Je suis démocrate-chrétien et vous une sincère admiration pour des personnalités tels que Robert Schuman, François de Menthon , P.H Teitgen qui dès 1940 ne se sont pas résignés à la défaite militaire et morale de la France pour fonder le premier mouvement de la résistance : « liberté ».
François Bayrou est donc lui aussi entré en résistance contre le microcosme dénoncé avant lui par Raymond Barre.
Il pense avoir saisi le désarroi d’un peuple français en ébullition face à un système « politico-industrialo-médiatique » fermé sur lui même et qui coopte ses propres candidats.
Il pense avoir le remède : une réforme des institutions et le retour à la proportionnelle, pour une représentation authentique des aspirations françaises.
Le parti du centre se satisfera sûrement du retour au parlementarisme. Il redeviendra le parti pivot de la politique française, celui qui arbitre, fait et défait les majorités gouvernementales. C’est peut-être préférable au système actuel qui donne trop d’importance aux partis de la protestation qui exacerbe artificiellement le clivage et le débat politique.
Mais les français trouveront-ils leurs comptes dans les accords d’alcôves, les reversements d’alliance en catimini, dans l’instabilité gouvernementale propre au régime parlementaire.
François Bayrou a t-il finalement compris le désarroi français ?
La défiance à l’égard du système politique, la désertion des urnes dénoncent l’impuissance publique : cette incapacité de l’Etat depuis 30 ans à trouver des solutions concrètes au chômage de masse, à la crise des banlieues et du logement, aux défis de la mondialisation qui atteint par ricochet l’élite politique.
La réforme des institutions sera insuffisante sans une profonde réforme de l’Etat qui doit comporter à mon sens trois axes :
1/ Maîtriser la dette et les dépenses de fonctionnement pour engager une véritable politique d’investissement (recherche, logement, politique industrielle) : Redimensionner l’Etat pour se donner les moyens d’une politique volontariste
2 / Rapprocher les centres de décision du citoyen en accordant plus d’autonomie aux assemblées territoriales et aux établissements publics (écoles, universités, hôpitaux...) : Redéfinir le rôle de l’Etat pour rendre l’action politique plus efficiente.
3/ Renforcer les instruments de contrôle et de contre pouvoir : Etre capable de mesurer l’efficacité de l’action publique.
La crédibilité de François Bayrou dépendra finalement de la détermination qu’il affichera :
Soit il ne veut exister qu’au premier tour et sa campagne s’affichera comme un énième mouvement de protestation.
Soit il veut gagner au second tour , et sa campagne se présentera comme un mouvement d’ alternance fondé sur un discours de vérité et capable de bousculer, de dynamiter même, les clivages traditionnels.
Le choix d’un « centrisme révolutionnaire » contre le microcosme plutôt qu’une démocratie chrétienne qui ose dire son nom et ses valeurs augure, hélas, de la première proposition.