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Commentaire de Absurde

sur « Gagner sa vie, ce n'est pas vivre »


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Absurde Absurde 3 janvier 2009 06:33

Salut Archibald !

L’aptitude au bonheur... Là on est dans une énigme métaphysique du même ordre que l’aptitude à l’ennui. Pour moi c’est un peu la même chose, et c’est peut-être du même ressort qu’il s’agit. Tu as des gens qui ont toujours besoin d’avoir quelque chose à faire, qui s’en inventent quand ils n’ont rien à faire, sans quoi ils sombrent dans le spleen. Certains que j’ai observés m’ont paru s’ennuyer en se livrant aux besognes qu’ils s’imposaient. D’autres peuvent lézarder à longueur de journées, ils ne s’ennuieront jamais. Eh bien pour moi, Archibald, l’aptitude au bonheur est du même ordre.Je serais incapable de la définir mais pour ce que j’en aie vu, c’est du même tonneau. Certains, accablés de "biens" et de fric, vivant dans des lieux enviables, de surcroît physiquement sains, saufs et bien de leurs personnes, passeront leur temps à broyer du noir. A l’opposé, j’en ai connu qui vu de l’extérieur n’avaient aucun meuble à sauver, mais alors rien pour eux, mal fichus, pauvres, la totale... et il leur suffisait d’un jeu de boules, d’une belote, d’un disque de Frédéric François, d’une foutaise pour flirter avec la félicité. 

Quand on présume un sens à la vie, on oublie de parler de l’aptitude au bonheur. C’est fondamental. Et je crois qu’il y a là dessous une question d’ouverture d’esprit. 

Exemple, plus haut, Halman est ulcéré de voir des jeunots arborer le costard et en prendre pour vingt ans de crédit pour une baraque. Moi j’essaie de comprendre le truc parce que j’ai des jeunes dans mon entourage qui ont choisi cette voie, et que les voir vivre comme ça ne me tracasse pas outre mesure. Je vois d’autres jeunes, la trentaine, stagner dans de misérables boulots, laisser chaque mois la moitié d’une paye à un proprio félon, raquer eau, électricité, assurances et se contenter de rêver d’une autre vie parce qu’ils n’ont pas eu les mêmes chances au départ. Les premiers savent la chance qu’ils ont et ils en tirent parti. Les seconds n’ont pas le choix et rongent leur frein. Leur continuelle frustration les rend inaptes au bonheur. 

Ma femme et moi on a eu le cran de tout plaquer le jour où on en a eu marre d’engraisser du proprio dans une région trop chère à vivre. On a donné ce qu’on avait de trop, fourgué ce qu’on pouvait fourguer, et on a mis les bouts là où avec le peu qu’on a, on peut se tricoter ce qui ressemble à une forme de vie acceptable. Mais on se dit que si on a eu le cran de tout plaquer c’est parce qu’on avait, elle et moi, un vécu un petit peu "à l’ouest", pas dans les clous. Autrement on subirait comme la plupart en se disant qu’il y a plus malheureux que nous. 

Cette société n’enferme personne dans aucune espèce de fatalité, ni sous Sarko ni avant. L’enfermement c’est dans la tête de chacun qu’il se tient, dans les habitudes, le qu’en dira-t-on, les "liens" de toutes sortes, les obligations qu’on se fabrique par rapport au regard d’autrui, la peur du gendarme, la peur d’être jugé, d’être mis à l’écart, tout ça.


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