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Henri Masson

Coauteur de « L’homme qui a défié Babel » avec René Centassi, ancien rédacteur en chef de l’AFP. Paru en première édition en 1995 chez Ramsay, en seconde édition en 2001 chez L’Harmattan simultanément avec sa traduction en espéranto. Publié en 2005 en coréen et espagnol, en février 2006 en lituanien, en octobre 2007 en tchèque. Primé en 2002 par la Fondation Grabowski de l’UEA et consacré “Livre de l’année 2005 recommandable à la jeunesse” par le monde coréen de l’édition. Enregistré sur cassette par l’Association des Donneurs de Voix pour les déficients visuels.

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  • Premier article le 01/10/2005
  • Modérateur depuis le 08/10/2005
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Derniers commentaires



  • Henri Masson 4 août 2008 07:15

    "UTILITÉ ET POSSIBILITÉ D’UNE LANGUE INTERNATIONALE AUXILIAIRE EN MÉDECINE"
    Thèse de doctorat en Médecine de Pierre Corret (1908).

    Pages 117 à 134 intitulées "L’ESPERANTO"



    - 129 -

    forta, malforta ; amo, malamo ; estimi, malestimi ; fermi, malfermi ; honesta, malhonesta ; kovri, malkovri ; obea, malobea, etc., etc.

    Par l’emploi du préfixe mal, la mémoire setrouve considérablement soulagée, puisque pourtoute la série des contraires, il suffit d’apprendre un terme pour en savoir deux.

    Voici encore deux affixes d’un usage tout à fait général, et et eg, le premier diminutif, le second augmentatif. Par exemple : arbo, arbre ; arbeto, arbuste ; arbego, arbre de haute futaie. Pluvo, pluie ; pluveto, bruine ; pluvego, averse.

    D’autres affixes, d’une portée moins générale, semblent plus spécialement affectés à la formation d’une catégorie particulière de mots, soit verbes, soit adjectifs, soit noms.

    Parmi les affixes des verbes, citons ek, ad, ig.
    Le préfixe ek sert à marquer une action qui commence ou qui ne dure qu’un moment. Exemple : flugi, voler ; ekflugi, s’envoler ; krii, crier ; ekkrii, s’écrier.

    Le suffixe ad sert, au contraire, à marquer une action qui se prolonge ou se répète. Exemple : pafi, tirer un coup de fusil ; pafadi, faire une fusillade. Paroli, parler ; paroladi, discourir. —Naturellement ces différents verbes se transforment en noms par le seul changement de i en o. Exemple : ekflugo, essor ; pafado, fusillade ; etc.
    Le préfixe ig correspond à l’emploi du verbe français faire devant un autre verbe. Exemple : fari, faire ; farigi, faire faire. Vidi, voir ; vidigi, faire voir, montrer, etc. Il équivaut encore à notre verbe français rendre placé devant un adjectif.



    - 130 -

    Exemple : bela, beau ; beligi, rendre beau, embellir ; pala, pâle ; paligi, rendre pâle, faire pâlir, etc.
    Trois suffixes servent principalement à la dérivation des adjectifs : ce sont em (porté à, enclin à) ; ebl (possible à) ; ind (digne d’être). Exemple : kredema, enclin à croire, crédule ; kredebla, possible à croire, croyable ; kredinda, digne d’être cru, digne de foi ; legema, qui aime à lire ; legebla, lisible ; leginda, qui mérite d’être lu.

    Enfin, la grande majorité des affixes sert à former des noms soit de choses, soit de personnes.

    Par exemple, le suffixe il sert à former les noms d’instruments. Exemple : kudrilo, aiguille ; flugilo, aile ; kombilo, peigne (kombi, peigner) ; plugilo, charrue (plugi, labourer), etc. ; le suffixe ar sert à former les noms des collections d’objets de même espèce. Exemple : arbaro, forêt ; vagonaro, train (de chemin de fer) ; bovaro, troupeau de boeufs, etc., le suffixe ej sert à former les noms de lieux spécialement affectés à certains objets ou à certaines opérations. Exemple : lernejo, école (lerni, apprendre) ; kuirejo, cuisine (kuiri, faire cuire) ; porkejo, porcherie, hundejo, chenil (hundo,chien), etc., enfin le suffixe ec sert à former les noms de qualités abstraites. Exemple : boneco, bonté ; grandeco, grandeur ; patreco, paternité, etc.

    Parmi les suffixes servant à former les noms de personnes, nous nous contenterons de signaler ul (prononcez oul), ist et estr.

