@frédéric lyon :
Je ne doute pas que vous soyez certain d’avoir
raison et que votre argumentaire vous a auto-persuadé quant à la logique
implacable de votre raisonnement, mais désolé de vous le dire, celui-ci ne
tient pas. Vous posez cette question : « Dans ce cas, pourquoi parler
de religion ? »
Vous donnez la réponse vous-même en introduction
de votre commentaire, vous écrivez : « Le voile (et non
seulement la burka) sera interdit parce qu’il est discriminant et attentatoire
aux droits et à la liberté des femmes, ainsi qu’au principe d’égalité des
femmes et des hommes. »
désolé dans l’absolu voile et burka ne peuvent
être considérés que comme vêtement et couvre-chef (foulard si vous préférez) ou
des pièces de tissu pour être plus clair : pour définir caractère
discriminant et caractère attentatoire aux libertés, vous êtes dans l’obligation
de contextualiser et donc d’évoquer le caractère religieux, si cela ne vous
parait pas évident, nos législateurs à défaut d’être compétents ou clairvoyants
ont le mérite d’être rationnels. Ainsi donc, voile ou burka ne peuvent être
considérés comme discriminant ou attentatoire aux libertés ou à la dignité que
si est évoqué leur caractère religieux qui supposerait une inégalité de nature
homme/femme et donc…
Nous arrivons donc à la suite de votre « argumentaire »,
vous écrivez : « Il n’y a aucune question religieuse la dessous
et la République Laïque ne s’occupe pas des religions, ni du fondamentalisme
religieux. »
effectivement que là réside le problème, la Laïcité
de l’Etat implique qu’il ne s’ingère pas dans les questions religieuses et
protège libertés religieuse et de culte : donc légiférer sur le voile ou
la burka, au motif de leur caractère supposé ou avéré, discriminant ou
attentatoire aux libertés et à la dignité, sera légitimement considéré comme
une infraction au principe de Laïcité. Car, l’Etat se verra contraint pour légiférer
de se fonder sur le caractère supposé ou avéré incompatible à nos lois d’une
pratique religieuse dans le but de l’interdire.
« D’ailleurs le port du voile sera
interdit par la loi, sans qu’aucune religion ne soit citée dans le texte de Loi
qui l’interdira, car celà ne sera nullement nécessaire. Les Musulmans
eux-mêmes ne disent-ils pas que le port du voile n’est pas requis par leur
religion ? »
En vertu du principe de Laïcité de l’Etat, je
vois difficilement comment vous pouvez justifier « légalement » votre
argument en vous fondant sur les différentes écoles théologiques musulmanes et
leur interprétation divergente sur la question du voile ou de la burka :
soit prescription ou obligation et considérer qu’une loi anti-voile ou
anti-burka pour son caractère discriminant ou attentatoire en fonction de la
confession religieuse qu’il implique ne se
fonde pas sur la religion dont il est supposé être un signe ostentatoire ?
De plus si comme vous le dites, les Musulmans
ne considèrent pas le voile comme requis par leur religion, à quoi donc, (à
quelle religion supposée) se référer pour prouver son caractère discriminant ou
attentatoire aux libertés ?
Bref, une loi de ce genre passant, de quelle
manière seront considérées dés lors les femmes portant le voile ou la burka ?
que se passera-t-il si celles-ci plaident qu’elles le portent par souci
esthétique, coquetterie ou que sais-je encore ? ouvrir une enquête à
chaque fois pour prouver le délit ou l’infraction ? devrons-nous considérer que toute femme ayant
un nom à consonance « musulmane » ou « maghrébine » portant
le voile le fera par conviction religieuse et sera donc en infraction ? Que
se passera-t-il pour les femmes européennes qui elles converties ou non
porteront un voile soit par esthétisme soit par conviction religieuse ? Ne
sera-t-il pas dés lors discriminant de considérer qu’une française supposée
musulmane ne puisse pas porter de voile ou foulard alors qu’une française « européenne »
pourra le porter sans être inquiétée ?
Bref de quelle façon, gérerez-vous la situation
et les différentes parades possibles sans établir une discrimination d’office ?
Continuons : « ll est à noter
également que la loi républicaine ne réprouve pas systématiquement le port
d’insignes religieux, puisqu’il est parfaitement licite de porter une croix ou
un chandelier à sept branches, accroché à un pendantif autour du cou.
Ces pendantifs sont autorisés parce qu’ils ne
sont pas la marque d’une discrimination, ni la marque d’une privation de
liberté et d’un attentat à la dignité des femmes. Ces pendantifs sont de
simples éléments décoratifs. »
Vous avez là votre interprétation particulière
de la Laïcité, les signes ostentatoires religieux ne sont évoqués que dans le
contexte des « lieux publics » sous administration de l’Etat :
une bonne sœur, un curé, un rabbin, un sikh, un imam, un haré khrisna, un
bonze, etc..peuvent librement déambuler sans aucune contrainte dans l’espace
public, sans que cela soit considéré comme contraire à la Laïcité. Le voile de
la bonne sœur d’inspiration paulinienne relève du même caractère discriminant
que le voile islamique, de la même vision inégalitaire homme/femme.
Bref, cette histoire de pendentif n’a que peu
avoir avec la question voile/burka : on ne parle d’ailleurs pas des « lieux
publics », de signes ostentatoires à l’école, dans les administrations
mais bien de la burka dans l’espace public.
Soit…légiférer sur la burka ne sera pas aussi
simple que vous le pensez, la Loi et le Droit nécessitent un effort plus poussé
que votre argumentaire qui mêle aisémment des concepts et des champs que la Laïcité
comme nos principes constitutionnels ne nous permettent pas de considérer avec
autant de légèreté.
Pour conclure, je considère encore une fois,
que seule une perspective intégrant la « burka » ou prouvant que l’objet
« burka » puisse être : -soit assimilé à un acte pénalement
condamnable car relevant d’une idéologie
(à définir) préalablement interdite (comme le nazisme) –soit relevant de la
législation relative aux sectes et pratiques sectaires pénalement condamnables.
A la condition que cela soit prouvé, et confirmé. Sans cela, je crains bien que
l’opération « burka » menée
par nos politiques, apparemment en manque de sujets plus cruciaux, ne soit encore une fois qu’un moyen de fixer l’attention
sur une communauté désignée comme le nouvel « ennemi intérieur ».