C’est avec raison que l’auteur écrit : « Les
contraintes culturelles et notamment religieuses, conduisent à la soumission
des peuples ». Je dirais même : les contraintes économiques et politiques sont des épiphénomènes parce
qu’elles ont pour origine les contraintes culturelles.
Les expériences de MILGRAM, par exemple, ou « les
dérives totalitaires de type fascistes », la manipulation mentale,
l’endoctrinement, etc … témoignent que « la soumission trouve son origine
dans le principe d’autorité profondément inscrit dans notre
subconscient (…) depuis des millénaires ».
Et pour cause : selon Richard DAWKINS, la soumission
est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme
n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau tout
à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc
plus tard, notamment, à un dieu … ! ).
Le cas particulier de la soumission religieuse est à cet
égard significatif : comme je l’ai déjà écrit par ailleurs, la liberté de
croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. D’abord
par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément
affective, puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents. Ensuite
par l’influence d’un milieu éducatif croyant, excluant toute alternative
humaniste non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne
hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale. Comme l’écrit Anne ARCHET (mais sans
faire allusion aux musulmanes soumises à l’autorité masculine), « Nous
acceptons la domination par inconscience d’être dominés. Mieux : par
conviction que nous sommes libres » …
Les neurosciences tendent à expliquer cette « auto
sujétion » :
Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors
professeur à l’Université catholique de Louvain, a constaté (son successeur
actuel Vassilis SAROGLOU le confirme)
qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas
spontanément, et aussi que la religiosité à l’âge adulte en dépend ( et donc
l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, substitutif et
anthropomorphique, fût-il "authentique, épuré, Présence Opérante du
Tout-Autre" ...).
Des neurophysiologistes ont d’ailleurs constaté que si les
hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de
2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de
stocker des souvenirs inconscients, tels que, notamment, les comportements
religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute
reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur.
L’IRM fonctionnelle tend à établir que le cerveau rationnel,
en particulier le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le
libre arbitre ultérieurs s’en trouvent « anesthésiés », à des degrés
divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il
est question de religion. Ce qui expliquerait l’imperméabilité des croyants à
toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire
l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se
déstabiliser (cf le pasteur évangélique Philippe HUBINON, vu à la RTBF : « S’il n’y a pas eu
« Création », tout le reste s’écroule … ! ».
La soumission religieuse apparaît ainsi comme un
« mécanisme de défense » contre les incertitudes, a fortiori en
l’absence d’une information minimale, objective, et non prosélyte sur les
autres options religieuses ET sur les options laïques, telles que l’humanisme
et la spiritualité laïques.
Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard
DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants,
perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi,
comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.
Ce dernier a écrit : «
Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son
insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte,
une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais.(...) Vous
n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a
introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté
!".
Entendons-nous bien : loin de vouloir simplifier ou
réduire la complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène
religieux, à des facteurs psycho-neuro-physio-génético-éducatifs, n’est-il pas
légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique,
théologique, anthropologique, …) par une approche neuroscientifique ? Bien qu’encore très partielle, elle vise en
effet à mieux comprendre l’origine et la fréquente persistance de la foi et
donc à permettre à chacun de choisir, en connaissance de cause, aussi librement
et tardivement que possible, ses convictions philosophiques OU religieuses ?
Certes les neurosciences ne démontrent pas l’inexistence de
« Dieu » (aucune inexistence n’est
démontrable), mais elles tendent à démontrer son existence imaginaire et
donc illusoire.
Le droit de croire n’en restera pas moins légitime et
respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée.
Michel THYS à Waterloo http://michel.thys.over-blog.org