    Le suffixe ul signifie en général une personne caractérisée par une certaine qualité, une certaine action. Exemple : junulo, jeune homme (juna,



    - 131 -

    jeune) ; blindulo, un aveugle (blinda, aveugle), timulo, un poltron (timo, peur), etc. Le second, ist, marque la profession, l’occupation habituelle. Exemple : instruisto, instituteur ; kuiristo, cuisinier ; kuracisto, médecin (kuraci, traiter un malade), etc. Le troisième, estr, signifie maître, chef. Exemple : lernejestro, maître d’école ; regnestro, chef d’Etat ; imperiestro, empereur ; elefantestro, cornac, etc.

    Ces exemples suffisent sans doute à montrer la simplicité en même temps que la fécondité des procédés imaginés par Zamenhof pour multiplier à l’infini les mot du dictionnaire Esperanto.

    Il va sans dire que plusieurs affixes peuvent se combiner entre eux et avec les racines, de manière à augmenter encore les ressources du vocabulaire. Exemple : arb-et-aro, bocage ; reg-ist-aro, gouvernement (ensemble de gouvernants) ; grand-eg-ulo, géant, etc.

    Comme le grec et l’allemand, l’Esperanto peut enfin former des mots nouveaux par le simple accolement de deux racines. Exemple : fervojo, chemin de fer (fero, fer ; vojo, chemin) ; lumturo, phare (lumo, lumière ; turo, tour) ; sunfloro, tournesol (suno, soleil ; floro, fleur), etc.

    La grammaire de l’Esperanto n’est pas moins remarquable que son vocabulaire. Elle est tellement simple et concise qu’elle tient, a-t-on pu dire, tout entière, en seize règles.

    Elle est aussi vraiment internationale, en ce sens qu’elle est constituée par les règles communes



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    à toutes les grandes langues modernes, abstraction faite des règles particulières à chacune d’elles.

    Passons rapidement en revue les principales parties du discours :

    1° Pas d’article indéfini ; un seul article défini, la, absolument invariable. Le père, la patro ; la mère, la patrino ; les parents, la gepatroj.

    2° Le nom, caractérisé par la terminaison o, n’a pas de genre grammatical. Le sexe féminin se marque à l’aide du suffixe ino. Exemple : bovino, vache ; ursino, ourse ; kuracistino, femme médecin, etc. ;

    Le pluriel se forme en ajoutant à la terminaison du nom, la demi-voyelle j, qui se prononce comme notre y dans yeux. Exemple : la homo, l’homme ; la homoj, les hommes.

    3° Les principaux pronoms sont : mi, je, moi ; vi, tu, vous ; li, lui ; ni, nous ; ili, ils, eux, elles, etc.

    Quand le nom ou le pronom est complément direct, cette fonction se marque par l’adjonction d’un n. Exemple : je le vois, mi vidas lin ; il m’appelle, li min vokas ; j’aime mon père, mi amas mian patron.

    4° La conjugaison du verbe est, en Esperanto, d’une simplicité, d’une facilité vraiment idéale. Tous les verbes, cela va sans dire, sont de la même conjugaison, et il n’y a pas de verbes irréguliers, pas même le verbe être. Cette conjugaison se résume en douze terminaisons, dont six pour le verbe proprement dit et six pour le participe. Ainsi, le présent de l’indicatif se marque par la terminaison as, la passé par is, le futur par os, le conditionnel


    133

    par us, l’impératif par u, sans distinction de personnes et de nombre. Exemple : mi kantas, je chante ; ni amas, nous aimons : vi estis, vous étiez, vous fûtes ; li donos, il donnera ; ni volus, nous voudrions ; ili venu, qu’ils viennent. L’infinitif se marque par i. Exemple : kanti, ami, esti, chanter, aimer, être, etc. Les terminaisons des participes actifs sont : ant, int, ont, et des participes passifs : at, it, ot (présent, passé et futur). Exemple : chantant, kantanta ; ayant eu, havinta ; devant venir, venonta ; aimé, amata ; perdu, perdita, etc.

    Nous avons voulu, dans cette thèse, plutôt que de disserter théoriquement sur l’utilité de l’adoption d’une langue internationale en médecine, apporter des documents qui prouvent à quel point les relations médicales internationales sont actuellement gênées par la diversité des langues.
    On s’accorde d’ailleurs généralement sur ce point ; mais il n’avait pas été trouvé jusqu’ici de solution satisfaisante pour mettre fin à cette situation regrettable.
    Nous avons montré que de tous côtés on commence à chercher cette solution dans l’adoption de l’Esperanto, et nous avons prouvé d’autre part que cette langue permet facilement de traiter des


    134

    sujets médicaux. L’exposé qu’on vient de lire de sa constitution, joint aux preuves que nous avons données, achèvera, nous l’espérons, de convaincre de la possibilité de son adoption comme langue auxiliaire internationale en médecine.





