• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Catherine Coste

Catherine Coste

Mon environnement est hétérogène : l’Education Nationale, des entreprises multinationales, une activité de journalisme en tant que conceptrice-rédactrice de weblogs d’information sur les thèmes de la chirurgie robotique et des transplantations d’organes.
Depuis mars 2005, je joue un rôle de médiation éthique entre le milieu hospitalier, politique et les usagers de la santé, dans le domaine des transplantations d’organes : le constat de décès sur le plan de l’éthique (mort encéphalique, mort cérébrale, prélèvements « à cœur arrêté »), un sujet soulevant de vives controverses, y compris à l’échelle internationale, et suscitant passion et émotion (témoignages de familles confrontées au don d’organes, de chirurgiens, etc.).
- Sept ans d’expérience en tant qu’enseignante en lycée et collège (établissements publics et privés), en langues vivantes. A part l’ensemble des élèves et quelques collègues sympas, dans l’enseignement rien ne va !

- Six ans d’expérience au sein de multinationales (assistanat de direction trilingue) ont requis efficacité et adaptabilité dans le rôle d’interface au sein de filiales (FM Global, Intuitive Surgical Europe, Boston Scientific SA) et de sièges sociaux (Europcar International, BNP Paribas), au sein de structures à forte et à faible hiérarchisation, de grande et de petite taille, le sens de l’organisation, de la confidentialité, la rapidité d’adaptation à une nouvelle activité grâce à mon expérience au sein de différents secteurs d’activité (traduction financière, assurance du risque industriel, chirurgie robotique, matériel médical, location véhicules). Ajoutons un cursus universitaire en sciences humaines (littérature et traduction), enrichi d’une expérience de rédactrice du Bulletin pour la Coopération franco-allemande dans les Sciences humaines et sociales, CIRAC-Forum, édité par le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche et par le Ministère des Affaires Etrangères.
Ces formations, expériences et actions ont façonné ma conception de la communication : professionnalisme, pédagogie, qualité de l’information et de l’expression écrite et orale, rôle d’interface et de médiation éthique.

Tableau de bord

  • Premier article le 31/05/2007
  • Modérateur depuis le 23/10/2007
Rédaction Depuis Articles publiés Commentaires postés Commentaires reçus
L'inscription 81 173 586
1 mois 0 0 0
5 jours 0 0 0
Modération Depuis Articles modérés Positivement Négativement
L'inscription 5 5 0
1 mois 0 0 0
5 jours 0 0 0

Ses articles classés par : ordre chronologique













Derniers commentaires



  • Catherine Coste Catherine Coste 13 septembre 2007 14:33

    Une précision : Vous trouverez cette enquête dans son intégralité, ainsi que la bibliographie s’y rapportant (articles scientifiques, témoignages et toutes les autres sources) à l’adresse suivante :

    http://ethictransplantation.blogspot.com/2005/09/enqute-sur-la-mort-encphalique-et-le.html



  • Catherine Coste Catherine Coste 13 septembre 2007 14:24

    Je cite ici le témoignage d’un médecin urgentiste, chef du service des urgences à l’hôpital Antoine-Béclère, Clamart : le Docteur Marc Andronikof (MA). Il répondait début juin 2007 aux questions suivantes :

    « A-t-on des statistiques sur les résultats des greffes ? Les taux de réussite ? »

    MA : « Il est très difficile de savoir le gain réel sur la survie des transplantés. Pour la transplantation rénale, du temps où j’étais impliqué, on disait qu’on ne gagnait rien en survie mais en qualité de vie. Ce qui est certain, quand cela marche et le temps que cela marche. J’ai vu des gens transformés par leur greffe rénale et des gens qui n’en pouvaient plus des complications des immunosuppresseurs et regrettaient la dialyse. »

    « Y a-t-il eu des évaluations objectives, notamment sur le gain réel, par rapport à d’autres traitements ? »

    MA : « Pour les transplantations des organes vitaux (comme pour les dialysés du reste) il faudrait tirer au sort les malades (ceux qui seront transplantés contre ceux qui auraient un traitement sans transplantation). Cela n’a jamais été fait me semble-t-il. Ce qu’on sait c’est que dans des cas manifestement désespérés, (hépatite fulminante, cardiomyopathie terminale) la transplantation réussie évite une mort à courte échéance. Il y a des statistiques officielles de survie après transplantation à 1, 5 et 10 ans par organe (mais non comparatives comme je le disais). »

