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Catherine Coste

Catherine Coste

Mon environnement est hétérogène : l’Education Nationale, des entreprises multinationales, une activité de journalisme en tant que conceptrice-rédactrice de weblogs d’information sur les thèmes de la chirurgie robotique et des transplantations d’organes.
Depuis mars 2005, je joue un rôle de médiation éthique entre le milieu hospitalier, politique et les usagers de la santé, dans le domaine des transplantations d’organes : le constat de décès sur le plan de l’éthique (mort encéphalique, mort cérébrale, prélèvements « à cœur arrêté »), un sujet soulevant de vives controverses, y compris à l’échelle internationale, et suscitant passion et émotion (témoignages de familles confrontées au don d’organes, de chirurgiens, etc.).
- Sept ans d’expérience en tant qu’enseignante en lycée et collège (établissements publics et privés), en langues vivantes. A part l’ensemble des élèves et quelques collègues sympas, dans l’enseignement rien ne va !

- Six ans d’expérience au sein de multinationales (assistanat de direction trilingue) ont requis efficacité et adaptabilité dans le rôle d’interface au sein de filiales (FM Global, Intuitive Surgical Europe, Boston Scientific SA) et de sièges sociaux (Europcar International, BNP Paribas), au sein de structures à forte et à faible hiérarchisation, de grande et de petite taille, le sens de l’organisation, de la confidentialité, la rapidité d’adaptation à une nouvelle activité grâce à mon expérience au sein de différents secteurs d’activité (traduction financière, assurance du risque industriel, chirurgie robotique, matériel médical, location véhicules). Ajoutons un cursus universitaire en sciences humaines (littérature et traduction), enrichi d’une expérience de rédactrice du Bulletin pour la Coopération franco-allemande dans les Sciences humaines et sociales, CIRAC-Forum, édité par le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche et par le Ministère des Affaires Etrangères.
Ces formations, expériences et actions ont façonné ma conception de la communication : professionnalisme, pédagogie, qualité de l’information et de l’expression écrite et orale, rôle d’interface et de médiation éthique.

Tableau de bord

  • Premier article le 31/05/2007
  • Modérateur depuis le 23/10/2007
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Derniers commentaires



  • Catherine Coste Catherine Coste 14 novembre 2007 11:21

    Juste une précision technique : Le patient en état de mort encéphalique, dont on va prélever les organes est :
    - soit maintenu en vie artificielle (l’agonie est donc prolongée, dans le seul but de récupérer les organes)
    - soit réanimé, également dans le seul but de récupérer les organes.

    Le Professeur Louis Puybasset, Unité de NeuroAnesthésie-Réanimation, Département d’Anesthésie-Réanimation, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris, au sujet du problème de la réanimation des patients en vue du prélèvement de leurs organes (propos recueillis en septembre 2005) :

    « (...) cette réanimation est limitée dans le temps et (...) elle est douloureuse pour les soignants. Si nous faisons cela, ce n’est pas pour faire souffrir une famille mais pour sauver d’autres vies. (...) Des receveurs d’organes (...) doivent leur vie au dévouement de ces médecins, de ces infirmières et des familles de donneurs (...). Madame, vous-même ou un de vos proches sera peut-être un jour receveur. Je ne doute pas que cela changera alors votre vision de cette médecine qui est une des plus belle qui soit car elle donne véritablement la vie et exprime ce qu’est la solidarité humaine contre l’égoïsme et le repli sur soi."