  • Henri Masson 4 août 2008 07:15

    "UTILITÉ ET POSSIBILITÉ D’UNE LANGUE INTERNATIONALE AUXILIAIRE EN MÉDECINE"
    Thèse de doctorat en Médecine de Pierre Corret (1908).

    Pages 117 à 134 intitulées "L’ESPERANTO"



    - 117 -


    L’ESPERANTO

    Il ne sera pas déplacé, croyons-nous, de terminer cette étude par un bref exposé de la constitution même de l’Esperanto, et nous ne pouvons mieux faire que de l’emprunter à la plume autorisée de M. Emile Boirac, Recteur de l’Académie de Dijon et Président du Comité Linguistique Espérantiste (1), qui a bien voulu nous y autoriser et que nous sommes heureux de remercier ici.

    Beaucoup de gens, dit-il, s’imaginent que les partisans d’une langue internationale se proposent de substituer une langue unique et universelle à tous les idiomes actuellement parlés par l’humanité, et ils crient à l’absurdité et à l’utopie. Cette chimère n’a jamais existé que dans leurs cerveaux, et ce n’est nullement de cela qu’il s’agit. Démontrer qu’il est impossible et qu’il serait fâcheux de détruire la diversité des langues naturelles pour y substituer l’unité d’une langue artificielle, c’est proprement enfoncer une porte ouverte ou se battre contre des moulins à vent.
    L’Esperanto, en effet, ne se présente pas au monde avec le rôle d’organe universel, appelé à

    (1) Emile Boirac : Qu’est-ce que l’Esperanto ?



    - 118 -

    détrôner nos idiomes maternels : il vise uniquement les gens qui ont des relations internationales ou désirent en avoir. Son but est de permettre à tout intéressé, possédant une teinture de grammaire, d’arriver à communiquer sans peine, par l’écriture ou la parole, avec des étrangers dont il ignore la langue et qui ne savent pas la sienne. C’est pourquoi il se propose à nous non comme langue universelle, mais comme langue internationale auxiliaire. Supposez que dans tous les pays civilisés tous les hommes un peu instruits soient capables de s’en servir, les Français n’en continueront pas moins il parler français, les Anglais à parler anglais, les Russes à parler russe, etc. ; seulement chacun de nous pourra correspondre ou converser avec des Anglais, des Russes, des Allemands, des Espagnols, des Italiens, etc., sans être obligé d’apprendre leurs différentes langues, et vice versa.
    En fait, c’est là le service que l’Esperanto rend déjà à tous ceux qui le possèdent. Si je puis citer mon expérience personnelle, je suis, grâce à lui, en correspondance avec une foule de gens, Russes, Tchèques, Bulgares, Suédois, Islandais, etc., dont les langues me sont tout à fait inconnues et qui ne connaissent pas davantage la mienne, non des lettrés ou des savants de profession, mais quelques uns au moins appartenant aux classes sociales les plus humbles.
    D’ores et déjà donc, pour un certain nombre de personnes (qu’on évalue à 80.000 (1), mais le nombre des Espérantistes s’accroît régulièrement tous les jours), l’Esperanto supprime les frontières ; réalisant dans l’ordre intellectuel le miracle déjà réalisé

    (1) Evaluation faite en 1904.



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    dans l’ordre matériel par le téléphone et le télégraphe sans fil, il met les esprits en communication immédiate d’un bout à l’autre du monde.
    Les sceptiques qui déclarent, a priori, qu’un tel miracle est impossible, oublient qu’il n’y a pas d’impossibilité pour le génie. Or, plus on étudie l’Esperanto, plus on se rend compte que l’homme qui l’a créé, le modeste et encore obscur médecin de Varsovie, Louis Zamenhof, est une de ces intelligences géniales dont le souvenir reste attaché dans l’histoire à chacun des pas décisifs de l’humanité dans la voie du progrès (1).
    Certes, le problème d’une langue internationale artificielle paraît, au premier abord, extraordinairement difficile, impossible même à résoudre ; et cependant, quand on connaît la solution qu’en donne l’Esperanto, on est presque tenté de croire que rien n’est plus simple et plus facile. C’est l’histoire de l’œuf de Christophe Colomb. Mais prenons-y garde, il n’y a que les hommes de génie qui soient capables de trouver ainsi des solutions que l’on croyait d’abord impossibles et qui paraissent toutes naturelles aussitôt qu’ils les ont découvertes.
    Zamenhof est parti de cette idée, qui est en quelque sorte une idée de bon sens, que pour faire une langue artificielle vraiment internationale, il faut autant que possible employer des éléments naturels qui soient déjà par eux-mêmes internationaux. Quiconque appliquera et développera systématiquement ce principe, arrivera à retrouver l’Esperanto ou tout au moins à trouver une langue

