Cher Monsieur Richard
Tout d’abord je vous remercie de votre longue réponse.
Je vous rejoins sur la somme de travail que représente un livre, pour son auteur, comme pour un éditeur sérieux qui fera faire une relecture et des corrections lui aussi avant de mettre le « produit en route ».
Mais un « fichier livre » ne demande ni immobilisation de stock, ni besoins énormes en publicité pour l’écouler rapidement et supprime un intermédiaire pourtant intéressant : le libraire qui par sa culture et la connaissance de ses clients saura conseiller le bon livre parmi les milliers qu’il a en stock. La mise en vente sur le net n’est pas chère non plus. Les prix proposés sont donc excessifs, et seront un frein qui profitera justement à la littérature libre, qui elle sera condamnée au manque de moyens mais restera vivace.
Bref, du trop cher d’un côté, du « pas assez travaillé de l’autre ». Car l’auteur tout seul et sans revenus de ses manuscrits n’investira pas pour des livres qui ne seront pas assez lus.
La culture globale pourrait être perdante si internet n’était pas malgré tout un moyen de diffusion intéressant. J’arrive sur www.inlibroveritas.net a être lu régulièrement (je suis en lecture intégrale gratuite) et surtout à être téléchargé ’gratuitement) pour être lu ailleurs.
Je me considère comme auteur et non comme écrivain ou romancier, qui pour moi a une valeur « professionnelle ». Je sais être en dessous de nombreuses personnes, et pourtant...
Quand je lis des critiques, résumés, extraits ou sujets de nombreux livres, je les trouve inintéressants, vides, pompeux, voire stupides. Une impression que je n’ai pas dans la lecture de la « culture collective » où les autodidactes bouleversent les règles, s’appliquent sur l’orthographe, peinent sur le style mais racontent quelque chose. Il y a du vécu dans leurs oeuvres, et ils n’inventent pas spécialement de sordides histoires, des amourettes artificielles « pour faire rêver » ou du nombrilisme excessif. Ils n’essaient pas de combler avec une foultitude de détails qui ne servent à rien. Au dessus de ces auto-didactes plus ou moins doués et assez bruts mais passionnés, il y a ensuite des amateurs éclairés qui n’écriront pas des dizaines d’ouvrages, mais deux ou trois romans qui seront « Leur oeuvre », et des nouvelles qui établissent leur lectorat. Il faut les connaitre, et ensuite, et bien, vous n’avez plus besoin du système commercial. Leurs histoires ne font pas rêver. Elles intriguent et elles passionnent. Là où vous commettez une deuxième erreur de jugement, c’est que vous pensez qu’il s’agit de « refoulés » des salons d’éditeurs. Pas du tout. ces gens font de la littérature comme d’autres font des concours de scrabble, s’inscrivent à « Questions pour un champion », des chiffres et des lettres etc etc. Regardez un départ de marathon. Après les quelques têtes d’affiche, qui bénéficient de sponsors et d’entrainement parfait, il y a des amateurs qui ont bien du mérite, et qui au départ ont autant de talent mais qu’ils n’ont pas fait fructifier. Le chronomètre juge dans ce cas. En littérature, il peut, si on fait une « correction de français » leur trouver quelques formules maladroites et des fautes d’orthographe oubliées. Mais la créativité, celle-là, elle ne se mesure pas. Voilà pourquoi il y a de nombreuses oeuvres de l’esprit, passionnantes, qui n’attendent que d’être découvertes sur www.inlibroveritas.net qui est le seul site en france à proposer des oeuvres intégrales gratuites pour le lecteur. Et ces gens là ne méritent pas le jugement à l’emporte pièce du « professionnel de la culture », qui lui recherche une rentabilité pour les textes qu’il sélectionne. Il en choisit donc des « vendeurs », si possible écrits (ou prétendument écrits ) par des noms connus dans d’autres domaines. Il reste alors très peu de place pour les anonymes et la vraie littérature dans le milieu de l’édition. Voilà pourquoi je parle d’une autre culture qui est censurée par la loi d’un marché tellement réduit, que les lectrices de ELLE sélectionnent un livre écrit par le directeur du journal le Monde. De qui se moque t’on finalement ?
Si Monsieur Richard, je suis plus lu noyé sur internet que si j’étais perdu dans l’océan de livres d’un libraire. Car mon livre ne peut être chez tous les libraires, alors que mon livre électronique est accessible de partout dans le monde, à condition qu’il y ait un ordi ou un téléphone. En plus, je suis assez médiocre car j’écris souvent dans l’urgence, après les heures de boulot. Alors, j’écris court la plupart du temps, des petites histoires qui font rire jaune et qui font réfléchir ou s’indigner. Et puis, je prends aussi le temps de défendre les licences libres, la pluralité des talents, les libertés numériques et de faire face aux critiques infondées de certains dépositaires de la culture auto-proclamés, sous prétexte que eux font du fric avec. Artiste, je ne sais pas. Mais une vocation d’acteur engagé, si.
Cordialement
Fredleborgne