Ils ont cru en la politique puis ont déchanté. Si Dieu échoue, c’est parce que l’homme n’est pas réceptif à son domaine de compétence. Pareil pour le politique.
Il faudrait donc lire : « Si le politique/la politique échoue c’est que l’homme n’est pas réceptif à son domaine de compétence. »
Deux remarques.
Comparer Dieu avec le politique en dit long sur les pré-supposés de l’auteur. Transcendance de Dieu, transcendance corrélative du politique, dans la logique de son discours.
Je rappellerais juste les propos d’Henri Lefebvre sur le politique « Les affaires de tout le monde sont des affaires politiques, les affaires politiques sont les affaires de tout le monde ».
Si l’individu, l’usager, le consommateur, quelque soit le nom qu’on donne aux gens, s’intéresse encore fortement au politique, c’est parce qu’il pense que celle-ci le concerne, ou plutôt qu’elle doit être concernée par ce qu’il demande.
La politique n’est pas un élément qui nous dépasse tellement qu’il n’existe littéralement pour nous, selon la définition que Scott Erigène donnait de la transcendance, si je me souviens bien.
La politique n’est pas un objet en soi, non plus et ceux qui la pratiquent professionnellement des êtres autonomes par rapport à notre réalité. Elle ne peut l’être, sauf en finir avec la Constitution, les Constitutions en commençant par celle de 89. Sauf à en finir avec les sociétés qui génèrent leurs politiques et les citoyens qui exercent leur droit et osent en demander de nouveaux.
S’il y a volonté d’autonomisation, d’extra-territorialisation, celle-ci est la volonté des politiques et de ceux qui les servent.
Cette autonomisation n’est pas une réalité qui s’impose, ni dans l’esprit des citoyens, ni au regard de l’intérêt pour les élections, ni dans les luttes sociales qui en appellent toutes, plus ou moins, à la politique et ses pratiquants pour qu’ils écoutent, entendent et changent de politique, n’en déplaise à ceux qui souhaiteraient des citoyens en batterie et des luttes sociales achevées.
Toujours dans la logique du discours de l’auteur, une deuxième remarque.
La politique aurait un « domaine de compétence » bien défini, auquel le citoyen ne serait pas « récepttif ».
Implicitement, donc, le politique propose, le citoyen entend et s’adapte. Ou pas.
Aujourd’hui, nous sommes dans le « ou pas » et le citoyen n’entend pas. Bien. Nous retombons dans la politique conçue comme un pouvoir autonome qui a un champ de « compétences » donné, vers lequel le citoyen doit tendre l’oreille, pour bien saisir les instructions sur ce qu’il a le droit de demander. Ou pas. En fonction des compétences, pré-définies...
Nous sommes en pleine autonomie impositive du politique, là.
Cette conception fait bon marché des changements de régimes, de conceptions politiques, de personnels politiques, des orientations fondamentales demandés, exigés, imposés par les citoyens quand ils pensent - et ils le pensent depuis très longtemps - que le politique a à définir son champ de compétences en fonction de ce que les citoyens veulent. Accessoirement, ils attendent des hommes politiques qui les écoutent.
Deuxième et courte remarque sur la mort du communisme, selon Furet. Selon Furet. Il n’en reste pas moins que Lutte Ouvrière, le PT, la LCR et le PCF ont des fondamentaux Léninistes ou Troskystes, toutes variantes qui participent du Communisme. On peut inclure José Bové, dont le mouvement, s’il n’est pas communiste revendiqué, souhaite, à la lecture des 125 propositions, une réappropriation forte du citoyen des moyens de productions, notamment. Ce qui est dans le droit fil de l’esprit communiste.
Ces minuscules rebuts, totalisent, si l’on s’en tient aux simples sondages, à peu près 12% des électeurs.
Pour une illusion, je trouve ça pas trop mal.
J’attendrai, donc, quelque mélancolie, aussi fatale que lointaine, pour parapher la fin définitive des espérances en lendemains ensoleillés et remettre, bouche fermée et cul serré, mon sort entre les mains de Dieu.