    (1) Le Dr Zamenhof a été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, en 1905, par le Gouvernement français.



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    aussi voisine de l’Esperanto que le portugais peut l’être de l’espagnol. Ce qui revient à dire que l’Esperanto est, pour employer le langage des mathématiciens, la solution unique du problème.
    Voici, en effet, comment se trouve construit le dictionnaire de la langue.
    Tout d’abord les racines qui expriment des idées et des inventions scientifiques ou techniques sont communes aux langues de tous les peuples civilisés et par conséquent internationales. Telles sont, par exemple, les racines des mots français : mathématique, mécanique, physique, astronomie, géographie, philosophie, etc. ; électricité, photographie, locomotive, etc. ; Europe, Asie, Afrique, Amérique, etc., etc. Dès lors, toutes ces racines appartiennent de droit à l’Esperanto. Les seules modifications qu’il se permette d’y apporter consistent à leur imposer, d’abord une orthographe rigoureusement phonétique (matematik, fizik, astronomi, geografi, filozofi, elektr, fotografi, locomotiv, Europ, Azi, Afrik, Amerik, etc.) ; puis, comme nous l’expliquerons plus tard, les terminaisons adoptées par la langue comme caractéristiques grammaticales (o pour le nom, a pour l’adjectif, etc., donc : filozofio, philosophie ; filozofia, philosophique ; elektro, électricité ; elektra, électrique, etc., etc.).
    Ces racines internationales sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne pense. Elles ne composent pas seulement la presque totalité du vocabulaire des sciences, des arts, des industries ; elles pénètrent même dans le vocabulaire de la vie courante. Croirait-on, par exemple, que le café, le thé, le sucre, l’anis, etc., se nomment à peu près de même

    [Remarque H.M. : il faut lokomotiv et non locomotiv]


    121

    dans toutes les langues, que trottoir, allée, ballon, se disent non seulement en français, mais le premier en allemand, en russe et en polonais (sous les formes trottoir et trotuar), le second et le troisième en allemand, en anglais, en russe et probablement aussi dans d’autres langues européennes, Dès lors, quoi d’étonnant si nous trouvons en Esperanto les mots : kafo, teo, sukero, anizo, trotuaro, aleo, balkono, etc, ?

    Cependant, ces racines interrnationales, si nombreuses qu’elles soient, ne suffiraient pas à constituer un dictionnaire complet. Mais à défaut d’une internationalité absolue ou quasi absolue, n’est-il pas logique de se contenter d’une internationalité relative, si celle-ci est la plus grande possible ?

    Or, à ne considérer que les langues parlées par les peuples civilisés, les seuls avec lesquels il soit pour le moment possible et intéressant d’entretenir des relations internationales, nous les voyons se ranger en quatre grands groupes :
    1° Langues néo-latines, français, italien, espagnol, portugais, roumain, parlées par 160 millions d’individus ;
    2° Langue anglaise, parlée par environ 125 millions (Grande-Bretagne et Etats-Unis d’Amérique) ;
    3° Langues germaniques, allemand, hollandais, flamand, suédois, danois, etc., parlées par environ 75 millions ;
    4° Langues slaves, polonais, russe, bulgare, etc., parlées par environ 90 millions.
    Il résulte de cette statistique que les langues dérivées du latin sont parlées par plus d’un tiers (160 millions sur 450) de l’humanité civilisée.





  • Henri Masson 4 août 2008 07:15

    "UTILITÉ ET POSSIBILITÉ D’UNE LANGUE INTERNATIONALE AUXILIAIRE EN MÉDECINE"
    Thèse de doctorat en Médecine de Pierre Corret (1908).

    Ce nouveau chapitre couvre les pages 117 à 134 et s’intitule "L’ESPERANTO"
    .

    Pierre Corret y présente les raisons de ce choix et quelques aspects linguistiques de la langue.

