Il faut donner raison aux vrais libertariens sur ce point, c’est qu’ils ne demandent pas l’aide de l’Etat. Il y a eu quelques sénateurs états-uniens, libertariens convaincus, pour trouver scandaleux que leur gouvernement intervienne dans le sauvetage des banques. Ce sont des disciples de Friedman, adeptes du choc économique qui balaie une économie "impure" pour la remplacer par une économie totalement libérale. Les dictatures chilienne et argentine des années 70, entre autres, sont à mettre à l’actif des friedmaniens.
Bref, ce sont des fous dangereux capables de prétendre qu’un système basé sur la cupidité et laissé à lui-même peut engendrer une société meilleure, les dégâts politiques et sociaux étant passés par pertes et profits.
"L’Etat est l’agent économique majeur et, par nature, spoliateur" : au contraire, sans doute, des entreprises privées qui, par nature, sont redistributrices et, toujours par nature, respectent l’homme et l’environnement ?
Enfin, il vaut mieux lire ça que d’être aveugle.
Quoi que...
Je vous accorde qu’il est toujours intéressant d’aller chercher en amont les causes réelles d’un problème. Je vous propose donc de ne pas vous arrêter aux changements de politique publique que vous citez, mais de nous expliquer aussi pourquoi ces décisions ont été prises. A moins que vous ne craigniez que ce que vous qualifiez de causes majeures des crises de 29 et d’aujourd’hui n’apparaissent dès lors plus que comme des réactions, sans doute tardives, peut-être maladroites, à l’évolution "naturelle" du capitalisme vers toujours plus de marchés et toujours moins de contraintes sociales et environnementales ?
Les états interviennent massivement dans la crise financière, formidable. On voit mal comment ils pourraient faire autrement, en tout cas en démocratie. Car l’alternative était de laisser le système s’écrouler, ce qu’auraient d’ailleurs voulu les disciples de Friedman qui voient là une formidable occasion de reconstruire un monde sur un tas de ruines, mais qu’aucun politicien soucieux de se faire réélire ne peut laisser faire. Ceci posé, la question est : et après ? Ces interventions massives impliquent-elles la nationalisation des banques sauvées ? Le principe de la finance spéculative est-il remis en cause ? Le FMI plaide-t-il pour la suppression des paradis fiscaux, rouage essentiel de cette finance prédatrice ?
En évacuant ces questions vous pointez exactement ce qui nous divise. Vous prétendez pouvoir proposer des solutions mécaniques au réchauffement climatique sans remettre en cause la société de consommation, tout comme vous estimez que l’intervention massive des états suffit à résoudre la crise ; j’estime au contraire que toute solution appliquée dans ce cadre ne sera jamais qu’un emplâtre sur une jambe de bois, la racine du mal étant systémique. La société de consommation pousse à consommer, par définition, et ne peut fonctionner en-dehors d’une croissance matérielle continue. Dans ce cadre, toute tentative de réduction de la demande énergétique ne peut être que marginalisée au lieu de former le pivot d’une société frugale.
Votre conception du nucléaire est aberrante. Comme toujours, cette technologie est mise en avant comme une solution incontournable et ce faisant, elle prend la place de ce qui devrait être la question prioritaire : comment poser aujourd’hui les jalons d’une nouvelle société, suffisamment sobre pour arrêter de détruire le capital santé de la planète tout en donnant à tous la possibilité de vivre décemment ? Ce n’est qu’une fois fixé ce nouveau cadre que les solutions technologiques pourront être discutées, et ceci est valable aussi bien pour l’éolien que pour le nucléaire.
Je remarque que vous évitez soigneusement de dire comment la France pourra solutionner la crise énergétique sans entraîner les autres pays dans une nucléarisation radicale, qui serait en complète opposition avec l’idée de sortir "un jour" du nucléaire. Etes-vous naïf au point de penser que toutes ces centrales au coût pharamineux ne vont pas imposer une société nucléaire pour longtemps, au nom de la rentabilisation des investissements ? Et le démantèlement de toutes ces centrales, qui sera une source de déchets nucléaires bien plus importante que ce qui est causé par leur exploitation, vous vous apprêtez à le léguer en héritage aux générations futures ?
