Deux tendances longues me semblent importantes à considérer :
- la disparition de la mort de la vie quotidienne : hier, nous étions en effet maîtres de notre destinée, qui s’entendait alors comme un "épisode" entre la naissance et la mort, qui pouvait survenir à tout âge, à tout moment : le but de la vie, en tout cas dans les sociétés chrétiennes, était avant tout d’accéder à la vie éternelle. Nous étions, en première approximation, libres de faire nos choix, qui infléchissaient ensuite ladite destinée.
Aujourd’hui, notre destinée est "utilitariste", son sens est probablement essentiellement économique, tournée vers l’amélioration du son pouvoir d’achat, où que l’on soit dans l’échelle sociale - c’est en ces termes en tout cas que l’on se plaint de sa vie difficile, ou que l’on se réjouit ! Dans un tel cadre, nous sommes bien conscients que nos choix ne sont pas grand chose, qu’ils n’ont pas un effet déterminent sur notre destinée.
- l’accélération de l’économie : j’ai récemment vu une fort intéressante émission sur Arte, à propos de la vitesse. Il y était mis en évidence le fait qu’aujourd’hui des transacations de quelques milliards de $, d’€, de £, de kilos de blé, de barils de pétrole, etc. se concluent en quelques secondes. Ceci a permis à l’entreprise de devenr "agile" (souvenez vous de la pub de Microsoft il y a quelques années : Les entreprises agiles, sont les entreprises Microsoft - ou qqchose comme ça) , c’est-à-dire, hyper adaptable. Elle peut délocaliser assez rapidement sans perdre d’argent (et même parfois au contraire), elle peut lancer rapidement de nouvelles offres, racheter et intégrer rapidement un concurrent, etc. Face à celà, l’homme politique est totalement désarmé : la moindre de ses décisions prend des mois, voire des années à être appliquée, laissant alors le temps aux entrprises concernées de trouver une voie de contournement !
Alors, oui, nous sommes probablement soumis, mais nous avons les moyens de nous en sortir ! Je ne sais pas trop quoi dire en ce qui concerne le 1er (il rejoint mes interrogations du moment sur les transcendances et les valeurs supérieures des sociétés, qui les unissent et les lient).
En ce qui concerne le second, c’est pas très simple non plus ! Deux idées parmi tant d’autres :
- changer les modes de "récompense" des entreprises (je peux m’étendre à souhait, mais grosso modo,aujourd’hui, quand on pense "entreprise qui marche", "patron qui réussit", on pense tout de suite aux $ (ou aux €, c’est selon) - on le fait à droite, en se disant par exemple "c’est bien, il y a des gens qui gagnent de l’argent et qui réussissent", on le fait à gauche, en se disant par exemple "combien redistribue-t-il de la richesse créée par la sueur des salariés"). Il reste deux éléments de récompense - dont on ne se sert aujourd’hui que pour la sanction - : les aspects sociaux et les aspects moraux (aujourd’hui, on n’associe entreprise et social que pour parler de licenciement, de harcèlment sexuel et moral, etc. ; quant aux aspects moraux, on les utilise pour montrer une indignation encore supérieure !)
- changer le rôle de l’Etat : l’Etat n’a plus les moyens de contrôller la vie économique, il ne peut que fixer des "territoires" assez vastes