    Les personnes plus curieuses pourront se procurer un petit livre de 78 pages écrit sous le titre "ABC d’espéranto à l’usage de ceux qui aiment les lettres" par le professeur Gaston Waringhien, agrégé de l’Université et réédité en 2001 chez L’Harmattan. L’idée lui était venue de rédiger cette étude en captivité, durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque, à l’Oflag X.C, il se retrouva avec d’autres officiers de langues diverses ayant dans l’ensemble une bonne culture générale et linguistique mais pas forcément une langue commune. Certains officiers exprimèrent le souhait d’"acquérir dans le moindre temps le moyen de lire, sinon de parler l’Espéranto". Waringhien y explique ce qui a pu amener le Dr Zamenhof à faire tel choix plutôt que tel autre pour les racines et les affixes, ceci en comparant les diverses formes d’un même mot en diverses langues : anglais, allemand, français, grec ancien, espagnol, italien, latin, polonais, russe, suédois.

    Les encore plus curieux(ses) pourront aussi se procurer l’"Etimologia vortaro de Esperanto" en cinq volumes de Ebbe Viborg (Malmö : ESE, 1989, 1991, 1993, 1995 et 2001) ou enfin le "Konciza Etimologia Vortaro de Esperanto" d’André Cherpillod (Rotterdam : UEA, 2002. 503 p.) Présentation en anglais, anglais (EUA1), anglais EUA2, en espéranto, espéranto (Finlande). Rien n’empêche de faire d’autres recherches smiley

    L’histoire de l’Oflag vécue par le professeur Waringhien me rappelle le sort de deux otages de langues différentes, qui, si je me souviens bien, au Liban, voici pas mal d’années, avaient été détenus ensemble. Ils n’avaient pas pu communiquer du fait qu’ils n’avaient aucune langue commune. Peut-être y a-t-il des lecteurs qui se souviennent de cette affaire. Il aurait suffit que l’un d’eux sache l’espéranto pour que tous les deux aient été en mesure de bien communiquer dans les meilleurs délais.

    Aujourd’hui, l’espéranto est utilisé dans des camps de réfugiés, notamment en Tanzanie, où il donne à des gens de diverses origines la possibilité de se comprendre : "Ce petit livre a eu un succès qui m’a ahuri. J’ai dû le faire envoyer dans un camp de réfugiés en Tanzanie, où des gens de toutes sortes d’ethnies et de pays avaient décidé d’apprendre l’espéranto pour se comprendre entre eux." (Claude Piron). "Maintenant, j’enseigne l’espéranto dans le camp de réfugiés. Je n’ai pas d’autre travail. Je ne m’occupe que de mon groupe scout et de l’enseignement de l’espéranto." (Témoignage de Nicodeme Ntakirutimana, scout burundais, février 2007.



  • Henri Masson 3 août 2008 06:31

    "UTILITÉ ET POSSIBILITÉ D’UNE LANGUE INTERNATIONALE AUXILIAIRE EN MÉDECINE"
    Thèse de doctorat en Médecine de Pierre Corret (1908).

    LE PROBLÈME GÉNÉRAL DE LA LANGUE INTERNATIONALE
    p. 111 à 116


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    III. — Qu’il y a lieu d’examiner si cette langue peut être : 1° une langue morte ressuscitée, ou : 2° une langue vivante, même doublée d’une autre langue vivante, ou : 3° une langue artificielle — et qu’il convient d’écarter les deux premières solutions.

    1° Cette langue sera-t-elle une langue ancienne ? Le latin par exemple, car personne ne songera au grec ? Pas, en tous cas, le latin que nous avons appris au collège ; ce latin-là (dont la prononciation diffère au reste en chaque pays) est d’une grammaire, sinon d’un vocabulaire, assurément difficile. On l’a utilisé d’ailleurs, tant bien que mal, au moyen âge et jusqu’au temps modernes où, pratiquement, il est mort, non tant de pauvreté sans doute que parce qu’il exige de qui veut l’entendre et lui faire tout dire trop d’intelligence ou d’esprit. Un latin simplifié alors ? fait de solécismes, de barbarismes, de néologismes, monstre qui, sans compensation réelle, tuerait le latin classique, au désespoir de ceux qui l’aiment encore et au grand dommage de la culture européenne ? Si l’on a préconisé cette solution, on ne s’y tiendra guère, d’un commun accord entre partisans et adversaires de la langue de Cicéron.