    Dans le cas des prélèvements « à coeur arrêté », qui ont repris en France depuis 2006, il s’agit de personnes ayant fait un arrêt cardiaque, et qui vont être réanimées dans le but de récupérer les organes. Rappelons les trois étapes qui mènent au prélèvement « à coeur arrêté », suite à une situation d’arrêt cardiaque : 1.-) La réanimation cardio-pulmonaire constitue la première étape. Elle doit être au moins de 30 minutes. Cette réanimation a pour but de sauver la vie du patient. Entre l’arrêt cardio-pulmonaire et le début de la réanimation cardio-pulmonaire, il ne faut pas que plus de 30 minutes s’écoulent. 2.-) Pendant cinq minutes, les tentatives de réanimation cardio-pulmonaire infructueuses, qui ont eu lieu durant 30 minutes, sont arrêtées. Ce court laps de temps, ces cinq minutes, permettent de constater le décès. Ces cinq minutes sans réanimation cardio-pulmonaire (RCP) sont nécessaires, afin de vérifier que sans réanimation, il n’y a pas de retour à une respiration spontanée. L’électrocardiogramme doit être plat ou agonique. Ce tracé agonique peut durer plusieurs heures. C’est au cours de ces cinq minutes que le certificat de décès va être signé. 3.-) Suite au constat de décès, une autre réanimation va être entreprise, cette fois-ci dans le but d’assurer la conservation des organes du patient « candidat » au prélèvement d’organes. Cette seconde réanimation est invasive. Le décret du 2 août 2005 autorise d’ailleurs les équipes médicales à mettre en place des moyens de préservation des organes en attendant l’entretien avec les proches. En d’autres termes : le corps médical a le droit de pratiquer ces mesures invasives qui ne sont plus dans l’intérêt du patient - et ce, avant l’entretien avec la famille, afin de savoir si cette personne s’est positionnée pour ou contre le don de ses organes à sa mort. On peut donc se poser la question : « Quelles sont les conditions de respect du corps de la personne juste après son décès lorsque l’on pratique sur lui des gestes techniques de nature invasive ? Comment les réanimateurs vivent-ils la dualité de leur mission lorsqu’ils assurent par tous les moyens une circulation sanguine d’abord sur une personne à qui ils espèrent redonner vie, puis sur le corps de la même personne au moment même où ils renoncent à cet espoir ? Doit-on craindre la survenue de conflit d’intérêt à cet égard ? » C’est ce qu’a fait le Dr. Marc Guerrier, Adjoint au directeur de l’Espace éthique / AP-HP, Département de recherche en éthique Paris-Sud 11, dans son article : « Les Prélèvements ’à coeur arrêté’ : enjeux éthiques », 15 novembre 2006.



  • Catherine Coste Catherine Coste 11 novembre 2007 12:56

    Pour la question des lobbies, dans le cas des greffes à partir de donneurs « décédés » : Le Docteur Marc Andronikof (MA), médecin urgentiste, chef du service des urgences à l’hôpital Antoine-Béclère, Clamart, répondait en juin 2007 aux questions suivantes :

    « La nécessité d’’opérer’ d’urgence le ’donneur’ pour préserver l’intérêt du receveur, ne nuit-elle pas à l’efficacité des soins dont il aurait pu bénéficier ? »

    MA : « Il est évident, et ce n’est nié par personne, que les soins au ’donneur’ sont profondément modifiés lors de l’optique d’un prélèvement. C’est tout à fait incompatible, à mon avis, (et ce devrait être l’avis de tout philosophe et de tout médecin honnête) avec une prise en charge médicale ’éthique’ ».

    « N’arrive-t-il pas qu’un accidenté soit maintenu en survie artificielle, le temps de trouver un receveur ? Autrement dit, l’intérêt des ’donneurs’ n’interfère-t-il pas avec celui des receveurs ? »

    MA : « Le ’donneur’ perd sa qualité d’être humain, de malade, il est réduit à l’état de ’moyen’, de pourvoyeur d’organes. La qualité de relation médecin/malade est par là totalement pervertie puisque le médecin ne poursuit plus le bien de celui qu’il a en charge. Au mieux, on est au pire de l’acharnement thérapeutique. Je ne comprends toujours pas que nos philosophes et chantres de l’éthique à tout crin n’aient jamais exposé ’ex cathedra’ ces considérations simples. Ce silence est lui aussi scandaleux. »

    « Ne peut-on voir dans toutes ces dispositions la main des lobbies des professions concernées ? L’intérêt des receveurs et celui des lobbies étant a priori convergents ? »

