Je ne doute pas que vous soyez certain d’avoir
raison et que votre argumentaire vous a auto-persuadé quant à la logique
implacable de votre raisonnement, mais désolé de vous le dire, celui-ci ne
tient pas. Vous posez cette question : « Dans ce cas, pourquoi parler
de religion ? »
Vous donnez la réponse vous-même en introduction
de votre commentaire, vous écrivez : « Le voile (et non
seulement la burka) sera interdit parce qu’il est discriminant et attentatoire
aux droits et à la liberté des femmes, ainsi qu’au principe d’égalité des
femmes et des hommes. »
désolé dans l’absolu voile et burka ne peuvent
être considérés que comme vêtement et couvre-chef (foulard si vous préférez) ou
des pièces de tissu pour être plus clair : pour définir caractère
discriminant et caractère attentatoire aux libertés, vous êtes dans l’obligation
de contextualiser et donc d’évoquer le caractère religieux, si cela ne vous
parait pas évident, nos législateurs à défaut d’être compétents ou clairvoyants
ont le mérite d’être rationnels. Ainsi donc, voile ou burka ne peuvent être
considérés comme discriminant ou attentatoire aux libertés ou à la dignité que
si est évoqué leur caractère religieux qui supposerait une inégalité de nature
homme/femme et donc…
Nous arrivons donc à la suite de votre « argumentaire »,
vous écrivez : « Il n’y a aucune question religieuse la dessous
et la République Laïque ne s’occupe pas des religions, ni du fondamentalisme
religieux. »
effectivement que là réside le problème, la Laïcité
de l’Etat implique qu’il ne s’ingère pas dans les questions religieuses et
protège libertés religieuse et de culte : donc légiférer sur le voile ou
la burka, au motif de leur caractère supposé ou avéré, discriminant ou
attentatoire aux libertés et à la dignité, sera légitimement considéré comme
une infraction au principe de Laïcité. Car, l’Etat se verra contraint pour légiférer
de se fonder sur le caractère supposé ou avéré incompatible à nos lois d’une
pratique religieuse dans le but de l’interdire.
« D’ailleurs le port du voile sera
interdit par la loi, sans qu’aucune religion ne soit citée dans le texte de Loi
qui l’interdira, car celà ne sera nullement nécessaire. Les Musulmans
eux-mêmes ne disent-ils pas que le port du voile n’est pas requis par leur
religion ? »
En vertu du principe de Laïcité de l’Etat, je
vois difficilement comment vous pouvez justifier « légalement » votre
argument en vous fondant sur les différentes écoles théologiques musulmanes et
leur interprétation divergente sur la question du voile ou de la burka :
soit prescription ou obligation et considérer qu’une loi anti-voile ou
anti-burka pour son caractère discriminant ou attentatoire en fonction de la
confession religieuse qu’il implique ne se
fonde pas sur la religion dont il est supposé être un signe ostentatoire ?
De plus si comme vous le dites, les Musulmans
ne considèrent pas le voile comme requis par leur religion, à quoi donc, (à
quelle religion supposée) se référer pour prouver son caractère discriminant ou
attentatoire aux libertés ?
Bref, une loi de ce genre passant, de quelle
manière seront considérées dés lors les femmes portant le voile ou la burka ?
que se passera-t-il si celles-ci plaident qu’elles le portent par souci
esthétique, coquetterie ou que sais-je encore ? ouvrir une enquête à
chaque fois pour prouver le délit ou l’infraction ? devrons-nous considérer que toute femme ayant
un nom à consonance « musulmane » ou « maghrébine » portant
le voile le fera par conviction religieuse et sera donc en infraction ? Que
se passera-t-il pour les femmes européennes qui elles converties ou non
porteront un voile soit par esthétisme soit par conviction religieuse ? Ne
sera-t-il pas dés lors discriminant de considérer qu’une française supposée
musulmane ne puisse pas porter de voile ou foulard alors qu’une française « européenne »
pourra le porter sans être inquiétée ?
Bref de quelle façon, gérerez-vous la situation
et les différentes parades possibles sans établir une discrimination d’office ?
Continuons : « ll est à noter
également que la loi républicaine ne réprouve pas systématiquement le port
d’insignes religieux, puisqu’il est parfaitement licite de porter une croix ou
un chandelier à sept branches, accroché à un pendantif autour du cou.
Ces pendantifs sont autorisés parce qu’ils ne
sont pas la marque d’une discrimination, ni la marque d’une privation de
liberté et d’un attentat à la dignité des femmes. Ces pendantifs sont de
simples éléments décoratifs. »
Vous avez là votre interprétation particulière
de la Laïcité, les signes ostentatoires religieux ne sont évoqués que dans le
contexte des « lieux publics » sous administration de l’Etat :
une bonne sœur, un curé, un rabbin, un sikh, un imam, un haré khrisna, un
bonze, etc..peuvent librement déambuler sans aucune contrainte dans l’espace
public, sans que cela soit considéré comme contraire à la Laïcité. Le voile de
la bonne sœur d’inspiration paulinienne relève du même caractère discriminant
que le voile islamique, de la même vision inégalitaire homme/femme.