    2° Sera-ce comme il a été proposé, avec l’éminent appui de M. Bréal, une langue vivante : l’anglais ? non seul, il est vrai, mais doublé du français, de telle sorte que les peuples de langue française apprendraient l’anglais, tandis que les anglo-saxons s’engageraient à étudier le français.



    - 112 -

    Mais si l’on peut croire que les gouvernements français, suisse, belge, prescriront l’étude de l’anglais dans toutes leurs écoles secondaires, et que les Italiens, Allemands, Russes et autres, imposeront, au choix, l’anglais ou le français, personne, qui connaît l’Angleterre et l’Amérique, ne pensera, j’imagine, qu’on puisse jamais introduire l’étude exclusive et obligatoire du français dans les écoles de ces pays, écoles libres pour la plupart. Et pourquoi d’ailleurs les Anglais apprendraient-ils le français ? Pour le parler avec les Allemands ? puisqu’avec les Français, ce ne serait pas la peine : ils sauraient l’anglais. La convention deviendrait donc bientôt et fatalement unilatérale, selon la loi du plus grand nombre.

    Néanmoins la solution anglaise en serait une, — toute relative d’ailleurs car on ne voit pas comment un Russe parlant français et un Suédois parlant allemand parviendraient à s’entendre, — mais hors les Anglais, qui en voudra ? Et vraiment on ne saurait blâmer les nations de défendre avec une prudence jalouse leurs positions respectives vis-à-vis d’une race à qui, dans tous les domaines, on donnerait une prépondérance démesurée et écrasante par l’adoption de sa langue comme langue internationale. Ce raisonnement valant contre toute langue qui serait celle d’un grand peuple — toute autre étant naturellement exclue du concours — la solution par le choix d’une langue moderne se trouve ainsi forcément écartée, et il n’en reste plus d’autre que l’institution d’une langue artificielle.


    - 113 -

    IV. - Du choix d’une langue artificielle et des conditions auxquelles elle doit satisfaire — que 1’ « Esperanto » satisfait seul à ces conditions, et satisfait pleinement à toutes — et comment il triomphera.

    Quelle qu’elle soit, cette langue aura à satisfaire aux exigences suivantes : être à tous les hommes cultivés d’une prononciation aisée, avoir une grammaire très simple, posséder un vocabulaire dont l’assimilation soit facile aux Germains, comme aux Slaves ou aux Latins. Ce doit être une langue complète, c’est-à-dire capable d’exprimer toutes les idées avec précision, et telle qu’on la puisse écrire, lire et parler, car, outre qu’une langue qu’on ne pourrait parler serait insuffisante, la mémoire se refuserait à la retenir, preuve en est le Volapük, de fâcheuse renommée, ou la langue Bleue plus récente, non plus sage.

    C’est ici qu’il faudrait arrêter une recherche vaine, si cette langue n’existait pas. Car d’en prouver la possibilité théorique n’avance guère. Mais, elle existe. Ce n’est point à proprement parler une langue artificielle : aucun langage ne l’étant, sauf, peut-être, celui des sourds-muets. Elle n’est pas absolument naturelle non plus : il n’y a de naturelle, et encore, que la langue du sauvage qui n’entend plus son grand-père et n’est pas compris de sa femme, ravie à la tribu voisine. Comme toute langue, elle est conventionnelle ; mais tandis que les autres le sont entre compatriotes et d’autant



    - 114 -

    plus qu’elles sont d’une civilisation plus avancée, celle-ci l’est tout à fait et l’est internationalement. La différence est de milieu et de degré, non de nature.

    Les sons de cette langue, harmonieuse comme un parler du Midi, ne sont étrangers à aucune oreille ni à aucune bouche européenne ; la grammaire, d’une absolue régularité — les mêmes désinences ayant toujours la même signification — en est si simple, si logique, qu’on l’apprend en moins d’une heure ; le vocabulaire se compose du fonds considérable commun aux principales langues européennes et de racines que n’ignore aucun homme de moyenne instruction.On arrive à la lire sûrement en quelques jours, à l’écrire en quelques semaines, à la parler en quelques mois.

    Elle a une littérature, qui est surtout de traductions, c’est vrai ; mais quelle autre en prouverait mieux la souplesse et l’aptitude à tout dire ? La version d’Hamlet par le D Zamenhof, l’ingénieux auteur russe de cette langue remarquable, est en maints endroits une merveille d’exactitude et de charme ; dans son ensemble elle vaut toute traduction allemande ou française, si elle ne leur est supérieure.