    MA : « Pour les lobbies : oui, oui et oui. Si vous supprimez la greffe, c’est tout un pan de l’économie suisse et mondiale qui s’effondre et des services hospitaliers, et des nominations etc. etc. »

    « Le ’donneur’ est-il toujours anesthésié ? »

    MA : « Le ’donneur’ est anesthésié, c’est aussi ouvertement écrit dans les manuels : pour empêcher les sautes de tension, les contractions musculaires etc. tout cela sur quelqu’un de soi-disant mort ! »

    Quelques précisions sur la distinction entre donneur mort et donneur vivant : 1) Donneur « décédé » : Les donneurs morts sont des patients en état de mort encéphalique, le plus souvent suite à un AVC (accident vasculaire cérébral), moins souvent suite à un accident de la route. L’âge moyen des donneurs « décédés » ne cesse d’augmenter. La combinaison de la baisse des accidents de la route et des progrès des recherches scientifiques sur le cerveau risque de rendre la mort encéphalique de plus en plus rare, voire caduque. Il est évident que dès que les progrès de la médecine permettront de suppléer à l’incompétence du cerveau sur laquelle se fonde la définition de la mort encéphalique, il faudra revoir cette définition de la mort, qui depuis 1996 (loi de bioéthique) fait équivaloir la mort avec une incompétence du cerveau. Or on est déjà sur la voie de ces progrès scientifiques, et la loi de bioéthique doit être révisée en 2009 (le Sénat est déjà au travail).

    Il existe depuis 2006 une autre situation qui permet le prélèvement d’organes : celle d’un patient « en arrêt cardio-respiratoire persistant ». Le diagnostic de mort est établi sur le seul fait de l’arrêt cardiaque irréversible. Une telle situation permet les prélèvements « à coeur arrêté ».

    2) Donneur vivant : Un donneur vivant est un parent ou proche d’un patient en attente de greffe, qui, lorsqu’il est compatible, peut donner un lobe de foie ou un rein afin d’aider son proche ou parent à guérir. Malgré la fait que la qualité des greffons provenant de donneurs vivants est souvent supérieure à celle des greffons provenant de donneurs « décédés », et donc permet, du moins statistiquement parlant, une plus grande durée de vie pour le patient greffé, le don d’organes à partir de donneurs vivants est encore très peu développé en France. Je souhaite donc remercier le donneur d’organe pour son précieux témoignage ! Pourrait-on en savoir plus sur ce don ? De quel organe s’agissait-il ? D’un rein ? D’un lobe de foie ? Comment l’opération s’est-elle passée ? Comment allez-vous aujourd’hui (avec le recul, ou l’opération est-elle récente ?), et comment va la personne qui a reçu ce don ? Il arrive que des chirurgiens ne souhaitent pas opérer des donneurs vivants, car c’est une très lourde responsabilité (le patient est opéré alors qu’il n’a aucun problème de santé) : certes le risque de complications graves pour le donneur est minime, mais il existe, et lorsqu’il survient, l’impact est immense. Ces mêmes chirurgiens préfèrent opérer un donneur « décédé ». En Espagne, comme en France, le don d’organe à partir de donneur vivant est très peu développé. Certains pensent que l’augmentation de la population de donneurs vivants pourrait ouvrir la porte au trafic d’organes, et que de ce fait il vaut mieux favoriser le don d’organes à partir de donneurs décédés. La position au niveau de l’Europe est clairement de favoriser le don d’organes à partir de donneurs « décédés ». Mais certains médecins pensent que la forme de don la plus viable, éthiquement parlant, est celle du don à partir de donneurs vivants. On a donc affaire à un « conflit des valeurs » (Max Weber) : qui a raison, qui a tort, difficile de trancher dans l’absolu ... Néanmoins, la pénurie d’organes ne sera pas résolue par les seuls prélèvements à partir de donneurs « décédés » : d’après les chiffres indiqués sur le site de France ADOT, 6.978 patients étaient en attente de greffe en 2005 et 5.433 patients ont été nouvellement inscrits après le 31/12/2005. Il y aurait donc une augmentation de 77% du nombre de patients en attente de greffe, entre 2005 et 2006 !! Dans le même temps, « l’activité des greffes a augmenté de 4% en 2006 » (toujours d’après les chiffres de France ADOT). Il y a donc eu une explosion du nombre de patients en attente de greffe. On voit bien que pour résoudre la question des greffes (la pénurie étant au centre de cette question), il y aura besoin de développer le don d’organes à partir de donneurs vivants, ainsi que les recherches sur les cellules souches. Ces recherches ont déjà parmis de régénérer le foie de certains patients.

