je ne mette pas tous ses textes au même niveau) a pu écrire, mais je ne fais que souligner ici à quel point votre analyse pourrait tout à fait s’appliquer à certains textes que l’on considère comme "de belle langue". Le "Quand tu pars c’est l’enfer et ses flammes", je ne le trouve personnellement pas si ridicule... N’ ayant qu’un infini respect pour les émois des adolescents, ce paradoxe que vous citez ("tu es ma solution mon doux problème") ne me semble pas méprisable du tout, justement parce que la chanson populaire est une forme de poésie à part, une poésie plus quotidienne peut-être, mais qui touche elle aussi grâce aux mots, et sans la permission tacite des élites littéraires. Il y a là quelque chose qui échappe à ce pouvoir lettré et qui me fera toujours sourire. Passons...
Le point le plus étrange dans cette analyse reste à mes yeux le fait que la comparaison entre l’amour et la drogue puisse vous choquer... Je ne trouve pas que cela soit habilement rédigé ici, encore une fois, mais si c’est là un de vos arguments "choc", il me semble très faible. C’est un cliché là encore, et une vision de l’amour qui ne choque en outre pas grand monde (je serais tentée de dire que cela me rassure sur les capacités d’émoi de nos contemporains).
Si l’on regarde de près chaque chanson de ceux qui semblent trouver grâce à vos yeux (Aznavour, etc) il doit s’en trouver de plus banales encore, de plus étonnantes, et plus alambiquées que celle-ci. Il est très facile de tirer à boulets rouges sur un seul texte, qui plus est de Carla Bruni en ce moment... Un texte "facile" pour l’analyse littéraire peut compter bien d’autres beautés. Cela n’est pas un critère efficient pour juger d’une chanson.
Pour ma part, et bien que n’appréciant pas cet album, ni les interventions télévisées de la première dame de France, je m’applique à rester cohérente. J’ai le premier album de carla Bruni, et la chanson "le plus beau du quartier", qui m’a poussée à l’acheter, reste à mes yeux un beau texte et une ritournelle habile, fine. Si elle n’a pas réussi tous ses textes, celui-ci l’est à mes yeux.
Elle n’a peut-être pas une voix franchement intéressante, et sa façon de sussurrer tourne au procédé, mais celle-ci lui a néanmoins permis de réussir un beau premier album, d’interpréter joliment une chanson avec Jean-Louis Murat, alors s’il fallait critiquer, je critiquerais la façon dont elle en joue à outrance désormais (notamment à la télé), et non la voix en elle-même, puisque personne ou presque ne songerait à le faire avec la voix de Jane Birkin.
Bref, cette critique me semble tomber à plat, car il y a plus important à critiquer dans le rapport entre Carla Bruni et le pouvoir (puisque vous esquissez ce thème), et qu’en outre la façon dont vous critiquez une chanson populaire qui n’a jamais prétendu être publiée dans la Pléiade me semble outrancière.
Je m’interroge depuis quelques temps sur cette curieuse expression, apparue il y a quelques années dans les commentaires de foot : "il a manqué de réalisme"... un peu déçue de ne pas le trouver dans votre article
Au début des années 90, un livre qui recensait des expressions les plus ’savoureuses’ de Thierry Roland avait été publié, et entre temps il a pas mal réformé son langage. L’entendre dans cet Euro nous vanter les mérites de la "campagne anti-racisme dans les stades" était assez savoureux. Votre article m’a détendue après la lecture de plusieurs articles sur le délire médiatique du moment. ;)
Mais concernant le commentaire sportif, j’avoue être une adepte, dans la mesure où je me demande si je prendrai le même plaisir à regarder l’athlétisme sans les commentaires franchement chauvins et toujours sans mesure (pour ne pas dire à côté de la plaque) de Patrick Montel, tempéré par celui qui l’accompagne et depuis peu donc par Stéphane Diagana. J’apprécie beaucoup l’athlétisme, au départ Patrick Montel m’énervait franchement, et maintenant la perspective d’entendre jusqu’où le portera son penchant pour la démesure est une promesse... J’avouerais même que n’étant absolument pas intéressée par le patinage artistique, il m’arrive de regarder quelques passages juste pour écouter Nelson Monfort ("et tant d’amour dans leur regard"...) se délecter dans les récits des derniers potins.
Je suis donc bien consciente que l’on peut déplorer l’aspect financier que revêt le sport, et y associer le commentaire sportif, mais ce dernier peut également être apprécié comme on regarde un match de Catch, pour le théâtre. Et que dire des interventions de Pierre Ménès ? Je m’en serai lassée assez vite, un peu comme des ficelles de Guy Carlier, mais parfois, sincèrement, on peut trouver ça savoureux, (si hypocrite et simple que cela soit à produire si on le considère avec un peu de hauteur) pour la beauté du verbe acide.
@ Olivier Bonnet
En sortant de la surveillance du Brevet, j’ai pu constater que de nombreux élèves avaient adopté ce type d’argumentation.
Faire réflechir les élèves sur les raisons pour lesquelles on adhère parfois à un groupe, non pour des idées mais dans le jeu d’un rapport de force ne me semble pas inutile, cette réflexion ayant d’ailleurs grand intérêt à leurs yeux.
Comme cela a déjà été souligné ici, il s’agit en outre d’écrire quelques pages de FICTION, que les élèves ont étudié 4 ans durant au collège (et depuis le primaire d’ailleurs). L’enseignement des lettres vise justement à faire mesurer aux élèves la différence entre fiction et réalité. (Et ne les croyons pas si passionnés et influençables qu’un sujet de Brevet puisse, à vie, les inviter à adopter la loi du plus fort... un peu de mesure ne nuit pas...)
Cet article semble inviter l’enseignement (notamment du français) à n’être plus qu’une vague reminiscence des leçons de morales stériles, apprises par coeur, récitées à la moindre occasion, et vides de sens. Faire réfléchir les élèves sur les divers points de vue d’un problème, c’est le leur faire appréhender en profondeur, dans toutes ses implications, et cela me semble plus formateur qu’un livre de recettes à connaître par coeur et qui s’intitulerait "le côté du juste".
"Il importe au contraire que ce discours publicitaire rencontre des objections, si on en juge par l’indigence des observations de ses adorateurs, habitués à se laisser séduire sans réagir."
Que le discours publicitaire doive être décrypté et qu’on puisse réfléchir dessus, évidemment. Mais je ne vois pas ce qui interdit a priori d’apprécier parfois certaines publicités, surtout que celle-ci n’est pas destinée à vendre autre chose que la sécurité que peut apporter ce gilet dans certaines occasions. Donc, avoir face à cette publicité une méfiance nécessaire, une suspicion absolue, me semble plus qu’excessif...
Je fais sans doute partie de ce "peuple" que l’on "méprise à raison" comme vous le dites plus bas, mais cette pub me semble atteindre le but fixé (comme d’autres l’ont souligné ici et dont je partage l’analyse).
Le slogan peut sembler long en effet, mais je ne dois pas être la seule à l’avoir lu en entier, interpelée par cette incongruité apparente qui consiste à voir un des représentants de la haute couture acoutré ainsi.
PS : grande admiratrice des mythes tels que Dracula et consors, je ne trouve pas que l’analyse en "intericonicité" soit d’une pertinence absolue ici (si ce n’est que Lagerfeld a depuis un petit moment déjà ce chic Dandy décadent qui rappelle Des Esseintes, mais que la pub utilise pour sa célébrité et n’a pas créé)