    Cette langue a nom Esperanto. Elle est parlée aujourd’hui par quelques milliers d’hommes de nationalités diverses Russes, Suédois, Hongrois, Canadiens, Français. On l’enseigne déjà dans près de cent villes (1)

    (1) Evaluation faite en 1902. Il y a actuellement 858 sociétés espérantistes en Europe, 174 en Amérique, 19 en Océanie, et 116 sociétés professionnelles et spéciales diverses.



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    Peu à peu elle se répandra, n’en doutez point mais non sans luttes. Au début, elle aura contre elle, assez naturellement, ceux qui tirent de l’enseignement des langues modernes de très légitimes et honorables ressources. Ils auront tort : l’étude d’une langue internationale empêchera seulement un fâcheux éparpillement de temps et d’efforts sans nuire en rien à l’étude sérieuse, et qui restera pour beaucoup indispensable, d’une ou même deux langues étrangères ; toutes les traductions en Esperanto ne feront pas qu’on puisse jamais étudier la littérature ou la société anglaises sans connaître l’anglais, ou juger Bismarck et son oeuvre politique sans savoir l’allemand.

    D’autre part, elle rencontrera, peut-être, peu de sympathie, auprès d’esprits très distingués, très fins, à qui pareille langue semblera dénuée d’art et d’âme. Mais l’art et l’âme, c’est nous qui les mettons dans nos langues, qui n’ont de vie que celle que nous leurs prêtons. Cette langue aura l’âme qu’on lui donnera, très humaine, très moderne, non sans charme, certes.

    Ainsi, tandis que la résistance sera peu violente, parce qu’aucun intérêt majeur n’est menacé par l’adoption d’une langue conventionnelle, la propagande se fera toujours plus active en tous sens des cours nombreux seront institués en tous pays déjà des savants annoncent la publication de mémoires en langue internationale ; des maisons de commerce, de leur côté, font savoir qu’elles acceptent des lettres en Esperanto et y répondent ; le Touring-



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    Club français qui compte 8o.ooo adhérents, mène campagne en sa faveur, enfin les ligues internationales : ligues de la paix, unions de jeunes gens, etc., ne tarderont pas à s’en servir. Ce qui ne sera qu’un amusement d’abord — comme pour M. Thiers la locomotive — deviendra vite un précieux moyen de communication. Alors on autorisera, timidement, l’enseignement de 1’Esperanto dans les établissements d’instruction publique, où il finira bien par avoir sa place officielle.

    Ce jour-là, la langue auxiliaire internationale aura vaincu. L’emploi en paraîtra à tous chose très naturelle, et ce qui surprendra c’est que des hommes, dont l’esprit ne répugne pas absolument à toute idée peu commune, des hommes instruits, des hommes spirituels, intelligents même, aient pu juger la recherche d’une lingvo internacia utopique, si l’on ose dire, et même passablement ridicule !




  • Henri Masson 3 août 2008 06:31

    "UTILITÉ ET POSSIBILITÉ D’UNE LANGUE INTERNATIONALE AUXILIAIRE EN MÉDECINE"
    Thèse de doctorat en Médecine de Pierre Corret (1908).

    LE PROBLÈME GÉNÉRAL DE LA LANGUE INTERNATIONALE
    p. 107 à 110


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    Qu’il nous soit donc permis de citer ici l’exposé de ce problème général, tel qu’il a été présenté, il y a quelques années, avec beaucoup plus de compétence et beaucoup mieux que nous ne saurions le faire nous-même, par M. Th. Cart, agrégé de l’Université, (1) actuellement vice-président de la Société de Linguistique de Paris et président de la Société française pour la propagation de l’Esperanto.


    I. - Que la langue cherchée ne saurait être une langue universelle, mais simplement une langue internationale — et si cette langue est nécessaire.

    L’idée d’une langue universelle a préoccupé des philosophes et des savants comme Bacon, Pascal, Leibnitz, Condillac, Diderot, Ampère. Pourtant cette idée — si par langue universelle on entend une langue commune à tous les hommes et destinée à remplacer nos langues actuelles n’est que médiocrement séduisante, tels seraient les sacrifices imposés par son adoption à tous les peuples qui ont une histoire et une littérature. La réalisation en fût-elle d’ailleurs possible, ce ne saurait être que dans un avenir si lointain, qu’on ne peut ni le prévoir, ni y porter intérêt.

    Beaucoup plus modeste, encore que très vaste, est le projet d’une langue auxiliaire internationale,


    (I) Th. Cart, A la recherche d’une langue internationale.




