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Commentaire de cl

sur De l'orthographe comme instrument d'égalité


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cl 4 septembre 2009 22:57

Bonjour. D’abord un grand bravo à F. de Closets qui a le courage d’exposer publiquement ses difficultés en orthographe. Je dis bien courage, car il savait pertinemment qu’en le faisant, il s’attirerait les foudres de la majorité de l’opinion publique.

L’auteur du présent article dit :

=>« Je suis violemment contre toute tentative de réforme artificielle de l’orthographe française. »

Premier point : la violence est mauvaise conseillère.

Deuxième point : vous êtes contre toute réforme artificielle de l’orthographe française (ce qui est bien entendu votre droit, mais le droit contraire existe aussi). A contrario, il existerait donc des réformes naturelles de l’orthographe française (contre lesquelles vous ne seriez pas contre) : pourriez-vous nous préciser quelles formes prendraient ces réformes non artificielles ?

« Faut-il être inconscient de la fracture sociale que cela va engendrer pour accepter que le français soit ramené à une sorte de nouveau créole ? »

Quel créole ? L’orthographe du français a été modifiées plusieurs fois au cours de son histoire. Estimez-vous vous être exprimé en créole en ce moment ? Où s’est située la fracture sociale ?

=> « ...c’est le nivellement par le bas... »

En ce qui concerne le nivellement par le bas, c’est un mythe qui doit avoir quelques siècles d’existence. Depuis le temps que le niveau baisse, on se demande vraiment comment on a réussi à former des ingénieurs, médecins, techniciens, chercheurs de plus en plus performants et faire autant de progrès dans les connaissances.

=> « ...le découragement de l’effort. »

Je note aussi le refus de faire le moindre effort de certains pour adapter l’orthographe au français contemporain et aussi de s’adapter à une orthographe qui serait modifiée

, même très légèrement.

=> « L’affaire est d’importance, et même de salubrité publique,... »

N’ayons pas peur des mots...

=> « car on n’est plus au temps de Robert Estienne qui, au XVI° siècle déjà, s’employa dans son “dictionnaire francoislatin” à en réformer la notation. Mais cela ne concernait même pas 20% de la population. »

En quoi cela interdit-il de modifier l’orthographe ?

=> « On semble regretter de manière saisonnière, et peut-être au même rythme que

le niveau d’illétrisme s’accroît dans la population,... »

Il semble aussi que l’on aime bien agiter ce chiffon rouge du niveau qui baisse dès qu’on en a l’occasion.

=> « ...que le français a une complexité graphique, à peine plus que l’espagnol ou l’italien »

En ce qui concerne la « complexité graphique à peine supérieure que celle de l’italien », j’ai de gros doutes, surtout en consultant mon dictionnaire bilingue ; mais pour ce qui est de l’orthographe espagnole, vous vous trompez complètement. Même si elle a encore des défauts, dus notamment au fait qu’elle a cessé d’être simplifiée au XIXe siècle (en même temps que la française, d’ailleurs), elle est incomparablement plus simple que celle du français. Vous êtes sûr que vous parlez et lisez l’espagnol couramment ?

=> « , et grammaticalement moins complexe que l’allemand »,

F. de Closets ne parle que d’orthographe, PAS de syntaxe, grammaire ou vocabulaire, ce qu’il a bien précisé lors de son intervention dans un journal télévisé. Pourquoi mélangez-vous tout ?

=> « et l’on prétend que cette orthographe complexe nuit aux jeunes et au plus défavorisés, par la sévérité des examinateurs, que l’orthographe joue le rôle de censeur, d’élément discriminant. »

Pour le rôle de censeur et d’élément discriminant, ce n’est pas une prétention, c’est une réalité. Penser qu’un médecin a été selectionné au détriment d’un autre plus compétent à cause de l’orthographe me glace le sang.

=> « Mais tous les codes ont des règles ! en mathématiques aussi il y a une orthographe, et sur la route un code du même nom ! »

Mais tout à fait ! Et les deux codes que vous citez et leurs règles respectives ont subi des modifications à de nombreuses reprises, notamment le code de la route. Vous avez vraiment choisi deux exemples qui vous donnent tort.