    Quelques chiffres sur le don d’organes à partir de donneurs vivants en France : « Depuis 2005, l’Agence de la biomédecine a mis en place les comités d’experts ’donneurs vivants’ prévus par la loi de bioéthique d’août 2004 chargés d’autoriser ces greffes lorsque les donneurs ne sont pas le père ou la mère du receveur. Le nombre de greffes de rein (donneur vivant) en 2006 s’élève à 246, soit 9 pour cent de la totalité des greffes rénales et 87 pour cent des greffes à partir de donneur vivant. »

    Source : Agence de la biomédecine (Conférence de Presse, 1er février 2006)

    Dans les pays Nordiques, la greffe à partir de donneur vivant est beaucoup plus développée qu’en France, tandis que le nombre de greffes réalisées à partir de donneurs « décédés » est moins important, en comparaison de celles réalisées à partir de donneurs vivants. Les Etats-Unis pratiquent autant les greffes à partir de donneurs vivants que celles à partir de donneurs « décédés ». L’Espagne est le pays d’Europe où il y a le plus grand nombre de donneurs « décédés », tandis que sont réalisées très peu de greffes à partir de donneurs vivants.



  • Catherine Coste Catherine Coste 9 novembre 2007 19:00

    Merci pour vos précisions en ce qui concerne les fins de vie en réanimation, dans les cas où il ne s’agit pas de patients candidats au don d’organes. Effectivement, comme vous le soulignez, la loi Léonetti d’avril 2005 insiste sur la « proportionnalité des soins » et les décisions de fin de vie doivent être prises au niveau collégial (concertation entre les médecins, infirmières, les familles et les proches du patient, plus le patient lui-même s’il est conscient). Cette loi qui fait valoir les droits des patients en fin de vie doit permettre d’éviter tout « acharnement thérapeutique déraisonnable ». Le Dr. Marc Andronikof, chef du service des urgences à l’hôpital Antoine-Béclère, Clamart, auteur d’un livre écrit avec Jacqueline Dauxois et publié en 2005, « Médecin aux urgences » (Editions du Rocher), s’entretenait le 2 juin 2007 avec le Père Nicolas Ozoline, lors de l’émission « Orthodoxie » diffusée sur France 2. A cette occasion, il décrit son travail et ses idées : « Nous avons beaucoup de techniques qui peuvent prolonger les gens très longtemps : des sondes, des oxygènes, des perfusions... Plein de choses qui font qu’on peut maintenir longtemps, longtemps, longtemps, alors il faut trouver le seuil. Et je ne pense pas qu’il y ait un seuil, le même pour tout le monde. C’est un consensus à trouver autour de ce qui (...) fonde les valeurs, et ce que je dis, c’est que quand les choses vont un peu loin, il faut essayer de retrouver des choses un peu naturelles, de se dégager de la technique, et là, ça devient plus simple. (...) Ce qu’il faut, c’est accompagner. Il y a les soins palliatifs qui se sont développés en France depuis une quinzaine d’années et qui ont apporté beaucoup, justement dans l’idée de l’accompagnement. Les gens sont terrorisés en fait d’être seuls, de souffrir, de ne pas avoir de recours, et donc dans ces structures de soins palliatifs, et aussi dans ces structures de médecine, et aussi aux urgences, on essaye d’apporter cet entourage. On favorise beaucoup le fait que les familles soient présentes, qu’elles n’aient pas peur, donc on essaie d’accompagner au mieux qu’on peut, et c’est un peu paradoxal de voir qu’aux urgences on accompagne les fins de vie qui peuvent durer plusieurs jours, mais on essaie de le faire le mieux qu’on peut ; justement, je crois que les gens sont assez sensibles au fait qu’il n’y a pas d’abandon. Il n’est pas question d’accélérer quoi que ce soit, il n’est pas question non plus de s’acharner, justement en ne mettant pas en place la technique, en tout cas en s’en méfiant, et en accompagnant du mieux qu’on peut les gens pour ne pas qu’ils souffrent et déjà, le fait qu’ils sont entourés permet de baisser un peu l’angoisse. »

