Dans la série des mes interventions récentes sur les "transcendances" structurant les sociétés, j’irai plus loin : elles sont pour moi les cadres dans lesquels les individus rivalisent. C’est au sein des cadres fixés par les transcendances que s’organisent les "volontés de puissance". Dans la société féodale par exemple, les "transcendances" étaient Dieu et le Roi, d’où l’organisation de la société en 3 états, dont 2 étaient légitimées par chacune d’elles (la noblesse par le sang royal, le clergé par sa connaissance de Dieu ; le tiers état regroupant tous les "illégitimes impuissants") ; chez les Incas, les sources de pouvoir étaient les Dieux et le service de l’empereur : les classes dirigeantes en étaient donc les prêtres et les "hauts fonctionnaires" ; etc.
Aujourd’hui, la puissance s’organise autour et pour l’argent, que l’on exhibe par la consommation - voir par exemple Baudrillard - : ceci est évidemment valable pour l’ensemble de la société. Je ne vois pas aujourd’hui ceci se modifier, bien au contraire ! Nos sociétés ayant disqualifié les seules sources de puissance non pécunières, il ne nous reste plus que celle-ci, or il est aisé de constater que les générations les plus jeunes sont pleinement dans l’exercice de cette différentiation, bien plus encore que celles qui les ont précédé.
A ce titre, j’ai été très frappé par les résultats de 2 sondages identiques menés en 1980 et en 2005, auprès d’élèves de primaire et du collège à propos du métier qu’ils voudraient exercer plus tard : en 1980, les garçons et les filles voulaient exercer les professions correspondant aux schémas traditionnels, les réponses étant réparties de façon à eu près égale (garçons : policiers, pompiers, vétérinaires, etc. ; filles : coiffeuses, instits, médecins, etc.) ; en 2005, la répartition n’était plus égale du tout : chez les garçons l’emportaient très très largement les professions de footballeur et de chanteur, et chez les filles c’était chanteuse et animatrice TV. Soit, pour chacun des 2 sexes, des activités dont on considère qu’elles sont rémunératrices tant sur le pur plan financier que sur la célébrité (on en revient aux 15 mintues de célébrité...).
Ainsi, a priori en tout cas, la tendance à long terme va plutôt dans le renforcement de la différentiation par l’argent que dans son affaiblissement ! De toute façon, nos sociétés ont disqualifié toutes les autres sources de différentiation... La seule qui me semble durable et compatible avec nos idéaux démocratiques et laïcs est le Savoir. Nos sociétés de consommation sont cependant très très loin de se transformer en société du savoir, les conditions à remplir étant très loin d’être respectées, notamment parce que les individus considèrent, à plus ou moins juste titre, que le savoir est utilisé par d’autres individus qui ne recherchent que leur propre avantage, voire même la domination de tous les autres.