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Commentaire de cl

sur De l'orthographe comme instrument d'égalité


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cl 13 septembre 2009 00:26

« Vous pouvez me citer la règle qui permet de savoir quand on doit doubler les consonnes non sonores ? Par exemple dans les mots suivants : honneur, homme, honorer, personne, régional. »

Merci Courouve d’essayer. Ce qui n’est pas le cas de lord_volde, pas plus que de l’auteur de l’article qui connait mieux la langue de bois que la langue française...

« Il doit bien y en avoir une »

Votre réponse illustre parfaitement le problème de l’orthographe actuelle du français. « Il doit bien y avoir une règle ». Et ne le prenez pas mal.

Bon, personne ne la connait, personne ne l’a jamais vue, même pas Brisefer, mais on va bien finir par la trouver, n’est-ce pas ? Au besoin, on l’inventera, voilà.

C’est un peu comme chercher quelque chose là où il n’y a rien sous prétexte que c’est dans un endroit éclairé et refuser de chercher ailleurs parce qu’il y fait sombre.

Désolé, cette règle n’existe pas. Et je mets au défi quiconque de la trouver.

« je pense qu’elle vient de la phonétique ; dans personne et dans régional, les deux « o » ne se prononcent pas de la même façon. »

Oui et non. La solution est phonético-historique, et n’est pas à portée de tout le monde (dans le sens où elle n’est pas disponible facilement), même si au final elle est limpide. Mais en aucun cas, elle ne peut servir à dégager une règle...

« [o] fermé : beauf »

« [ ] ouvert : bof ! »

Je parlais des consonnes doubles. Pas de la manière d’écrire le son [o].

« Il doit sans doute falloir tenir compte aussi de la place de la syllabe dans le mot. »

Pour les consonnes doubles non sonores (je prendrai le cas des doubles N comme dans « fonctionnaliser », « nationaliser ») par opposition à des mots comme accident, la raison est ailleurs.

Sans rentrer dans les détails, elle vient d’une nasalisation suivie d’un dénasalisation de la voyelle o.

En clair, les lettres « on » se prononcent à l’origine o-n (comme dans John) comme en latin, espagnol, italien,...

Puis, le o se nasalise sous l’influence du n et donne la voyelle nasale on que l’on entend deux fois dans Tonton.

Dans le mot « fonctionnaliser », on prononce donc fonction-naliser. On écrit donc, conformément à la prononciation deux N, le premier pour écrire le son ON de fonctiON, et le deuxième pour faire le son N dans Nasaliser.

Dans un deuxième temps (à l’échelle historique, bien sûr), le ON se dénasalise et se prononce O. On a donc la prononciation actuelle. Le double N ne correspond plus à la prononciation.

Il aurait été judicieux de le supprimer, d’autant plus que les mots nouveaux du même accabit ne prenaient pas de double N, car écrits selon la prononciation. C’est le cas de Régional qui entre dans le lexique français bien après ce phénomène et qui est écrit conformément à la prononciation.

Mais cela n’a pas été fait. Pourquoi ? Oubli, manque de temps et de moyens techniques (l’informatique n’existait pas...). Plus tard, d’autres raisons plus farfelues ont pris le dessus. Lesquelles ? Parcourez le présent forum : il en est farci. smiley

C’est un phénomène comparable, mais un peu plus complexe qui a amené femme à se prononcer « fame ».

Pour en savoir plus sur le sujet, vous avez les excellentes vidéo de Bernard Cerquiglini (linguiste) sur le site de TV5

http://www.tv5.org/TV5Site/lf/merci_professeur.php

En ce qui concerne les autres consonnes doubles non sonores (bb, dd, ff, gg,...), c’est encore plus embrouillé.

Parfois, c’est l’étymologie qu’on a voulu respecter comme dans toboggan (anglais), mais c’est très souvent erroné ou impossible à faire. Par exemple appartement vient de l’italien appartamento (avec deux p) qui vient lui-même de l’espagnol apartamiento (avec un seul p). Laquelle choisir ? Et il est cocasse de noter que l’italien met deux p car il prononce deux p et que l’espagnol met un P car il n’en prononce qu’un ! Seul le français ne sait plus à quel saint se vouer lorsqu’il veut écrire ce mot (et les autres).

D’autres fois, c’est la prononciation. Une double consonne peut signifier une consonne « longue » comme le RR espagnol ou le PP italien. Mais dans les langues germaniques, il indique que la voyelle précédente est courte (cf. allemand). Encore un phénomène phonétique net.

Enfin, c’est le résultat d’un phénomène phonétique nommé « assimilation » qui fait qu’une consonne est prononcée comme la suivante.

Exemple : dans absolu, le b se prononce p sous l’influence du s suivant. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi on n’arrive pas à prononcer tzar ou tzigane alors qu’on y arrive pour dzigane ?

C’est pour cette raison qu’on écrit un m avant un p ou un b d’ailleurs. Le saviez-vous ?

Autre exemple, le double ff dans un mot comme effeuiller. Ex-feuiller ou esfeuiller. Le s est assimilé par le f et produit un f prononcé long (principe de l’allongement compensatoire), d’où la notation initiale ff qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. In-lisible a donné illisible par assimilation du n par le l. Certains prononcent ce double l, sans que l’on sache si ce n’est pas sous l’influence de l’orthographe (ce sont souvent les journalistes de la presse audio ou radio). On peut le vérifier car ils prononceront un double N aussi bien à « innovation » qu’à « inondation » ou « inédit ».

Il suffit de tendre l’oreille.

Mais là aussi, impossible de dégager une règle (dommage) car ce principe se répercute de façon très aléatoire à l’écrit.

Par exemple le mot « afin » : Étymologie : à et fin.

Regardons le mot à : Étymologie : lat. ad

Première remarque : de par la disparition du d, à devrait s’écrire « â », si tant est qu’une règle existe pour l’accent circonflexe. Cette règle est un mirage, vous l’aurez deviné.

Deuxième remarque : afin vient de ad-fin. On devrait l’écrire affin.

Et de tels exemples sont innombrables.

Parcourir un dictionaire contenant l’étymologie des mots est quelque chose de vraiment passionnant.

Cordialement.


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