    « La nécessité d’’opérer’ d’urgence le ’donneur’ pour préserver l’intérêt du receveur, ne nuit-elle pas à l’efficacité des soins dont il aurait pu bénéficier ? »

    MA : « Il est évident, et ce n’est nié par personne, que les soins au ’donneur’ sont profondément modifiés lors de l’optique d’un prélèvement. C’est tout à fait incompatible, à mon avis, (et ce devrait être l’avis de tout philosophe et de tout médecin honnête) avec une prise en charge médicale ’éthique’ ».

    « N’arrive-t-il pas qu’un accidenté soit maintenu en survie artificielle, le temps de trouver un receveur ? Autrement dit, l’intérêt des ’donneurs’ n’interfère-t-il pas avec celui des receveurs ? »

    MA : « Le ’donneur’ perd sa qualité d’être humain, de malade, il est réduit à l’état de ’moyen’, de pourvoyeur d’organes. La qualité de relation médecin/malade est par là totalement pervertie puisque le médecin ne poursuit plus le bien de celui qu’il a en charge. Au mieux, on est au pire de l’acharnement thérapeutique. Je ne comprends toujours pas que nos philosophes et chantres de l’éthique à tout crin n’aient jamais exposé ’ex cathedra’ ces considérations simples. Ce silence est lui aussi scandaleux. »

    « Ne peut-on voir dans toutes ces dispositions la main des lobbies des professions concernées ? L’intérêt des receveurs et celui des lobbies étant a priori convergents ? »

    MA : « Pour les lobbies : oui, oui et oui. Si vous supprimez la greffe, c’est tout un pan de l’économie suisse et mondiale qui s’effondre et des services hospitaliers, et des nominations etc. etc. »

    « Le ’donneur’ est-il toujours anesthésié ? »

    MA : « Le ’donneur’ est anesthésié, c’est aussi ouvertement écrit dans les manuels : pour empêcher les sautes de tension, les contractions musculaires etc. tout cela sur quelqu’un de soi-disant mort ! (...) Il est tellement évident que quelqu’un qui bouge, contracte ses muscles, modifie ses réactions physiologiques, lorsqu’on vient lui appliquer un scalpel, ne peut être considérer comme »mort« qu’il me paraît suffir de l’exprimer comme cela pour que n’importe qui dans son bon sens le comprenne. (...)Même à l’école, lorsque le professeur ’décérébrait’ une grenouille pour nous montrer les réflexes médullaires (en brûlant la patte d’un côté, elle rétractait l’autre), il le faisait pour que la grenouille ne souffre pas, jamais il n’aurait pensé ou nous aurait dit que la grenouille était ’morte’... »



  • Catherine Coste Catherine Coste 13 septembre 2007 14:18

    Le Dr. Marc Andronikof (MA), médecin urgentiste, chef du service des urgences à l’hôpital Antoine-Béclère, Clamart, répondait en juin 2007 à quelques questions :

    « A-t-on des statistiques sur les résultats des greffes ? Les taux de réussite ? »

    MA : « Il est très difficile de savoir le gain réel sur la survie des transplantés. Pour la transplantation rénale, du temps où j’étais impliqué, on disait qu’on ne gagnait rien en survie mais en qualité de vie. Ce qui est certain, quand cela marche et le temps que cela marche. J’ai vu des gens transformés par leur greffe rénale et des gens qui n’en pouvaient plus des complications des immunosuppresseurs et regrettaient la dialyse. »

    « Y a-t-il eu des évaluations objectives, notamment sur le gain réel, par rapport à d’autres traitements ? »

    MA : « Pour les transplantations des organes vitaux (comme pour les dialysés du reste) il faudrait tirer au sort les malades (ceux qui seront transplantés contre ceux qui auraient un traitement sans transplantation). Cela n’a jamais été fait me semble-t-il. Ce qu’on sait c’est que dans des cas manifestement désespérés, (hépatite fulminante, cardiomyopathie terminale) la transplantation réussie évite une mort à courte échéance. Il y a des statistiques officielles de survie après transplantation à 1, 5 et 10 ans par organe (mais non comparatives comme je le disais). »

    « La nécessité d’’opérer’ d’urgence le ’donneur’ pour préserver l’intérêt du receveur, ne nuit-elle pas à l’efficacité des soins dont il aurait pu bénéficier ? »

    MA : « Il est évident, et ce n’est nié par personne, que les soins au ’donneur’ sont profondément modifiés lors de l’optique d’un prélèvement. C’est tout à fait incompatible, à mon avis, (et ce devrait être l’avis de tout philosophe et de tout médecin honnête) avec une prise en charge médicale ’éthique’ ».