Bref, cette histoire de pendentif n’a que peu
avoir avec la question voile/burka : on ne parle d’ailleurs pas des « lieux
publics », de signes ostentatoires à l’école, dans les administrations
mais bien de la burka dans l’espace public.
Soit…légiférer sur la burka ne sera pas aussi
simple que vous le pensez, la Loi et le Droit nécessitent un effort plus poussé
que votre argumentaire qui mêle aisémment des concepts et des champs que la Laïcité
comme nos principes constitutionnels ne nous permettent pas de considérer avec
autant de légèreté.
Pour conclure, je considère encore une fois,
que seule une perspective intégrant la « burka » ou prouvant que l’objet
« burka » puisse être : -soit assimilé à un acte pénalement
condamnable car relevant d’une idéologie
(à définir) préalablement interdite (comme le nazisme) –soit relevant de la
législation relative aux sectes et pratiques sectaires pénalement condamnables.
A la condition que cela soit prouvé, et confirmé. Sans cela, je crains bien que
l’opération « burka »menée
par nos politiques, apparemment en manque de sujets plus cruciaux, ne soit encore une fois qu’un moyen de fixer l’attention
sur une communauté désignée comme le nouvel « ennemi intérieur ».
Non le point central du débat est de savoir si
le fondamentalisme religieux politisé ou non relève d’un traitement « pénal »,
relatif aux principes du Droit et de la Loi.
Autant allez au cœur du « problème »,
puisque si le propos est le caractère discriminant de cet « accoutrement »,
nombre d’accoutrements pourraient être considérés comme discriminants, tout
comme nombre de comportements, d’opinions, etc…pourraient apparaître supports
de discrimination et d’atteinte à la dignité.
Bref, plutôt que de tourner au pot, et jouer
la farce « démocratique » de la protection des uns ou des autres,
envisageons le problème sous l’angle politique ou sous celui de dérives et
pratiques sectaires pénalement condamnables.
Sans cela, le turban sikh apparaitra aussi
discriminant puisque imposé aux hommes, or il y a si ce n’est plus autant de
turbans sikhs dans nos rues que de burkas, je ne parle pas des « circoncis »
qui peuvent être aussi considérés comme discriminés puisque leur nature « mâle »
les condamne à l’ablation du prépuce, etc…sinon il y a aussi la pornographie qu’on
peut juger attentatoire à la dignité des femmes ou des hommes, vous me direz « adultes
consentants » a priori les porteuses de burka le sont aussi…
Bref, tout çà pour dire, que l’objet « burka »
ne peut être interdit ou proscrit sans que soit défini exactement ce à quoi il
correspond et envers quoi il serait en infraction.
Nous revenons donc à la question du
fondamentalisme religieux politisé ou non, à son assimilation soit à une
idéologie condamnable au même titre que l’apologie du nazisme ou fascisme, soit
tombant sous le coup de la protection envers les phénomènes sectaires.
Impossibilité de légiférer sans que d’un le
champ d’application d’une telle loi soit défini, sans que deux l’objet de cette
loi soit défini. Au niveau du Droit, il est bien entendu que les notions de « valeurs »
n’entrent pas en compte car indéfinissables, puisque fluctuantes.
Je lis avec beaucoup de plaisir et d’intérêt
vos commentaires, ne pouvant que constater un travail de réflexion dans une perspective
autant historique que globale, ce qui me semble être devenu aujourd’hui assez
rare. Soit…
Sur le changement initié par les « élites »,
je ne peux que constater qu’il s’opère généralement que selon deux modalités :
les dites « élites » provoquent ou acceptent le changement, non pas
par volonté de Progés ou autre, mais soit d’un sous contrainte donc par
nécessité, soit deux par intérêt : ce schéma s’appliquant autant à 1789 qu’à
l’URSS ou la Chine : il est assez rare que les « élites »
acceptent « volontairement » un changement qui leur enlèveraient
définitivement le Pouvoir.
Bref…sur les espaces civilisationels où une inflexion
pourrait poindre, Aise, Amérique Latine, Russie, ceux que vous citez : j’ai
bien peur que le processus de globalisation et de standardisation ne fige
définitivement ces sociétés dans un rapport soit de confrontation avec l’Occident,
soit dans la fascination et la tentation.
Constat observable sous l’angle « culturel »,
cheval de Troie de ce processus global, or seule la Culture a la puissance et
le « génie » pour opérer à l’échelle historique, saper ce fondement
de toute société humaine revient donc à figer ou « finir » l’Histoire
et donc condamne si ce n’est au « statu quo », à l’absence de réelle
évolution.
