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Commentaire de Patrick Adam

sur « Indigènes » : remplacer une amnésie par une autre


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Patrick Adam Patrick Adam 30 septembre 2006 21:14

@ Willian R Wolf

Votre commentaire est intéressant bien que légèrement biaisé. Mon article ne mentionne pas que les goumiers ou supplétifs de tous pays sous domination française avaient « l’argent comme principale motivation ». Les termes que j’ai utilisés sont : « Car les goumiers étaient payés et même plutôt bien payés, si on considère la misère qui collait à leurs semelles et dont ils cherchaient à s’extraire, sinon ils ne se seraient jamais autant pressés sous les drapeaux pour servir une République dont ils ne pouvaient imaginer qu’elle puisse leur apporter autre chose que de faire bouillir la marmite. Croire que les goumiers se seraient battus pour une »Liberté Egalité Fraternité« mythologique, tient du fantasme pur et dur. » Et plus loin, pour forcer le trait, j’ai tenu à rappeler que tout engagé volontaire dans une guerre de ce type est semblable au Romain d’Astérix qui répète d’un album à l’autre « Engagez-vous ! Engagez-vous qu’ils disaient... » D’autre part « Faire bouillir la marmite » veut dire pour moi « s’extraire d’une condition ». On n’est pas là dans un épisode de mercenaires à la Bob Denard.

L’anecdote du jeune homme qui n’a toujours pas avert sa famille, indique aussi que nombre ne recrutés ne savaient même pas qui ils allaient combattre. Je m’étonne qu’au long de ce fil personne n’y ait fait mention. Dans la population marocaine, il fallait alors distinguer deux catégories de personnes (elles existent toujours). D’un côté : les caïds, cheikhs, f’qir, cadis, moqadem, en fait, tous ceux qui avaient un pouvoir local et un minimum (parfois beaucoup) d’instruction. De l’autre, la masse populaire qui n’en avait pas. Le recruteur savait qui il servait. Le recruté non. Et ça lui importait peu. Une fois engagé, il faisait confiance aux hommes qu’il avait à servir, et il restait débiteur aussi de celui qui l’avait récruté.

Au sommet, la prise de position claire du sultan Mohamed V laisse entrevoir bien évidemment des visées politiques bien plus complexes qu’on pourrait aborder tant sous un angle de politique extérieure qu’intérieure.

Il me semble que ce mécanisme devrait être mieux expliqué. Bien que je n’ai pas vu le film, je pense qu’il n’y est pas fait mention. Ce qui est une faute car c’est un mécanisme naturel, et, comme je l’ai dit, il a perduré bien après la guerre, au moment des grands recrutements opérés pour fournir de la main d’oeuvre pour les mines du nord de la France et de la Belgique (notamment) ainsi que les usines d’automobiles et la sidérurgie.

Sans caricaturer l’armée italienne comme vous le faites, il est sûr que ces soldats ont combattu et bien combattu. Il s’est créé une réputation sulfureuse autour de certains régiments, entretenue notamment par les catholiques Italiens qui faisaient courir les pires bruits sur ces nouveaux envahisseurs de l’islam. Liliana Cavani dans sa remarquable adaptation du livre de Malaparte « La Peau » évoque cet aspect sans trop s’y apesantir. Mais certaines scènes tournées à Naples sont assez suggestives.

Pour ce qui est des motivations du débarquement en Afrique du Nord, je ne peux qu’être d’accord avec vous. Sachant que déjà, la région sentait fortement le pétrole, notamment au Fezzan, et que le premier souci des Anglais et des Américains, au lendemain de la guerre, a été d’en faire déguerpir les Français au plus vite. A noter qu’ils ont appliqué le même objectif avec le même succès en Syrie et au Liban.

Bien à vous. Patrick Adam


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