    « N’arrive-t-il pas qu’un accidenté soit maintenu en survie artificielle, le temps de trouver un receveur ? Autrement dit, l’intérêt des ’donneurs’ n’interfère-t-il pas avec celui des receveurs ? »

    MA : « Le ’donneur’ perd sa qualité d’être humain, de malade, il est réduit à l’état de ’moyen’, de pourvoyeur d’organes. La qualité de relation médecin/malade est par là totalement pervertie puisque le médecin ne poursuit plus le bien de celui qu’il a en charge. Au mieux, on est au pire de l’acharnement thérapeutique. Je ne comprends toujours pas que nos philosophes et chantres de l’éthique à tout crin n’aient jamais exposé ’ex cathedra’ ces considérations simples. Ce silence est lui aussi scandaleux. »

    « Ne peut-on voir dans toutes ces dispositions la main des lobbies des professions concernées ? L’intérêt des receveurs et celui des lobbies étant a priori convergents ? »

    MA : « Pour les lobbies : oui, oui et oui. Si vous supprimez la greffe, c’est tout un pan de l’économie suisse et mondiale qui s’effondre et des services hospitaliers, et des nominations etc. etc. »

    « Le ’donneur’ est-il toujours anesthésié ? »

    MA : « Le ’donneur’ est anesthésié, c’est aussi ouvertement écrit dans les manuels : pour empêcher les sautes de tension, les contractions musculaires etc. tout cela sur quelqu’un de soi-disant mort ! (...) Il est tellement évident que quelqu’un qui bouge, contracte ses muscles, modifie ses réactions physiologiques, lorsqu’on vient lui appliquer un scalpel, ne peut être considéré comme ’mort’ qu’il me paraît suffir de l’exprimer comme cela pour que n’importe qui dans son bon sens le comprenne. Même à l’école, lorsque le professeur ’décérébrait’ une grenouille pour nous montrer les réflexes médullaires (en brûlant la patte d’un côté, elle rétractait l’autre), il le faisait pour que la grenouille ne souffre pas, jamais il n’aurait pensé ou nous aurait dit que la grenouille était ’morte’... »



  • Catherine Coste Catherine Coste 13 septembre 2007 13:54

    Merci pour toutes ces réactions. Je souhaiterais citer le témoignage d’un chirurgien confronté aux prélèvements d’organes. Ce témoignage a été publié dans l’ouvrage de Claire Boileau : « Dans le dédale du don d’organes. Le cheminement de l’ethnologue » (Editions des archives contemporaines, 2002) : Le voici, ainsi que son contexte :

    « Durant cette enquête, une histoire surgissait régulièrement dans les discours des professionnels, histoire selon laquelle un chirurgien de renom avait quitté la profession après avoir été mis en présence de ce phénomène [les »manifestations résiduelles" observables chez les patients en état de mort encéphalique]. Il s’apprêtait à inciser le thorax lorsque le bras de l’opéré se mit à bouger. Il jura donc de ne plus jamais s’occuper de ce genre d’activité (...). La répétition de ce récit et, bien sûr, le phénomène auquel il faisait référence avait fini par m’intriguer au point de souhaiter le rencontrer, ce qu’il accepta sans détour. ’Quand j’ai quitté le service’, me dit-il, ’on en était à la 100ème [prélèvement], j’ai dû en faire une cinquantaine. J’avais une sensibilité difficilement compatible avec ce type d’activité... L’impression d’être mangé par la somme des tâches. Je me sentais dispersé et j’avais l’impression de ne pas faire ce que j’aimais vraiment. Mais tout le monde est interpellé par le fait de trancher dans la chair de son contemporain, mais certains restent dans le déni. A des degrés divers, tous les chirurgiens font entrer de tels mécanismes. Si c’est le déni, il ne se passe rien. Moi je m’arrangeais très bien. Par exemple j’allais voir mon futur opéré la veille [le receveur], on discutait le bout de gras, il fallait répondre aux questions, à l’angoisse de la veille de l’intervention, et ils me demandaient : Est-ce que je vous verrais demain matin ? Je leur disais non, car j’avais besoin de ne pas les voir... C’est très utile, un champ opératoire [pièces de tissus stériles de différentes tailles installées sur l’opéré de façon à circonscrire et isoler la zone à opérer. De fait, le corps n’est plus visible dans son ensemble]. , et ... ça devient le muscle grand dorsal, les côtes à traverser. Il y a vingt ans, le chirurgien était le grand chef. Il était omnipotent. Maintenant, il est de plus en plus celui qui va faire l’acte technique sans être impliqué dans l’itinéraire du malade’.