=> « Tiens : comment écrit-on “humble” ? Pourquoi un “H”, un “U”, et un “M” ? Ne pourrait-on pas écrire “ainble“ ? ou “inble” ? »

Pour ce qui est du um au lieu de ain ou in, il faut savoir que la prononciation est nettement différente pour à peu près la moitié sud de la France. (cf. empreinte/emprunte). Donc, la question est ici sans objet.

Pour ce qui est du H, il est absent en italien pour Humble « umile » et tous ses dérivés. Pourtant, ne serait-ce que du point de vue historique et géographique, il est difficile de trouver plus proche du latin que l’italien...

=> « Mais alors comment la personne qui aura écrit “inble” toute sa vie pourra faire le lien, dès qu’elle verra le terme écrit, avec l’adjectif qui s’y rapporte : l’humilité ? (humilitas, humilitatis : de basse condition) ... »

C’est étrange : on a brusquement l’impression que le lecteur francophone est complètement niais et que s’il ne dispose pas ces lettres que vous citez, il sera incapable de faire le lien entre ces mots.

Et comment fait-on le lien entre printemps et printanier ?

Entre humain (avec un M) et homme avec deux M (et un seul M en latin) ?

=> « En réformant brutalement l’orthographe,... »

À quel moment F. de Closets a-t-il demandé une réforme brutale de l’orthographe ?

« Brutalement » est par nature et par définition quelque chose de mauvais.

Mais en ne réformant pas brutalement l’orthographe ? En le faisant en douceur,

comme l’on fait avant nous les Académiciens suivant en cela les conseils de

Voltaire, Ronsard, Corneille, d’Olivet,... est-ce que cela vous effrayerait-il autant ?

Ou êtes-vous contre toute modification simplement par principe ?

=> « on s’attaque à la racine des mots, à l’histoire des mots, »

L’histoire des mots se lit à peine mieux dans l’orthographe que dans le marc de café. Elle se lit dans les ouvrages spécialisés (étymologique, phonétique, historique,...) et les documents historiques.

Vous arrivez à retrouver l’histoire des mots « huile », « eau », « habiller » ou « évier » dans leurs orthographes ?

=>« et donc à la possibilité de les associer entre eux, »

Si les modifications sont bien faites, le problème ne se pose pas.

L’orthographe du portugais a été profondément simplifée comme celle de l’espagnol (suppression d’un grand nombre de h, des ph, th et Cie). Pensez-vous que les musiciens brésiliens, avec leurs samba et autres bossa nova, ne savent pas jouer avec les mots, ni les associer entre eux ? Cette musique est devenue insupportables aux oreilles depuis ?

=> « d’en toucher leur parenté, de pouvoir en jouer. »

Par exemple ?

=> « Et ça heurte aussi une partie de notre identité francophone. »

Question de point de vue.

« Déjà que la méthode globale a empêché toute une génération de faire des liens par association avec des mots que la personne n’avait jamais croisés, mais alors là... elle est définitivement condamnée à piocher dans les ressources de son vocabulaire de base sans pouvoir l’élargir ! »

Je n’aime pas cette méthode non plus, mais elle n’existe pour ainsi dire qu’en français et je crois en anglais, pour la très simple raison que ces deux langues ont des orthographes « globales ». Cette méthode est totalement inconnue dans les pays hispanophones par exemple, car l’espagnol a une orthographe simple et très proche de l’oral.

Si un italophone pouvait faire des recherches sur le sujet, je suis persuadé qu’il arriverait aux mêmes conclusions.

Et de toute manière, elle n’empêche pas de faire des liens entre les mots vu qu’elle est basée sur la perception graphique et non sonore des mots.

=> « De Closets [...] prend Diderot en exemple [...] C’est que l’auteur de Jacques et son maître maîtrisait les nuances de la langue française mieux que personne, sa pensée ne faisait pas défaut, et elle s’abreuvait aux sources latines et grecques du français ; M. Diderot en maîtrisait son étymologie. Il n’écrivait pas une lettre truffée de fautes à défaut de savoir mieux s’exprimer. »

Où avez-vous vu que Diderot était contre le fait de réformer l’orthographe ?