    Père Nicolas Ozoline : « Et de toute façon, si ça dure plus longtemps que quelques jours, les gens quittent les urgences et vont à l’hôpital normal »

    Marc Andronikof : « Oui, mais ce n’est pas si facile, parce que, et c’est un des problèmes dont je parle, nous avons beaucoup de difficultés à trouver des places d’hospitalisation, des lits pour hospitaliser les malades qui doivent rester. Il y a eu une contraction du nombre de lits en France depuis vingt ans, de moins en moins chaque année, et donc ... »

    Père Nicolas Ozoline : « De lits d’hôpital ? »

    Marc Andronikof : « Oui, de lits d’hôpital. Il y a 90.000 lits en moins en 15 ans... »

    Père Nicolas Ozoline : « Mais c’est une catastrophe ! »

    Marc Andronikof : « Ca répondait à des impératifs économiques, de gestion, d’amélioration des rotations sur les lits, mais du coup, nous avons énormément de difficultés à trouver des places pour des malades qui auraient besoin de places, on parle de fin de vie, mais c’est vrai pour toutes les spécialités, pour tout ! C’est très difficile... »

    Père Nicolas Ozoline : « Et est-ce qu’à l’horizon il y a un espoir d’amélioration ? »

    Marc Andronikof : « Non, aucun espoir d’amélioration de fond, puisque tous les pays occidentaux souffrent du même problème. Si vous lisez ce qui se passe aux Etats-Unis, ce sont des files de malades dans les urgences qui ne trouvent pas de place, c’est une tendance lourde, comme on dit, du système hospitalier occidental. Bien sûr, le vieillissement de la population ne favorise pas non plus les choses car les gens vivent de plus en plus âgés, ont besoin de plus en plus de soins, sont de plus en plus dépendants, et donc il y a un retard aussi en France sur les maisons de retraite, sur la prise en charge à long terme. »

    Père Nicolas Ozoline : « Il faudrait croire que c’est une urgence absolue pour n’importe quel gouvernement pour faire le nécessaire ! On pourrait penser qu’il faut se réjouir que les gens vivent plus longtemps et faciliter cette vie. Ca paraît assez étonnant que ce ne soit pas clair pour tout le monde... »

    Marc Andronikof : « Oui, mais il y a une prise de conscience, même si elle a été retardée. »



  • Catherine Coste Catherine Coste 9 novembre 2007 18:35

    Merci pour votre réaction. Je recommande vivement la présentation intitulée : « On ne meurt qu’une fois, mais quand ? », du Dr. Guy Freys, Département de Réanimation chirurgicale des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, lors de la Conférence : « Les Deuxièmes Journées Internationales d’Ethique : Donner, recevoir un organe, Droit, dû, devoir » (mars 2007). Je me permets d’en citer un extrait :