    Quelques jours après cette entrevue au cours de laquelle, malgré mes sollicitations réitérées concernant l’histoire en question, il n’avait rien dit de ce qui était raconté sur lui, il m’envoyait ce courrier qu’il qualifiait de ’compte-rendu non habituel d’un prélèvement d’organes’. Il souhaitait démontrer ainsi combien la pratique du prélèvement lui avait été pénible, au point d’abandonner ensuite, définitivement, toute activité chirurgicale. Je vous restitue une partie de ce témoignage si éclairant.

    ’Ah ! Vous voilà ! Tout va bien, vous pouvez y aller. C’est avec ces mots que nous sommes accueillis par le coordinateur du centre de prélèvements. Tout va bien signifie, en bref, que l’ensemble des critères requis est rassemblé chez le sujet en coma dépassé ; que les tracés électroencéphalographiques sont plats, signatures légales de la certitude de la mort ; que les instances ont apposé leur signature à l’autorisation de prélèvements ; et, enfin, que la famille a donné son accord. Il nous accompagne auprès du donneur, un adolescent magnifique terrassé sur son lit. Autour de lui, les infirmières s’activent avec compétence. Elles disent : Il maintient sa tension, il a une bonne diurèse. Mais à qui s’adresse donc ce il dont elles parlent ? Est-ce simplement à ce grand corps préparé ici pour qu’il rende d’ultimes services ? Ou bien est-ce à cet adolescent qui a une histoire, une famille ?

    Pendant que les préparatifs se poursuivent, je pense à ses parents, à ses amis, effondrés par la mort brutale, à qui il a fallu demander l’autorisation d’effectuer le prélèvement. Je ne les ai pas vus et me sens lâchement soulagé de ne pas avoir eu pour tâche de les affronter. Mais je suis distrait dans mes rêveries, pour l’heure malvenues, par les nécessités du moment : vérifier l’état bronchique, demander une ultime radiographie pulmonaire, récupérer les résultats des dernières gazométries sanguines, etc., toutes ces occupations tellement simples et plus rassurantes que les pensées qui m’assaillaient tout à l’heure... ... Tout est enfin prêt. Champs opératoires installés, l’intervention peut débuter. Je saisis le bistouri électrique afin de tracer l’incision. Au premier contact avec la peau, le corps du donneur tressaille vigoureusement. Instantanément, j’arrête mon geste, saisi par l’effroi. Il bouge ! dis-je à l’anesthésiste, sous-entendant par là, et de manière la plus concise, que je crains qu’il ne soit encore vivant, que nous ne soyons en train de commettre l’irréparable, de ... perpétrer un véritable meurtre. Cela arrive, répond-il calmement. Ce ne sont que les arcs réflexes médullaires qui persistent. On va augmenter la dose de curare. Tu sais, on en met toujours avant les prélèvements. Eh bien non, je ne le savais pas ! Ou plutôt jusqu’à ce jour, je n’avais pas pris conscience que les réflexes médullaires persistaient et qu’un sujet en coma dépassé ne restait immobile qu’au prix d’une curarisation. De quel mort s’agit-il donc là, qu’il faille le calmer pour qu’il ne bouge pas ? Mais si tu veux, poursuit l’anesthésiste, on arrête tout. Phrase assassine qui me renvoie, sans détour possible, la responsabilité de décider si le mort est bien mort. Son cœur bat, le sang coule dans ses vaisseaux, ses poumons se soulèvent régulièrement au rythme du respirateur et, par sous-dosage d’anesthésique, il réagit à la brûlure du bistouri : rien de ce que je peux en saisir par mes sens ne me le différencie d’un vivant que l’on opérerait. Mais non ! Les électroencéphalogrammes sont bien plats. Je ne les ai pas vus, pas plus que je n’ai vu le spécialiste qui les a interprétés, mais je dois faire confiance. Tout est en règle. Et puis, le receveur de ces poumons est déjà en cours d’intervention et d’autres attendent encore le cœur, le foie ou les reins. Leur survie en dépend. Le bistouri encore levé au-dessus de la peau, ces folles pensées tourbillonnent dans ma tête, négociation intime et cauchemardesque entre l’instinct qui refuse et la raison qui accepte, recherche désespérée d’arguments qui puissent balayer mes réticences et m’inciter à poursuivre... quelques instants encore, puis ma main s’abaisse et je trace l’incision.