=> « Ce qui le distingue d’avec un “jeune d’aujourd’hui” ou disons plutôt un ignorantin moderne (d’autres ont dit “sauvageon”, mais c’est la même chose). »

Si on vous suit bien, un jeune d’aujourd’hui est un obligatoirement un crétin analphabète.

=> « Or, allons-y ! Complaisons à la facilité, » et aucun adolescent de banlieue ni de la ville ne pourra plus accéder à Jaurès ou Hugo, car il ne s’en trouvera plus un seul pour aller vers la langue de Jaurès et de Hugo, et d’en saisir leur pensée !

Ah bon ? Et comment ça ?

« Il suffit de lire la lettre que Jaurès adressait à des instituteurs,... »

À quel moment Jaurès fait-il référence à l’orthographe ?

=>« La Dépêche de Toulouse, 15 janvier 1888. Pensez donc, le XIX° siècle ? Une antiquité ! »

Oui, en effet ! C’est d’ailleurs pendant ce siècle qu’à eu lieu la dernière simplification de grande envergure de l’orthographe française (1836), suivant à titre posthume les recommandation de Voltaire. C’était l’époque des Lumières (je parle de Voltaire) justement.

Au fait, pourquoi un H dans posthume ? Est-ce pour mieux connaitre les racines grecques de notre langue ?


=> « Voilà qui en arrangerait bien certains, qui continueront de posséder la langue, non contents d’avoir été les héritiers des biens matériels ! »

Comme si la possession de l’orthographe emportait celle de la langue...

Si c’était vrai, les meilleurs auteurs seraient les grammairiens et les correcteurs des maisons d’éditions.

« Je n’ai pas envie de lire votre livre M. De Closets, et pas parce que j’aurais peur d’y trouver des fautes. »

Oui, vous avez raison. Surtout ne lisez pas son livre, comme ça vous pourrez le critiquer sans en connaitre le contenu et clamer bien haut qu’il propose d’écrire « an fonétic kicékapété ».

=> « Je trouve votre intervention parfaitement déplacée à notre époque du tout-au-rentier. Qu’il y ait ceux qui savent lire, et ceux qui ne le savent plus ; »

En quoi simplifier l’orthographe empêcherait les gens de savoir lire dans la mesure où tout le monde utilise le même code ?

=> « voilà qui achèverait un fameux cycle depuis la société pré-industrielle. »

Vous avez des élèments pour prouver ce que vous dites ?

=> « Ce n’est pas le français que vous devriez accuser d’être trop difficile, ni les jeunes d’être inaptes à aller vers la complexité de notre langue, »c’est vos enseignants".

Ça faisait longtemps qu’on ne leur tapait pas dessus à ceux-là...

=> « des petites classes que vous devriez accuser d’avoir été trop peu les dépositaires d’une bonne méthode, »

Quel dommage que vous n’ayez pas été enseignant. Vous auriez pu leur montrer comment il fallait s’y prendre.

=> « d’une obédience à leur langue, et peut-être de ne pas vous avoir montré sa qualité écrite, en un mot, de ne pas avoir pu ou su faire leur métier. »

Idem supra.

En résumé, si les français ne connaissent pas l’orthographe, ce n’est pas du tout parce qu’elle est défectueuse, n’est-ce pas ? Non, c’est parce que les enseignants sont tous nuls, gauchisants et soixante-huitards attardés. Sauf que les enseignants soixante-huitards sont tous à la retraite, et qu’on retrouve ces mêmes problèmes en Belgique, au Québec et même en Suisse, pays bien connu pour être un haut lieu de l’anarcho-gaucho-communisme délétère.

« Mais par dessus-tout, je voudrais vous demander une chose : à défaut de leur donner accès à un patrimoine matériel, laissez au moins à ceux qui ne sont pas nés au bon endroit la chance d’accéder un patrimoine immatériel, c’est-à-dire une Langue ! »

Vous devriez vous renseigner sur la différence entre la langue et l’orthographe. C’est comme si vous confondiez chiffre et nombre, masse et poids.


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