    "Déterminer le moment précis de la mort, affirmer avec certitude l’état de mort a toujours été une préoccupation et une difficulté de l’homme, avec la peur pendant des siècles de l’inhumation prématurée. ’Le jugement de l’homme est tellement incertain qu’il n’arrive pas même à définir la mort’, disait Pline l’Ancien déjà au début de l’ère chrétienne. Pourtant, si je vous montre ces quatre images de coucher du soleil [quatre étapes du coucher de soleil : sur la première image, le soleil commence à se coucher, pour avoir quasiment disparu sur la dernière, où il ne reste qu’une pâle lueur, ndlr.], je pense que personne ne mettrait en cause l’affirmation qu’il va faire bientôt nuit. Mais sur la dernière image, en bas, à droite, le soleil a disparu. Mais est-ce déjà la nuit ? Ou la lumière résiduelle permet-elle de dire que ce sont encore les derniers moments du jour ? La question de mon propos est très proche de cette interrogation. Quand reconnaît-on la disparition des derniers signes de la vie pour affirmer la mort ? Si je pose la question en ces termes, c’est que la définition de la mort, elle, est relativement universelle et univoque : prenez n’importe quel dictionnaire, vous verrez cette définition : ’qui a cessé de vivre’. C’est donc bien l’absence d’éléments élémentaires vitaux qu’il faut rechercher pour affirmer la mort. La difficulté de déterminer le moment précis de la mort est d’autant plus grande que les derniers instants de la vie apparaissent de tout temps surdimensionnés, comme si l’homme se rendait enfin compte de l’importance de la vie et qu’elle devenait encore plus précieuse et sacrée aux derniers instants. D’ailleurs, peut-on parler d’un moment précis ? Ne s’agit-il pas le plus souvent d’un processus où la vie s’éteint au fur et à mesure, comme le coucher du soleil ? Si vous regardez les peintures qui représentent la mort, il y a une chose qui est très frappante : c’est que la personne apparaît toujours vivante. Elle est vivante et elle attend la mort. Cette difficulté se posait déjà quand la mort était uniquement définie comme l’arrêt circulatoire, avec déjà le problème sous-jacent de la certitude de l’irréversibilité de cet état et de l’angoisse qui l’a toujours accompagné : la peur d’être enterré vivant. (...) Si on voulait être sûr et certain de la mort, mieux valait encore attendre la putréfaction, ce qui était d’ailleurs pratiqué dans beaucoup de civilisations. Je vous rappelle aussi que l’expertise médicale de la mort n’est apparue que pratiquement à la fin du XIXème siècle et que le certificat médical de décès n’est obligatoire que depuis 1937 pour permettre à l’officier d’Etat civil de délivrer le permis d’inhumer. Ce n’est qu’en 1948 que l’arrêt circulatoire est annoncé comme signe légalement reconnu de la mort par décret. Vous le voyez, c’était déjà difficile. Mais cette difficulté inhérente de définir et de préciser le moment et l’heure de la mort va se trouver accentuée par ou du fait des progrès de la réanimation à partir du milieu du XXème siècle, où la réanimation permet de suppléer des fonctions cardiaques et respiratoires qui représentaient jusqu’alors les critères scientifiques indiscutables de la mort. Ces avancées vont nécessiter de revoir la définition épistémologique de la mort. J’aimerais souligner d’emblée que l’adoption d’une définition cérébrale de la mort comme fin d’un fonctionnement intégré et cohérent de l’organisme humain n’est pas en opposition avec la définition circulatoire, mais juste une mise à jour prenant en compte les avancées des connaissances médicales. Mais l’acceptation de cette évolution scientifique ne peut en aucun cas se dispenser de négliger les aspects religieux, philosophiques, culturels et sociaux. Un petit rappel historique s’impose. Ce nouveau concept de mort cérébrale se dessine à partir de 1959, à partir des descriptions de coma dépassé de Mollaret et Goulon. En 1965, le Professeur Goulon avait organisé un gros colloque à Marseille qu’il avait intitulé : ’Les états frontière entre la vie et la mort’ et reconnaissait à l’époque l’absence de critères simples, indubitables, objectifs qui permettent de dire clairement s’il y a mort. Le terme de mort cérébrale apparaît pour la première fois dans un article qui relate une greffe à partir d’un organe prélevé sur un patient ... ’à cœur battant’ ! C’est donc le développement de la transplantation qui va nécessiter de toute urgence, de la part de la communauté médicale, une définition claire de cette mort cérébrale pour permettre le prélèvement d’organes et recueillir l’acceptation sociétale d’une telle procédure. En 1968 on valide le concept de mort cérébrale (5 août 1968, déclaration de Harvard aux USA et 25 avril 1968 : circulaire Jeanneney) mais on se garde bien d’en préciser les critères, les Américains disant qu’il faut les établir en fonction des connaissances et en France, la fameuse circulaire Jeanneney dit que l’élaboration des critères va être imminente et proposée par l’Académie de Médecine. Il faudra attendre 28 ans pour les voir apparaître [avec la loi de bioéthique de 1996, ndlr]. La France a donc eu quelques mois d’avance sur les Américains pour décréter que la mort cérébrale était un état de mort. Monsieur Cabrol, deux jours après la promulgation de cette circulaire, va faire la première greffe à partir d’un donneur considéré en mort cérébrale."

