Aaargh ! On a sorti l’artillerie
lourde contre les parents, les profs et les cours particuliers. Tout est nul, personne
ne fait les choses correctement et enseigner comme apprendre sont des actes
faciles. Bientôt un patch sera disponible, qu’il suffira d’appliquer, et tout
ira bien.
Apprendre répond à un besoin de
transformation de soi conduit par un projet précis. En l’absence de ce besoin
comme de ce projet, il ne peut y avoir apprentissage, tout juste un accès à l’information,
pas à la connaissance, encore moins au savoir. Ces trois mots ne sont en effet
pas des synonymes.
Ce besoin de transformation répond
à ou déclenche la motivation. Si la motivation est l’anticipation d’une
réussite personnelle, dans les faits, elle est liée à une éthique individuelle.
Cela signifie que ce qui motive les uns ne motive pas les autres. La
récompense, par exemple, est un facteur extrinsèque de motivation auquel ne
répondent pas tous les individus. Vous voyez, que c’est déjà très compliqué à
ce stade.
Apprendre n’est une finalité que
pour très peu d’élèves ou d’étudiants, leur motivation est ailleurs. Par
exemple, une future intégration dans la société.
Or, que constate-t-on ? La
société n’a rien à proposer de positif. Les informations télévisées sont
quasiment toutes négatives. Les élèves sont confrontés au chômage de leurs
parents, aux maladies, au « no futur ». Ceux qui sont encensés sont
les voyous, le bling-bling. « Soyez une star » est le slogan colporté
par les médias. L’apprentissage est considéré comme un objet de consommation,
il faut aller vite, appuyer sur un bouton, et c’est fait. Rien de bien motivant
non ? Savez-vous que 90% des messages que reçoivent les élèves sont à
connotation négative ?
Ajoutez à cela les différences
sociales au niveau de la motivation. Des études sociologiques ont prouvé qu’au
sein des classes populaires (et surtout immigrées), des élèves sabordaient
sciemment leurs études par loyauté envers leur classe. Dépasser leur parentèle
et leurs amis n’est pas acceptable pour eux. De l’autre côté, au sein des
classes aisées, les élèves qui ont tout n’ont plus rien à acquérir. La
motivation est aussi un ratio coût/bénéfice ! Si vous faites des efforts,
c’est bien pour en tirer un bénéfice non ?
En France, les profs maîtrisent
parfaitement leur discipline, je peux vous certifier qu’ils sont costauds sur
le sujet. En revanche, il est vrai qu’ils manquent de pédagogie, la formation
en ce domaine étant très réduite. Mais pour avoir les deux (l’optimal), ils
devraient avoir fait 10 ans d’études supérieures, je vous le garantis. Quelle
société est prête à financer cela ?
Je porte également à votre
connaissance qu’en 40 ans la recherche a beaucoup avancé dans tous les
domaines, et l’on retrouve ses fruits dans le programme scolaire. Or,
constatons que la scolarité est toujours obligatoire jusqu’à 16 ans (en
réalité, la majorité poursuit au moins jusqu’à 18 ans). Peut-être faudrait-il
sortir du lycée à 22 ans pour avoir une maîtrise correcte des disciplines
enseignées. Quelle société va financer cela ? Les politiques ont donc fait
le choix de conserver la durée obligatoire de scolarité, et d’amputer des
matières. Résultat : les élèves savent plus de choses que nous à leur âge,
mais moins bien. Quand je vous avais dit que c’était compliqué !
Sur la déresponsabilisation des
parents maintenant. Beaucoup de parents sont très impliqués, surtout la maman.
Mais quand les deux parents travaillent pour un salaire de misère, ils font
comment ? Et quand les parents demandent à leurs enfants ce qu’ils ont
fait de leur journée, ces derniers ne répondent pas, ou de mauvais grâce. Ca ne
donne plus envie de reposer la question à un adolescent qui vous envoie bouler.
Faut-il réintroduire le martinet ?
Ah oui, apparemment vous voulez
réintroduire les châtiments corporels pour se faire respecter. Ouahou, super
pédagogie ! Savez-vous que TOUTES les études internationales prouvent que
la contrainte et l’insécurité provoquent le stress, que le stress active le
cerveau reptilien, que le cerveau reptilien empêche de mémoriser ?
Voici maintenant la formule
gagnante : une société ouverte qui propose un avenir professionnel à ses
jeunes comme une possibilité de s’élever dans une société débarrassée du
bling-bling, les verra retourner vers l’apprentissage. A condition que leurs
parents trouvent une place honorable dans la société. A condition que la durée
des études s’allonge pour rattraper les centaines d’heures de français et de
maths qui ont été sacrifiées. A condition que les profs soient mieux formés et
mieux payés. A condition… il y a beaucoup de conditions alors on arrête là. Ca
n’est pas facile non ?
Quant au soutien scolaire, il
existe parce que d’une part les françaises sont des européennes les plus
nombreuses à travailler ; d’autre part les parents ont peur pour l’avenir
de leurs enfants (vous voyez qu’ils sont impliqués). Et le message de ces
sociétés est : « avez-vous tout fait pour vos enfants ? ». La
peur, la culpabilité, toujours les mêmes ressorts.
Quant à la performance du secteur
privé, le blabla sur la concurrence, je rigole. Ce qui compte avant tout, c’est
la communication. Dans une entreprise, qui fait le beau a la promo ! regardez
la qualité déplorable des produits et services. On parle par exemple de la
formation professionnelle ?
Pour terminer, ne croyez pas que
l’éducation se portera mieux car il n’y a aucune volonté politique des
dirigeants de droite comme de gauche. Parce qu’une meilleure éducation ne
rapportera pas de points de croissance supplémentaires selon les études de l’OCDE.
Et le développement comme le bien-être de la personne, on s’en moque
parfaitement. Nous ne sommes que des unités de production et de consommation,
pas des êtres humains.