Bien entendu, l’Histoire peut être considérée
comme une force agissante indépendante et « rusée », et de là nous réserver
la « surprise » de l’Evènement, mais c’est là une position entre
optimisme et attentisme, la seule qui nous semble permise encore.
@Gazi Borat :
le parallèle avec les OGM est pertinent, ce sont là effectivement des processus
de même nature. Si l’on accorde par exemple à la plante « maïs » une
singularité, liée à son évolution typique dans un environnement défini, le « modifier »
revient effectivement à nier sa singularité ou l’oublier, et ne retenir que des
particularités, intrinsèques ou externes à cette plante, qui le rendront « économiquement »
rentable : bref exactement le même processus qui opère actuellement.
Tout bénèf politiquement autant qu’économiquement
que de retenir le Particulier et de nier le Singulier.
Le Particulier, politiquement, permet de fixer
l’individu sur des revendications particulières, individuelles, liées à son
appartenance idéologique, ethnique, religieuse, etc…et de saper l’ « esprit
collectif » ou l’Universel qui serait trop contraignant autant politiquement
qu’économiquement : canalisation-neutralisation de l’instinct politique
individuel et négation de la tendance à l’universel.
Au niveau Culture, celle-ci naissant de l’Expérience
(du Monde, du Réel, de Soi, de l’Autre, etc…) et de l’Environnement, elle peut difficilement, non seulement survivre ni même continuer
d’agir comme force déterminante, dans un système où à l’Expérience se substitue
le Conditionnement, et où l’Environnement disparaît derrière un décor, la
représentation, des « environnements artificiels » sécurisés, contrôlés,
verrouillés…
Quant à la « vitesse » comme facteur
aggravant, il est certain que le rapport au Temps tout comme à l’Espace est
complètement modifié, d’où la facilité de « produire » de l’anti-culture
sur mesure, des comportements consommatoires présumés « culturels » standardisés
et adaptés, par la grâce du suivi en temps réel et de la traçabilité, aux
impératifs d’une économie dont le champ d’application ne cesse de s’accroître.
Soit, le concept « OGM » semble bien
définir au-delà des espèces végétales ou animales, ce basculement progressif du
Singulier (Identité) vers le Particulier (Catégorie), de l’Expérience
(Individu) vers le Conditionnement (Masse), de la Culture (Progrés) vers l’anti-culture (Contrôle) :
c’est bien un processus de modification ou « mutation » marquant
aussi cette fin de l’Histoire théorisée d’une autre manière par ceux dont l’horizon
est le règne universel de la dite « démocratie libérale » alors que cela ressemble bien plus à la fin de
l’Histoire où la Culture fût le facteur déterminant.
Des penseurs comme Hayek ont le mérite d’être fidèles
à leurs idéaux et d’en accepter l’évidente logique ainsi que leurs conséquences
probables voir souhaitées, ce n’est pas le cas des dits « démocrates »
ou défenseurs auto-proclamés des libertés. Un esprit comme Hayek sait très bien
que la dépolitisation de l’Economie aura pour finalité la neutralisation du
fait politique comme déterminant l’évolution d’une société, de là ne restera à
l’évidence que le Contrôle afin de garantir la pérennité du nouveau système
mise en place. Il me semble naïf de penser que les dits penseurs « ultra-libéraux »
n’ont pas imaginé quel pouvait être le résultat de cette volonté affichée de
réduire le politique et d’élargir à l’infini l’économique.
Bref, sur le totalitarisme dans les sociétés
industrielles, il était avant tout fondé sur le contrôle social, méthode archaïque
face à la révolution de l’Information et les capacités infinies des moyens numériques
de contrôle mais surtout conditionnement, forme bien plus efficace de contrôle « à
la source ».
Le plus effrayant est que d’un contrôle « social »
évident et identifiable nous voyons maintenant apparaître un contrôle, qui si
il use aussi du Conditionnement, opère dans le champ de la Culture,
principalement. Après la neutralisation de la Politique comme vecteur de Progrés,
c’est la Culture qui est en passe d’être neutralisée (Culture fondée sur l’Expérience
et la Singularité) par la mise en place d’une « anti-culture » de contrôle
et conditionnement, soutenue par la captation-organisation des énergies libidinales
individuelles (processus de vampirisation). Bref : si hier, on usait de « l’état
civil » d’un individu pour le contrôle, aujourd’hui c’est le cœur même de
l’Identité qui est atteint (la Singularité) : modélisation et
marchandisation des comportements culturels remplaçant évolution « naturelle »
de la Culture : culture commune au-delà du Singulier.
Ce basculement imperceptible est en train de
changer fondamentalement la donne, et nul ne sait quel monstre il produira, puisque
jamais jusqu’aujourd’hui la Culture ne fut autant atteinte, et partant de là
une des composantes fondamentales de ce qui définit l’Humanité.
Rassurez-vous pas de tendance apocalypto-messianique,
juste un constat sur une mutation dangereuse et hors-contrôle (mise à part de
certains)