    Plus tard, cœur, poumons, foie et reins sont disséqués, cannulations en place, et tout est prêt pour le dernier acte du prélèvement. De la main droite, je tiens un clamp [pince servant à fermer un tuyau, une artère, une veine], mors écarté autour de la veine cave. Le geste reste suspendu par une ultime hésitation. Un collègue me presse : Mais qu’attends-tu donc ? Je serre le clamp. Le cœur s’arrête. Le prélèvement effectué et les poumons soigneusement conditionnés dans une glacière, notre équipe s’esquive de la salle d’opération, tenant à bout de bras la précieuse cargaison. Le cœur et le foie suivront bientôt le même chemin. Est-ce seulement la réelle nécessité de réimplanter l’organe au plus vite qui nous fait prendre un pas pressé ? Ou bien n’adoptons-nous pas quelque peu l’attitude du voleur désertant furtivement le lieu de son méfait ? Quoi qu’il en soit, nous traversons rapidement les couloirs qui conduisent aux ambulances. ... Beaucoup plus tard, en fin de matinée, de retour d’un trop bref repos, j’apprends que tout se passe au mieux pour le greffé de la nuit.

    Je devrais être content.’

    Ce témoignage (...) montre à quel point la définition de la mort encéphalique s’accommode mal de certains signes extérieurs. (...) Comme l’indique ce chirurgien, ces réflexes peuvent apparaître lors de l’incision. Néanmoins, d’autres signes, moins visibles mais en contradiction avec l’énoncé de la mort encéphalique, ont été relevés par certains auteurs dans la littérature médicale telle que la présence de décharges hormonales, incompatibles avec la notion d’arrêt total du cerveau. De tels indices, contraires à la définition de la mort encéphalique (entendue comme cessation totale et définitive de l’encéphale), ne traduisent pas pour autant la ’présence de la vie’ au sens plein du terme, ou son retour possible. Ils interrogent les incohérences actuelles qui existent entre la formulation théorique de la mort cérébrale, ses critères d’appréciation et les tests destinés à la confirmer.

    Bien que ces manifestations soient clairement identifiées et justifiées du point de vue neuro-physiologique, leur présence soulève de multiples questions : le donneur souffre-t-il ? De quelle douleur s’agit-il lorsque la conscience n’est plus ? Les automatismes sont-ils en dehors du champ de la vie ? Et de façon plus générale, le donneur incarne-t-il autre chose qu’un ensemble de fonctions mécaniques entre le moment où il est déclaré mort et celui où il n’est effectivement plus possible que ce type de réflexe n’apparaisse, c’est-à-dire à l’arrêt du cœur ? ’L’individu est considéré comme mort parce qu’il est mort à l’espèce humaine mais il n’est pas mort à l’espèce vivante’, souligne L.V. Thomas à propos de cet état particulier [ L.V. Thomas, « Mélanges thématiques », L’Harmattan, 1993, p.7]. Aussi longtemps que les battements cardiaques perdurent, le donneur n’est jamais tout à fait considéré comme un défunt. L’arrêt du cœur a lieu au bloc opératoire au moment du prélèvement d’organes. Aussi la salle d’opération porte-t-elle bien son nom : l’opération qui s’y déroule concerne autant l’aspect chirurgical que symbolique. Le donneur change véritablement de statut : il devient un ’véritable’ défunt".