Je passe sur votre allusion à l’éclairage à la bougie. Navrant. Quant à mes soi-disants pré-supposés issus du passé, ils existent uniquement dans votre imagination. N’étant pas français, je ne suis pas suffisamment impliqué émotionnellement pour être poussé à attaquer le PS en tant que parti. Je réagis surtout à un mode de pensée conformiste, englué dans la logique de marché et qui ne répond plus aux défis qui s’annoncent. Arrêtez donc de vous épuiser dans une fuite en avant qui ne pourra profiter qu’à une infime minorité d’ultra-favorisés. Les limites des capacités et des ressources de la Terre sont atteintes et nous imposeront demain de faire le choix entre la société de consommation et la démocratie.
Ca commence par un bel amalgame, attribué à Strauss-Kahn (à propos, que devient le FMI, ce fer de lance des réformes néo-libérales, entre ses mains ?), entre le progrès et le progrès social. Bel exemple de glissement sémantique !
Ca continue en prétendant pouvoir trouver des solutions aux problèmes écologiques et énergétiques en recourant uniquement à la science et à la technologie, et en saupoudrant le tout d’un peu de civisme et de comportements responsables. Le principe de précaution est qualifié d’illusion mensongère (peut-être, mais pourquoi ?), mais pas celui du développement durable. Il faut dire que celui-ci a pu être largement récupéré par le monde économique ; il n’y a donc plus lieu de le critiquer, étant devenu un moyen de faire durablement du business.
Pas question par contre de remettre en cause le dogme de la Croissance qui reste l’objectif ultime. Le néo-libéralisme, l’économie de marché, la société de consommation ne sont même pas évoqués, tellement ces concepts vont de soi. Il suffit donc d’intégrer le paramètre "écologie" à ce beau système pour franchir ce qui n’est qu’une mauvaise passe.
Mais l’écologie peut-elle se résumer à un ensemble de mesures techniques qu’il suffirait d’appliquer dans notre société de consommation (basée sur le gaspillage, par définition !) ? Le capitalisme, poursuivant sa logique de privatisation des moyens de production et encourageant la cupidité et l’avidité humaine comme moteurs de l’économie, ne porte-t-il pas dans sa nature même la responsabilité de la situation que nous connaissons aujourd’hui ?
Plutôt qu’aborder ces questions épineuses mais fondamentales, nos gentils penseurs sauce écolo préfèrent ressortir le nucléaire comme LA solution incontournable censée nous permettre de passer le cap. Ainsi donc 1° l’avenir énergétique est à l’électricité, 2° "Nous avons des centrales nucléaires, donc utilisons-les", 3° on pourrait remplacer deux centrales de 2e génération par une centrale de 4e génération (ce qui démontre du même coup qu’il n’est pas question pour eux de sortir du nucléaire simplement en ne remplaçant pas les centrales en fin de vie). Ces trois points mis ensemble transforment, sans le dire explicitement, le parc nucléaire français en exemple à suivre par tous les pays développés. Les auteurs du texte évitant d’aller jusqu’au bout de leur logique, on en arrive à la conclusion que la France pourrait, toute seule dans son coin, résoudre le problème climatique grâce à son parc nucléaire. Cette soi-disant solution est surtout celle d’un système qui veut éviter de se remettre en cause en abordant la question fondamentale de la réduction de la consommation énergétique. Il est symptomatique de constater que cette question-là n’est pas abordée, si ce n’est en étant escamotée sous l’affirmation que "le débat sur une hypothétique (!) baisse volontaire de la demande en énergie (par le biais de la décroissance), doit être décorrélé du choix de la technologie de production." Belle manière de placer les choix technologiques en dehors des choix de société, comme si les uns n’avaient aucune influence sur les autres ! Peut-on penser sérieusement que les choix technologiques d’aujourd’hui ne détermineront pas la société de demain ?
La fin de l’article fait ressortir toutes les contradictions d’une pensée qui se dit socialiste sans voir qu’elle s’est irrémédiablement compromise dans un système entièrement voué à la logique de la marchandisation du monde. En affirmant que "l’individualisme sur le problème écologique est au mieux voué à l’impuissance, au pire source d’accélération des conflits entre nos
sociétés et l’écosystème, et des problème de santé de nos semblables", ses auteurs ne semblent même pas se rendre compte que l’individualisme qu’ils remettent ici en question, loin d’être un épiphénomène affectant la société comme un malencontreux virus dont il suffirait de se débarrasser, est au contraire le résultat inévitable d’une idéologie basée sur l’accaparation des richesses et la performance individuelle.
Bref, ce texte a me conforte largement dans l’idée qu’il ne faut pas compter sur la social-démocratie pour s’en sortir.