Enseignant et responsable associatif dans le domaine de l’accompagnement scolaire, dans un quartier populaire, je suis de près les évolutions de notre système éducatif. Par ailleurs, webmaster et auteur de plusieurs sites Internet.
Ce que vous écrivez peut être entendu mais c’est ce que l’on écrit depuis 20 ans. Faut-il insister ?
Le problème de fond, c’est que l’on a considéré qu’il fallait élever le niveau de formation de tous les élèves, que le collège unique était la réponse, mais la révolution pédagogique a sapé les bases de ce projet, et le nombre d’enfants en échec en fin de primaire y est étroitement lié. Je travaille dans les quartiers et je déplore le nombre de gamins parfaitement intelligents et motivés tant qu’on leur enseigne les choses de manières logiques, qui perdent pied avec des pédagogies floues et non structurantes. Ce sont des paniers percés et aucune connaissance n’est solidement acquise. Ce n’est ni leur faute, ni celle des enseignants, mais celle de tous ceux qui, justement, imposent des théories fumeuses pour des gamins virtuels qui n’existent pas dans la réalité.
Vous avez raison : si l’école primaire n’était pas autant en crise, le collège unique aurait pu faire mieux. Mais, ce n’est pas le cas.
Quand à supprimer le collège unique, ce n’est pas forcément la solution. D’ailleurs, celui-ci n’existe plus vraiment. Avant, l’orientation précoce se faisait en fonction du niveau des élèves, aujourd’hui, elle se fait en fonction du lieu de résidence. C’est une orientation précoce qui ne dit pas son nom et qui intervient ultérieurement, par défaut, mais l’avenir du gamin est joué dès la fin du primaire, même si on le maintient en scolarisation artificielle pendant plusieurs années dans un collège qui ne pourra rien faire pour lui.
Lisez quelques témoignages de collégiens sur ce blog
J’ai cité les ministres actuels simplement pour mémoire. Il est évident que l’avenir d’un système éducatif est une question politique mais n’y aurait-il pas moyen de sortir de ces débats stériles, de ces procès d’intention et autres théories sur le libéralisme. Personnellement, ce qui m’intéresse, et intéresse en premier chef les collégiens, c’est qu’ils puissent profiter des années passées au collège pour développer toutes les qualités que vous énoncez.
Les théories, soi-disant prouvées, que les plus faibles profitent de la présence des plus forts, sont des théories. Et il faut arrêter de penser l’école avec des théories. Je demande que l’on regarde la réalité de ce qui se passe dans notre pays. Le collège unique est incapable de faire progresser un élève qui quitte le primaire avec un important retard scolaire. On demande à l’élève de s’adapter à ce sacro-saint principe du collège unique, plutôt que d’adapter le système éducatif à la réalité des élèves.
Sincèrement, ceux qui parlent aujourd’hui de prolonger le collège unique, puis de créer un lycée unique, prônent un égalitarisme qui ne repose sur aucun fondement, et font le bonheur de tous ceux qui trouvent un intérêt à ce que les nouvelles générations ne pensent pas trop par elle-même. Avec en sus l’idée d’une culture commune, pré-mâchée par l’éducation nationale qui devrait permettre que tous pensent in fine la même chose, et ne viennent plus perturber les élites.
L’exemple de la Finlande devient lassant. Je l’ai utilisé en son temps pour rappeler que tous les élèves de Finlande apprennent à lire par des méthodes alphabétiques, et que visiblement, cela ne les troublent pas particulièrement puisque l’on considère qu’ils sont les meilleurs lecteurs de la classe européenne. En France, on est moderne et on fait du global : ça fait plus savant.
Ceci dit : 1) Il ne sert pas à grand chose de comparer les systèmes éducatifs de deux pays si différents 2) Il y a une réelle baisse de niveau en Finlande qui est observée aujourd’hui par les employeurs (je pourrais développer car j’ai reçu des infos en ce sens, qu’il faut simplement que je retrouve).
Jean-Luc Mélanchon, que l’on ne peut soupçonner d’accointance avec le pouvoir actuel, disait ceci en 2001 :
"De plus en plus d’élèves sont obligés de suivre une voie qui ne leur convient
pas et finissent brisés. Je constate : 46 000 élèves ont 16 ans à leur entrée en
quatrième, et 16 000 triplent leur classe de seconde générale et technologique.
9 000 jeunes partent chaque année en préapprentissage à 15 ans. Et ce serait
l’échec du jeune, pas celui de l’institution ?
J’aimerais savoir par quel
mystère les socialistes défendraient aujourd’hui un modèle qui date de 1975 et
qui a été porté par un ministre de droite. C’est la gauche qui a inventé les
troisièmes et quatrièmes technologiques en 1987 et c’est Lionel Jospin qui les a
généralisées en 1989 ! Aujourd’hui, être de gauche, c’est refuser de soutenir un
collège uniforme qui dédaigne la diversité des intelligences et pratique
l’acharnement académique par mépris pour la technologie et les savoirs
professionnels."
Votre réponse m’inquiète car cette idée que la répétition, le b a ba, et la grammaire ne servirait que des perroquets montre un grand mépris pour ma génération (j’ai 43 ans) et celles qui m’ont précédé. Ainsi, seuls les jeunes d’aujourd’hui ne seraient pas des perroquets, grâce à des maîtres éclairés !
Le monde réel n’est pas celui que vous décrivez. Le nombre d’enfants en échec, par manque d’un enseignement structurant, est considérable. Dire que le b a ba doit être réservé à des enfants déficients intellectuellement, alors que c’est la seule méthode qui convient à tous les enfants - sans exception - me laisse pantois, car manifeste une profonde méconnaissance des recherches les plus actuelles sur le sujet.
Les enseignants connaissent leur métier, tel qu’on leur a enseigné, dans ces merveilleux lieux de théories fantasques que sont certains IUFM. Les enseignants sont de vrais héros car on les a privés des bonnes méthodes, en leur faisant croire toute une série d’inepties sur l’enfant et ses apprentissages.
J’ai appris en b a ba, et je comprends très bien ce que je lis, beaucoup mieux que cette ribambelle d’enfants dont je m’occupe et qui sont encore à essayer de deviner les mots et le sens de textes simples en CM2. Le b a ba ne se suffit pas à lui-même. Il est associé à une étude fine de la grammaire, à des exercices d’écriture, à des analyses détaillées de textes. Nul besoin de faire des exercices d’anticipation, d’inférence. On croirait entendre l’Association Française pour la Lecture, en vous lisant (oui, car moi quand je lis, j’entends, je ne repère pas visuellement quelques mots).
Bon, tout cela demanderait plus d’explications. Je ferai d’autres articles sur le sujet.
Faux ! La Fondation pour l’école aide des écoles hors contrat quelles que soient leurs orientations.
Concernant cette école, elle n’est pas catholique. Françoise Candelier est issue de l’éducation nationale, qu’elle vient de quitter car elle voulait plus de liberté pour appliquer un programme ambitieux avec une continuité du CP au CM2. C’est une expérience intéressante, qu’il faut prendre comme telle.
Méthodes non traditionnelles. Méthodes efficaces surtout, et c’est bien là l’essentiel pour les enfants.