    Petit topo sur l’auteur de ce livre : après une formation et une pratique infirmière, Claire Boileau s’est tournée vers l’anthropologie du corps, de la mort et du don. Anthropologue, chercheur associé au Laboratoire « Société, santé, développement » (CNRS, Université de Bordeaux II), elle a été membre du Conseil Médical et Scientifique de l’EFG (Etablissement Français des Greffes, remplacé depuis 2005 par l’Agence de la biomédecine).

    En France, les instructions officielles recommandent une anesthésie du patient en état de mort encéphalique en vue du prélèvement de ses organes. Les « Annales Françaises d’Anesthésie-Réanimation » de 1999 (« Réanimation du sujet en état de mort encéphalique en vue de prélèvement d’organes ») stipulent : « Paradoxalement, il peut être nécessaire d’administrer des agents anesthésiques au cours du prélèvement. Il est recommandé de pratiquer une curarisation profonde et de limiter les à-coups hypertensifs liés à une hyperréflectivité médullaire par l’utilisation adaptée d’un anesthésique général ». Le Candide usager-de-la-santé est encore plus effrayé : l’anesthésie serait seulement recommandée ?! Paradoxalement ?! Et si seule est envisagée une curarisation, il n’est pas dit que le patient prélevé ne ressente rien, étant donné que les opiacés n’ont pas d’effet anesthésiant, ils visent à relâcher les muscles. Pour le patient prélevé, la curarisation seule serait encore plus préjudiciable que le fait de ne bénéficier d’aucune anesthésie !

    Le 17 mars 2007, j’ai envoyé ce courriel à la direction de la SFAR, société française d’anesthésie et de réanimation.

    "Bonjour, Usager de la santé, je suis auteur (bénévole) d’un weblog d’information sur l’éthique et les transplantations d’organes depuis deux ans. Je me permets de vous contacter pour la raison suivante : des usagers de la santé (dont moi-même) se posent des questions concernant l’anesthésie et les transplantations, plus précisément : un donneur d’organes en état de mort encéphalique est-il anesthésié avant le prélèvement de ses organes ?

    Il est question, à cause des réflexes médullaires qui peuvent être observés, d’utiliser des médicaments comme les curares pour éviter ces reflexes. Or d’après ce que je comprends, ces curares sont des myorelaxants et ne servent pas à anesthésier ?

    En Suisse, une enquête a été menée en 2000 et rapportée par ’La Revue Médicale Suisse’ No -628 : ’Dons d’organes et transplantation : qu’en pensent les soignants ?’ De cette enquête, il ressort que le don d’organes et la transplantation soulèvent de nombreuses interrogations auprès du personnel médico-infirmier, tout particulièrement sur la mort cérébrale, pour laquelle il est à noter que seuls 80 pour cent des soignants des deux hôpitaux où l’enquête a été menée considèrent que cette dernière est une confirmation de la mort. Ce résultat démontre qu’il n’est pas possible d’aborder la question de la mort à l’aide de la seule science médicale.’ Dans cette enquête d’opinion, on peut lire : ’même si la raison nous dicte que les patients en mort cérébrale n’ont pas besoin d’anesthésie, d’analgésie ni de sédation, des enquêtes récentes montrent que plus de la moitié des anesthésistes administrent une anesthésie générale pour le prélèvement des organes.’ [et pour l’autre moitié ???!!!!]

    Pourriez-vous me renseigner sur ce qui se pratique en France ? Des directives existent-elles ou l’anesthésie est-elle laissée, en pratique, à l’appréciation des équipes chirurgicales de prélèvement ?

    D’autre part, ayant posé cette question de l’anesthésie d’un donneur en état de mort encéphalique à une infirmière coordinatrice, il m’a été répondu (en résumé) que l’anesthésie du donneur nuirait au receveur (risquerait de compromettre la qualité de la greffe chez le receveur). Ceci est-il exact ou ai-je mal interprété les propos de cette coordinatrice ? Celle-ci insistait d’ailleurs surtout sur le fait que ce patient, légalement mort (loi de Bioéthique révisée en août 2004), n’avait pas besoin d’anesthésie.

    Vous remerciant par avance pour les éléments de réponse que vous voudrez bien m’apporter, je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations respectueuses."

    Je n’ai jamais eu de réponse, et je reste avec mes questions (pourquoi un sous-dosage d’anesthésique ??)...