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    qui s’adresserait non à tous les hommes, mais seulement aux hommes de culture moyenne ou supérieure, aux commerçants, aux savants, aux industriels, dont les affaires ou les travaux ont un caractère nettement humain ou international. Et certes, les avantages d’un pareil « instrument » dans les relations diverses entre les peuples sont de telle évidence qu’il serait oiseux de les énumérer. Mais si grands soient-ils, les avantages n’importent guère, parce que c’est le besoin seul, et non l’utilité, qui crée l’organe. Si donc la nécessité d’une langue internationale ne se fait pas sentir, elle ne sera pas, malgré l’ingéniosité des chercheurs et l’ardeur enthousiaste et vaine des apôtres.

    D’où il suit qu’il y a lieu d’examiner d’abord si l’élection d’une langue internationale s’impose à bref délai à la civilisation moderne, puis, en cas de réponse affirmative, si cette langue sera une langue morte ressuscitée, une de nos langues vivantes ou une langue artificielle.

    II. - Que les relations intellectuelles, scientifiques et commerciales du monde moderne imposent à bref délai le choix d’une telle langue.

    Pour être malaisée à faire directement, la démonstration de la nécessité d’une langue internationale n’en est pas moins rigoureuse, semble-t-il, par une voie indirecte.

    Qu’on veuille bien réfléchir qu’il n’y a pas cinquante ans un homme instruit, de langue française, pouvait se contenter de savoir une langue


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    autre que la sienne. Depuis quelque vingt ans, il est urgent d’en connaître au moins deux. Demain, avec l’accroissement des moyens de communication et l’intensité grandissante de la vie européenne, c’est quatre ou cinq langues qu’il faudra apprendre : à l’allemand et à l’anglais s’ajouteront bientôt l’espagnol ou le portugais, l’italien et le russe.

    En littérature, s’il est bien vrai qu’on ne goûte pleinement une belle oeuvre qu’en sa langue originale — encore qu’il y ait dans cette affirmation, chez beaucoup, plus de snobisme que de franchise — quels efforts ne faut-il pas pour acquérir au degré voulu seulement une ou deux langues étrangères ? Que sera-ce pour un plus grand nombre ? Et, en fait, parmi ceux qui parlent pertinemment d’Ibsen et de Tolstoï, combien savent le norvégien et le russe ? On est amené forcément à user de traductions en la langue maternelle ou en toute autre langue connue, et il en sera ainsi toujours davantage.

    Pour les savants : mathématiciens, économistes, médecins, naturalistes, philosophes, qui n’écrivent plus uniquement en deux ou trois langues prédominantes, les conditions sont encore plus fâcheuses : nombre de mémoires importants, suédois ou russes, par exemple, restent ignorés ou ne sont connus que par d’insuffisantes analyses. Et dans les congrès universels, quelle pitoyable confusion ! Ici c’est un économiste, qui s’exprime en une langue qui n’est pas la sienne si gauchement que toute sa valeur ne fait pas qu’on le suive ni que, malgré les compliments d’une politesse menteuse, il ne soit ridicule ; ailleurs, un médecin allemand traduit en français le discours



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    anglais d’un confrère norvégien ! Le goût en souffre, l’exactitude scientifique encore plus.

    Les commerçants ne sont pas moins à plaindre que les hommes de lettres ou de science : l’ignorance de certaines langues étrangères leur est une gêne continuelle ; ils en savent deux ou trois, ils ne peuvent les savoir toutes ; d’autre part il y a inconvénient à multiplier indéfiniment le nombre des employés chargés de la correspondance, et si les Allemands, grâce à leur remarquable application à l’étude, fournissent encore le monde entier de commis polyglottes, ils n’y suffiront pas toujours.

    On est donc fondé à dire qu’on ne saurait remédier aux difficultés toujours croissantes qui proviennent de la diversité des langues des peuples civilisés, par l’étude même de ces langues ; elles sont trop nombreuses et trop difficiles, de nouvelles sans cesse s’imposent, et enfin, il faut franchement le reconnaître, elles ne sont, à tout considérer, que des outils, dont la multiple acquisition entraîne le sacrifice de trop d’autres études plus fécondes. Qu’on demande aux Finlandais !

    Or si cette solution par l’étude de plusieurs langues n’est pas bonne, comme il faut en trouver une à une situation qui devient intolérable, le choix s’impose d’une langue internationale, sorte de monnaie commune — à coté des monnaies du pays — aux hommes ayant entre eux des relations commerciales, scientifiques ou intellectuelles.



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