@ Ka, Wrysia et Marsu
Ravi d’avoir soulevé une question un peu plus intéressante que le sujet qui nous a amené là. Le cas de la petite Maurane est sans doute terrible au plan humain. Mais Agora doit-il être un forum pour exposer ses problèmes personnels ? L’auteur aurait pu lancer un appel à l’aide, et on l’aurait compris. Par contre, stigmatiser toute une population à propos d’un cas individuel me paraît puéril. Et demander ensuite d’effacer touts les commentaires que cet article a suscité, démontre un rare intolérance et un sens de la propriété des plus douteux.
En ce qui concerne la compassion : le sujet me paraît être un des piliers sur lequel la religion chrétienne s’est bâtie. L’islam ayant fait l’impasse là-dessus. Essentiellement, comme je l’indique, parce que le Croan s’adressait à l’origine à une population de nomades ou-d’ex-nomades embourgeoisés, vivant d’après des règles communautaires définissant les rapports à la famille (ancêtres), au clan et à la tribu.
Et je persiste à affirmer qu’un tel code de conduite, s’il admet la « pitié » (envers les faibles, les femmes, les enfants, les vieillards, les vaincus même) n’engendre pas la « compassion ». Effectivement, la différence vient de l’incarnation, Jésus étant Dieu, il est impliqué dans la souffrance du monde, c’est même l’objet essentiel de sa « mission » sur terre : assumer cette souffrance pour permettre à l’homme de s’en délivrer. (Cf. l’excellent travail de René Girard sur le sujet). Rien à voir avec une simple attitude de prophète. A cela s’ajoute l’injonction faite au chrétien d’être « parfait comme le Fils est parfait », injonction qui n’a pas été avalisée par Mahomet. On arrive donc à une vision du monde et des rapports humains induisant des comportements différents.
Il ne sert à rien de dire que le Coran reconnaît l’existence des autres prophètes. Un prophète n’a de place dans une religion que par le message qu’il apporte au monde. Les musulmans sont-ils capables d’appréhender le message des Evangiles ? Non. En dehors de ce chercheur sahraoui, j’avoue en avoir rencontré très peu. Dans le Coran, on décrit la naissance de Jésus (dans des termes des plus fantaisistes d’ailleurs qui reprennent des « légendes patriarcales »), mais qu’en est-il du sermon sur la Montagne, des injonctions pacifiques de Jésus, du geste admirable de Marie Madeleine brisant un flacon de flacon sur ses pieds et les séchant avec ses cheveux ? Qu’en est-il du lavement des pieds ? Du recollement de l’oreille du centurion romain ? De l’argent qu’il faut rendre à César ? Du riche qui ne peut passer que difficilement par la porte étroite menant au paradis. Le jour où j’entendrai un musulman me parler de ça, alors je me dirai que le monde commence à changer dans la bonne direction.
Marsu, merci pour tes précisions concernant l’univers bouddhiste. Pour ceux qui pensent qu’il faut mettre toutes les religions dans le même sac, touiller un bon coup et servir chaud, là aussi je trouve la démarche stupide et même inquiétante pour la compréhension entre les peuples, donc pour éviter le conflit de civilisation auquel nous sommes confrontés. Cette attitude est déresponsabilisante. Oui il y a des différences très sensibles entre les religions et même entre les fraction ou sous-fractions de ces entités. Différence entre catholiques (diverses chapelles) et protestantants (encore plus de chapelles), différences entre sunnites et chiites, (avec là aussi une infinité de variantes).
Alors comment penser que toutes les religions ont délivré le même message ? C’est stupide. A moins de considérer que les religions ne sont qu’un appel à la paix universelle entre les hommes. Alors elles ne servent à rien. Nous n’avosn lus besoin d’elles pour comprendre que le monde a besoin de paix. MD’autant que ceux qui parlent ainsi s’interdisent de lire les livres sacrés, dont la plupart sont souvent tout le contraire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Alors, cherchons l’erreur.
Pour ce qui est de mon « agressivité », elle est sans doute réelle, mais je ne l’applique qu’envers ceux qui m’ont insulté et d’une façon sordide. La plupart de mes interventions restent courtoises. Le fait de mettre un auteur face à ses contradictions n’est pas faire preuve d’agressivité.
On écrit ici un peu n’importe quoi. J’essaie du reste de me contenir moi-même, mais il y a des insultes qu’il est difficile de laisser passer. Toujours le « point Zidane ». Donner un coup de boule ou pas... Mon instinct dit oui. Ma raison doit être plus forte pour me retenir. Tu as raison, beaucoup d’interventions sont contre-productives. Mais tu e sais, on écrit d’abord pour soi-même, pour aller au bout de sa pensée. Bien sûr, une telle démarche n’est possible qu’avec des personnes sensées, curieuses et agissant de même. Il est évident que ceux qui ne sont là que pour marquer leur territoire ne méritent pas qu’on s’intéresse à eux. C’est ainsi que je ne m’adresse plus directement à Demian West (que tu avais toi-même copieusement insulté en d’autres temps - o tempora o mores), ni à la hyène embourgeoisée de Tanger. La bassesse a ses limites.
Moi aussi, je commence à me lasser. J’ai envie de déverser ce que je crois utile à un débat culturel que nous devons prendre à bras le corps, et puis de tourner la page. Mon expérience à Smara me donne envie d’ouvrir les vannes. Le jour où j’aurais vidé tout ça, je passerai aussi à autre chose, en espérant rester en contact avec des gens comme vous, Ka, Wrysia, Marsu, Yo, Cambronne, et quelques autres. Si j’ai gagné ça, j’estimerais ne pas avoir perdu mon temps.
Amicalement à tous. Patrick Adam