  • Catherine Coste Catherine Coste 8 juin 2007 23:30

    Bonjour, J’ai transmis vos questions au Dr. Marc Andronikof (MA), chef du service des urgences à l’hôpital Antoine-Béclère, Clamart.

    « A-t-on des statistiques sur les résultats des greffes ? Les taux de réussite ? »

    MA : « Il est très difficile de savoir le gain réel sur la survie des transplantés. Pour la transplantation rénale, du temps où j’étais impliqué, on disait qu’on ne gagnait rien en survie mais en qualité de vie. Ce qui est certain, quand cela marche et le temps que cela marche. J’ai vu des gens transformés par leur greffe rénale et des gens qui n’en pouvaient plus des complications des immunosuppresseurs et regrettaient la dialyse. »

    « Y a-t-il eu des évaluations objectives, notamment sur le gain réel, par rapport à d’autres traitements ? »

    MA : Pour les transplantations des organes vitaux (comme pour les dialysés du reste) il faudrait tirer au sort les malades (ceux qui seront transplantés contre ceux qui auraient un traitement sans transplantation). Cela n’a jamais été fait me semble-t-il. Ce qu’on sait c’est que dans des cas manifestement désespérés, (hépatite fulminante, cardiomyopathie terminale) la transplantation réussie évite une mort à courte échéance. Il y a des statistiques officielles de survie après transplantation à 1, 5 et 10 ans par organe (mais non comparatives comme je le disais).

    « Comment peut-on parler de don alors que l’on est tous déclarés a priori donneurs ? Ne devrait-on pas parler de devoir ? D’impôt en nature ? Ce procédé ne peut-il s’apparenter à un procédé de renversement de la charge de la preuve ? »

    [Catherine Coste] : Je crois que le terme juridique invoqué en cas de refus est : « inversion de présomption » (puisque le consentement présumé est inscrit dans la loi en France. « opt out » est le terme anglo-saxon pour cette forme de consentement, qui s’oppose au consentement explicite, dit « opt in »).

    « La nécessité d’’opérer’ d’urgence le ’donneur’ pour préserver l’intérêt du receveur, ne nuit-elle pas à l’efficacité des soins dont il aurait pu bénéficier ? »

    MA : « Il est évident, et ce n’est nié par personne, que les soins au ’donneur’ sont profondément modifiés lors de l’optique d’un prélèvement. C’est tout à fait incompatible, à mon avis, (et ce devrait être l’avis de tout philosophe et de tout médecin honnête) avec une prise en charge médicale ’éthique’ ».

    « N’arrive-t-il pas qu’un accidenté soit maintenu en survie artificielle, le temps de trouver un receveur ? Autrement dit, l’intérêt des ’donneurs’ n’interfère-t-il pas avec celui des receveurs ? »

    MA : « Le ’donneur’ perd sa qualité d’être humain, de malade, il est réduit à l’état de ’moyen’, de pourvoyeur d’organes. La qualité de relation médecin/malade est par là totalement pervertie puisque le médecin ne poursuit plus le bien de celui qu’il a en charge. Au mieux, on est au pire de l’acharnement thérapeutique. Je ne comprends toujours pas que nos philosophes et chantres de l’éthique à tout crin n’aient jamais exposé ’ex cathedra’ ces considérations simples. Ce silence est lui aussi scandaleux. »

    « Ne peut-on voir dans toutes ces dispositions la main des lobbies des professions concernées ? L’intérêt des receveurs et celui des lobbies étant a priori convergents ? »

    MA : « Pour les lobbies : oui, oui et oui. Si vous supprimez la greffe, c’est tout un pan de l’économie suisse et mondiale qui s’effondre et des services hospitaliers, et des nominations etc. etc. »

    « Le ’donneur’ est-il toujours anesthésié ? »

    MA : « Le ’donneur’ est anesthésié, c’est aussi ouvertement écrit dans les manuels : pour empêcher les sautes de tension, les contractions musculaires etc. tout cela sur quelqu’un de soi-disant mort ! »

    J’espère être en mesure de communiquer des statistiques ultérieurement. Merci pour votre compréhension. Salutations, Catherine Coste

Voir tous ses commentaires (20 par page)


Publicité


Publicité



Palmarès

Publicité