    J’espère avoir incité quelques un(e)s à visualiser la présentation passionnante du Dr. Freys.

    Lien vers cette présentation : http://w3appli.u-strasbg.fr/canalc2/video.asp?idvideo=6015

    Toujours à l’occasion de ces journées d’éthique, le Professeur Philippe Wolf, qui dirige le service des transplantations des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, a présenté ses impressions quant à l’éthique en matière de transplantation. Je vous invite également à visualiser cette présentation, aussi courte que percutante, au cours de laquelle les prélèvements « à coeur arrêté » effectués par le passé ont été évoqués. Lien vers cette présentation :

    http://w3appli.u-strasbg.fr/canalc2/video.asp ?idvideo=6012



  • Catherine Coste Catherine Coste 9 novembre 2007 18:11

    Merci pour votre réaction. Je recommande vivement la présentation intitulée : « On ne meurt qu’une fois, mais quand ? », du Dr. Guy Freys, Département de Réanimation chirurgicale des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, lors de la Conférence : « Les Deuxièmes Journées Internationales d’Ethique : Donner, recevoir un organe, Droit, dû, devoir » (mars 2007). Je me permets d’en citer un extrait :

    « Déterminer le moment précis de la mort, affirmer avec certitude l’état de mort a toujours été une préoccupation et une difficulté de l’homme, avec la peur pendant des siècles de l’inhumation prématurée. ’Le jugement de l’homme est tellement incertain qu’il n’arrive pas même à définir la mort’, disait Pline l’Ancien déjà au début de l’ère chrétienne. Pourtant, si je vous montre ces quatre images de coucher du soleil [quatre étapes du coucher de soleil : sur la première image, le soleil commence à se coucher, pour avoir quasiment disparu sur la dernière, où il ne reste qu’une pâle lueur, ndlr.], je pense que personne ne mettrait en cause l’affirmation qu’il va faire bientôt nuit. Mais sur la dernière image, en bas, à droite, le soleil a disparu. Mais est-ce déjà la nuit ? Ou la lumière résiduelle permet-elle de dire que ce sont encore les derniers moments du jour ? La question de mon propos est très proche de cette interrogation. Quand reconnaît-on la disparition des derniers signes de la vie pour affirmer la mort ? Si je pose la question en ces termes, c’est que la définition de la mort, elle, est relativement universelle et univoque : prenez n’importe quel dictionnaire, vous verrez cette définition : ’qui a cessé de vivre’. C’est donc bien l’absence d’éléments élémentaires vitaux qu’il faut rechercher pour affirmer la mort. La difficulté de déterminer le moment précis de la mort est d’autant plus grande que les derniers instants de la vie apparaissent de tout temps surdimensionnés, comme si l’homme se rendait enfin compte de l’importance de la vie et qu’elle devenait encore plus précieuse et sacrée aux derniers instants. D’ailleurs, peut-on parler d’un moment précis ? Ne s’agit-il pas le plus souvent d’un processus où la vie s’éteint au fur et à mesure, comme le coucher du soleil ? Si vous regardez les peintures qui représentent la mort, il y a une chose qui est très frappante : c’est que la personne apparaît toujours vivante. Elle est vivante et elle attend la mort. Cette difficulté se posait déjà quand la mort était uniquement définie comme l’arrêt circulatoire, avec déjà le problème sous-jacent de la certitude de l’irréversibilité de cet état et de l’angoisse qui l’a toujours accompagné : la peur d’être enterré vivant. (...) Si on voulait être sûr et certain de la mort, mieux valait encore attendre la putréfaction, ce qui était