Je trouve cet article salutaire. Si
lien existe entre le discours de l’extrême droite et l’Europe, c’est bien celui
de la « résistance télévisuelle ». Il s’agit d’un dandysme qui
emprunte du passé les allures esthétisantes des camelots et de l’Action
Française, mais s’inscrit au sein des cadres de notre modernité orphique.
L’humour d’un Pim Fortuit, les allures de Geert Wilders (sorte de mélange
oscarwildien entre l’interprétation théâtrale tournant autour de la
victimisation et de l’interprétation esthète d’un « peuple idéalisé »
à qui on demande d’abandonner ses valeurs occidentales et protestantes)
inquiètent. Ils modélisent cette
notion victimaire et cet appel à la résistance, trouvant en France les relais soraliens et (plus bouffons) dieudonesques. Comme leur homologue
autrichien, ils véhiculent un idéal européen androgyne, remplaçant les vieux concepts
de « vieille France (Autriche, Belgique, Hollande) » par ceux de la
sauvegarde des valeurs aristocratiques et « libérées » mises en cause
par la mondialisation et l’uniformisation inanimée. La perversion arrive au
niveau des images que l’on donne aux « barbares » qui mettent en
péril l’identité raffinée et sophistiquée de l’homme moderne. Le parlement
(surtout européen) donc « cosmopolite ». Les « bureaucrates », qui veulent s’insérer dans la vie
privée de chacun. L’étranger
sinistré qui vient perturber et contester leurs mœurs et leur confort. La
finance internationale (juive par définition) et surtout les grands mythes
traumatiques du vingtième siècle qui empêchent, telle la shoah, à jouir de ses « privilèges
idéologiques », de cette « quête d’oubli jouissif » qui est mis
en cause par les repentances. Cette quête d’un paradis identitaire et
appartheien (chacun doit jouir à sa place et selon ses traditions) se porte à
faux à tout mélange. Ce renouveau
du discours d’une droite extrême qui emprunte à 68 la jouissance sans entraves
parle aux instincts les plus enfouis en chacun de nous, les plus égoïstes, les
plus « sauvages » et colle à merveille au malaise existentiel et
identitaire d’un occident à la dérive.