@Zawgyi
"Quoiqu’il en soit, il n’en reste pas moins que si la personne choisit de ne pas croire, il n’est donc plus croyant. Ainsi, la question du libre arbitre dans la religion n’a plus lieu d’être puisque cela ne le concerne plus."
Absolument, je parle de libre arbitre dans le cadre religieux, mais je précisait ce point car il me semble suffisamment rare pour être noté : on ne tombe pas tous les jours sur un courant religieux qui vous encourage à réfléchir sur la possible non existencede D. , au risque de perdre un fidèle...
"Elle ne peut donc plus dévier de l’image de cette volonté puisque, bien qu’elle découle de sa propre initiative, celle-ci n’en demeure pas moins au final la volonté divine. Son libre-arbitre s’en trouve donc annihilé, même si cette personne est à l’origine de sa propre prison."
Cette personne peut en dévier, à elle de s’arranger avec sa conscience ou ses névroses. Après, en restant dans le cadre hassidique, et plus largement du judaïsme dans son ensemble, il y a plusieur points qui complètent cette approche :
- nous sommes imparfaits, de là, nous sommes soumis à nos pulsions qui peuvent nous pousser à transgresser le cadre moral, la prison si vous voulez (j’y reviendrai plus loin), que nous nous sommes forgé. C’est un fait. Apprendre à se pardonner ses transgressions est une leçon d’humilité. Cela nous ramène à notre condition d’humains, faillibles, imparfaits, mais donc perfectibles. Si nous étions parfaits, en dehors même du cadre religieux, nous n’aurions pas besoin de loi, de système judiciare, du controle que le regard de la société fait peser sur nous. Arriver à se pardonner implique aussi d’être capable, ou en tous cas de tendre, vers la capacité à ne pas juger. Et soi et les autres. plus précisement à ne pas juger d’une hauteur morale (juger qu’un individu est objectivement dangereux pour lui même ou pour les autres relève du domaine du pragmatique et est totalement différent). Comme je l’expliquait dans mon post précédent, il n’est pas question de punition, ni par un autre, ni par soi même. tant que vous êtes dans l’auto-flagellation vous êtes dans un cercle vicieux qui ne permet pas l’évolution.
- Une transgression de ce cadre moral permet aussi de l’affiner (vous l’aurez compris le hassidisme exige une bonne dose d’introspection) : pourquoi l’avoir transgressée, qu’est-ce qui me pousse à ne pas obéïr à une règle qui me parait bonne ? (trivialement, pourquoi je fume alors que c’est mauvais pour ma santé ?) qu’est-ce que cela révèle de moi, de ma conscience de l’impact de mes actes sur le monde etc...
- d’un point de vue hassid, c’est dans l’action que se résolvent les contradictions. Une règle que vous vous êtes imposée et que vous transgressez en permanence vous fait vous remettre en question, mais fait remettre en question cette règle aussi. Au môment où vous arrêtez de remettre en cause le bien fondé de vos règles, vous n’êtes plus dans cette tradition. "l’humain hassid" est un humain qui doute en permanence, qui essaye de s’éloigner de l’immobilité. On pourrait presque dire qu’il d’agit d’un "déviant othodoxe". D’où l’importance de la raison dans ce mouvement. (imaginez les dégats sinon...).
Sur le fait de construire sa propre prison :
effectivement. Mais l’humain à besoin de repères. Ce sont des freins, mais aussi des paliers d’où s’élancer vers plus haut. Notre libre arbitre s’exerce toujours à l’intérieur d’un cadre. cadre plus ou moins complexe, plus ou moins subit.... Par exemple le bouddhisme : le cadre fondamental est que le monde est fait de souffrance, que cette souffrance provient de nos désirs, désirs illusoires pour des choses illusoires. Il faut donc se détacher de ses désirs afin de ne plus souffrir. Un des postulat est que l’homme n’aime pas souffrir, donc il a tout intérêt à être bouddhiste. De plus, qu’il soit croyant ou non ne change rien puisque la question de D. n’est pas pertinente dans ce cadre. (Je parle du bouddhisme tel qu’il est pratiqué au Japon). Ce cadre est-il moins une prison parcequ’il ne découle pas d’une réalité transcendante ? De plus, c’est un cadre qui prend l’humain comme point de repère, cet humain est-il si parfait ? que vous envisagiez D. comme une réalité ou comme un repère, n’est-il pas infiniment plus apte à nous "parfaire" ? En tant que symbole de tout ce qui est profondément inconnaissable par l’homme, mais aussi "infini", ce repère ne peut jamais être atteint. Le marge de progression est "infinie" et "partout".
Il est certains que nous ne laissons pas libres, nous sommes conditionnés dès le départ par d’innombrables générations d’humains. Mais je ne suis pas sûre (je suis même sûre du contraire), que ce soit la croyance ou non dans une réalité transcendante qui soit intrinsèquement porteuse de conflits. je pense plutôt que c’est l’incapacité de l’être humain à admettre que différentes réalités puissent coexister. vous parliez de physique quantique, et du principe d’incertitude, j’en ferai un usage différent : de notre point de vue humain,(petit bout de la lorgnette etc... ), la réalité est qu’une même chose peut être dans plusieurs états différents simultanément. Je pense que c’est la difficulté a accepter ce fait (entre autres)qui rend l’humain si belliqueux. Il a beaucoup de mal a accepter la "transcendante réalité" d’un autre sans sentir sa propre réalité vaciller.
"Toute théorie doit pour moi se soumettre aux règles épistémologiques de Popper et de la réfutabilité. Si le postulat de base n’est pas prouvé, s’il est réfuté, la théorie n’est donc pas valable. Point final. "
Il’y a une différence entre ne pas prouver un postulat de base et le réfuter. Scientifiquement, il y a possibilité qu’une chose existe tant que sa non existence n’est pas prouvée. Après il peut-être très improbable que cette chose existe.
Quand aux deux scientifiques, c’est l’étude à haut niveau qui les ont amener à croire, sur le tard, en l’existence d’une volonté extérieure à nous. d’après ce qu’ils disent, ils ne peuvent tout simplement par croire que de telles merveilles soient le fruit du hasard. Mais ce qui est intéressant, et qui rejoint votre propos, c’est qu’ils se sont tous les deux tournés vers le catholicisme car cela leur "parlait" d’un point de vue culturel. Ils en ont d’ailleurs tous les deux conscience.
Voilà, à bientôt j’espère.