d’ailleurs pratiqué dans beaucoup de civilisations. Je vous rappelle aussi que l’expertise médicale de la mort n’est apparue que pratiquement à la fin du XIXème siècle et que le certificat médical de décès n’est obligatoire que depuis 1937 pour permettre à l’officier d’Etat civil de délivrer le permis d’inhumer. Ce n’est qu’en 1948 que l’arrêt circulatoire est annoncé comme signe légalement reconnu de la mort par décret. Vous le voyez, c’était déjà difficile. Mais cette difficulté inhérente de définir et de préciser le moment et l’heure de la mort va se trouver accentuée par ou du fait des progrès de la réanimation à partir du milieu du XXème siècle, où la réanimation permet de suppléer des fonctions cardiaques et respiratoires qui représentaient jusqu’alors les critères scientifiques indiscutables de la mort. Ces avancées vont nécessiter de revoir la définition épistémologique de la mort. J’aimerais souligner d’emblée que l’adoption d’une définition cérébrale de la mort comme fin d’un fonctionnement intégré et cohérent de l’organisme humain n’est pas en opposition avec la définition circulatoire, mais juste une mise à jour prenant en compte les avancées des connaissances médicales. Mais l’acceptation de cette évolution scientifique ne peut en aucun cas se dispenser de négliger les aspects religieux, philosophiques, culturels et sociaux. Un petit rappel historique s’impose. Ce nouveau concept de mort cérébrale se dessine à partir de 1959, à partir des descriptions de coma dépassé de Mollaret et Goulon. En 1965, le Professeur Goulon avait organisé un gros colloque à Marseille qu’il avait intitulé : ’Les états frontière entre la vie et la mort’ et reconnaissait à l’époque l’absence de critères simples, indubitables, objectifs qui permettent de dire clairement s’il y a mort. Le terme de mort cérébrale apparaît pour la première fois dans un article qui relate une greffe à partir d’un organe prélevé sur un patient ... ’à cœur battant’ ! C’est donc le développement de la transplantation qui va nécessiter de toute urgence, de la part de la communauté médicale, une définition claire de cette mort cérébrale pour permettre le prélèvement d’organes et recueillir l’acceptation sociétale d’une telle procédure. En 1968 on valide le concept de mort cérébrale (5 août 1968, déclaration de Harvard aux USA et 25 avril 1968 : circulaire Jeanneney) mais on se garde bien d’en préciser les critères, les Américains disant qu’il faut les établir en fonction des connaissances et en France, la fameuse circulaire Jeanneney dit que l’élaboration des critères va être imminente et proposée par l’Académie de Médecine. Il faudra attendre 28 ans pour les voir apparaître. La France a donc eu quelques mois d’avance sur les Américains pour décréter que la mort cérébrale était un état de mort. Monsieur Cabrol, deux jours après la promulgation de cette circulaire, va faire la première greffe à partir d’un donneur considéré en mort cérébrale. »

    J’espère avoir incité quelques un(e)s à visualiser la présentation passionnante du Dr. Freys. Le Professeur Philippe Wolf, qui dirige le service des transplantations des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, a présenté ses impressions quant à l’éthique en matière de transplantation. Je vous invite également à visualiser cette présentation, aussi courte que percutante, au cours de laquelle les prélèvements « à coeur arrêté » effectués par le passé ont été évoqués. Lien vers cette présentation :

    http://w3appli.u-strasbg.fr/canalc2/video.asp?idvideo=6012

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