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Commentaire de NAHASH

sur Lettre à mon député socialiste au sujet du voile intégral


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NAHASH NAHASH 27 juin 2009 00:54

@frédéric lyon :

 

Je ne doute pas que vous soyez certain d’avoir raison et que votre argumentaire vous a auto-persuadé quant à la logique implacable de votre raisonnement, mais désolé de vous le dire, celui-ci ne tient pas. Vous posez cette question : « Dans ce cas, pourquoi parler de religion ? »

 

Vous donnez la réponse vous-même en introduction de votre commentaire, vous écrivez : « Le voile (et non seulement la burka) sera interdit parce qu’il est discriminant et attentatoire aux droits et à la liberté des femmes, ainsi qu’au principe d’égalité des femmes et des hommes. »

 

désolé dans l’absolu voile et burka ne peuvent être considérés que comme vêtement et couvre-chef (foulard si vous préférez) ou des pièces de tissu pour être plus clair : pour définir caractère discriminant et caractère attentatoire aux libertés, vous êtes dans l’obligation de contextualiser et donc d’évoquer le caractère religieux, si cela ne vous parait pas évident, nos législateurs à défaut d’être compétents ou clairvoyants ont le mérite d’être rationnels. Ainsi donc, voile ou burka ne peuvent être considérés comme discriminant ou attentatoire aux libertés ou à la dignité que si est évoqué leur caractère religieux qui supposerait une inégalité de nature homme/femme et donc…

 

Nous arrivons donc à la suite de votre « argumentaire », vous écrivez : « Il n’y a aucune question religieuse la dessous et la République Laïque ne s’occupe pas des religions, ni du fondamentalisme religieux. »

effectivement que là réside le problème, la Laïcité de l’Etat implique qu’il ne s’ingère pas dans les questions religieuses et protège libertés religieuse et de culte : donc légiférer sur le voile ou la burka, au motif de leur caractère supposé ou avéré, discriminant ou attentatoire aux libertés et à la dignité, sera légitimement considéré comme une infraction au principe de Laïcité. Car, l’Etat se verra contraint pour légiférer de se fonder sur le caractère supposé ou avéré incompatible à nos lois d’une pratique religieuse dans le but de l’interdire.     

 

« D’ailleurs le port du voile sera interdit par la loi, sans qu’aucune religion ne soit citée dans le texte de Loi qui l’interdira, car celà ne sera nullement nécessaire. Les Musulmans eux-mêmes ne disent-ils pas que le port du voile n’est pas requis par leur religion ? »

 

En vertu du principe de Laïcité de l’Etat, je vois difficilement comment vous pouvez justifier « légalement » votre argument en vous fondant sur les différentes écoles théologiques musulmanes et leur interprétation divergente sur la question du voile ou de la burka : soit prescription ou obligation et considérer qu’une loi anti-voile ou anti-burka pour son caractère discriminant ou attentatoire en fonction de la confession religieuse qu’il implique  ne se fonde pas sur la religion dont il est supposé être un signe ostentatoire ?

 

De plus si comme vous le dites, les Musulmans ne considèrent pas le voile comme requis par leur religion, à quoi donc, (à quelle religion supposée) se référer pour prouver son caractère discriminant ou attentatoire aux libertés ?  

 

Bref, une loi de ce genre passant, de quelle manière seront considérées dés lors les femmes portant le voile ou la burka ? que se passera-t-il si celles-ci plaident qu’elles le portent par souci esthétique, coquetterie ou que sais-je encore ? ouvrir une enquête à chaque fois pour prouver le délit ou l’infraction ?  devrons-nous considérer que toute femme ayant un nom à consonance « musulmane » ou « maghrébine » portant le voile le fera par conviction religieuse et sera donc en infraction ? Que se passera-t-il pour les femmes européennes qui elles converties ou non porteront un voile soit par esthétisme soit par conviction religieuse ? Ne sera-t-il pas dés lors discriminant de considérer qu’une française supposée musulmane ne puisse pas porter de voile ou foulard alors qu’une française « européenne » pourra le porter sans être inquiétée ?

Bref de quelle façon, gérerez-vous la situation et les différentes parades possibles sans établir une discrimination d’office ?

 

Continuons : « ll est à noter également que la loi républicaine ne réprouve pas systématiquement le port d’insignes religieux, puisqu’il est parfaitement licite de porter une croix ou un chandelier à sept branches, accroché à un pendantif autour du cou.

 

Ces pendantifs sont autorisés parce qu’ils ne sont pas la marque d’une discrimination, ni la marque d’une privation de liberté et d’un attentat à la dignité des femmes. Ces pendantifs sont de simples éléments décoratifs. »

 

Vous avez là votre interprétation particulière de la Laïcité, les signes ostentatoires religieux ne sont évoqués que dans le contexte des « lieux publics » sous administration de l’Etat : une bonne sœur, un curé, un rabbin, un sikh, un imam, un haré khrisna, un bonze, etc..peuvent librement déambuler sans aucune contrainte dans l’espace public, sans que cela soit considéré comme contraire à la Laïcité. Le voile de la bonne sœur d’inspiration paulinienne relève du même caractère discriminant que le voile islamique, de la même vision inégalitaire homme/femme.

Bref, cette histoire de pendentif n’a que peu avoir avec la question voile/burka : on ne parle d’ailleurs pas des « lieux publics », de signes ostentatoires à l’école, dans les administrations mais bien de la burka dans l’espace public.

 

Soit…légiférer sur la burka ne sera pas aussi simple que vous le pensez, la Loi et le Droit nécessitent un effort plus poussé que votre argumentaire qui mêle aisémment des concepts et des champs que la Laïcité comme nos principes constitutionnels ne nous permettent pas de considérer avec autant de légèreté.

 

Pour conclure, je considère encore une fois, que seule une perspective intégrant la « burka » ou prouvant que l’objet « burka » puisse être : -soit assimilé à un acte pénalement condamnable car  relevant d’une idéologie (à définir) préalablement interdite (comme le nazisme) –soit relevant de la législation relative aux sectes et pratiques sectaires pénalement condamnables. A la condition que cela soit prouvé, et confirmé. Sans cela, je crains bien que l’opération « burka » menée par nos politiques, apparemment en manque de sujets plus cruciaux,  ne soit encore une fois qu’un moyen de fixer l’attention sur une communauté désignée comme le nouvel « ennemi intérieur ».  


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