Article offrant
volontairement une version biaisée des notions de Culture ou Communauté :
discours typique des globalophiles (terme clin d’œil à l’usage de celui de
globalophobes).
En effet autant en
introduction qu’en conclusion : l’auteur attribue une connotation négative
et péjorative à la notion de communauté, conçue comme proto-fasciste : le
parallèle avec le national-socialisme servant à supporter cette vision
exclusive.
Mais les
prémisses sont fausses et la situation actuelle ne répond pas au schéma de l’auteur qui
écrit : « Quand les groupes
dominants d’une société définissent le périmètre sacré de la culture propre,
inévitablement ils terminent par attaquer ceux qui échappent partiellement ou
qui s’éloignent de cette définition. Quand, orgueilleusement, ils croient avoir
identifié l’archétype national, moule et modèle du citoyen parfait, ce qu’ils
font réellement c’est condamner à mort ou à la marginalité ceux qui se
différencient de cette périlleuse construction. »
Non les groupes
dominants actuels ne délimitent aucun périmètre sacré autour de la Culture ou
de la communauté nationale : ils ont plutôt tendance à vouloir dissoudre
et notion de culture et communauté : l’être économique remplaçant l’être
culturel dans la définition des nouveaux archétypes selon les termes de l’auteur :
la perspective proposée, quant à elle, relève du Global, à nouveau perspective strictement
économique, et non de l’Universel (perspective culturelle) ; de la même
façon ceux qui sont condamnés à la marginalisation sont autant ceux qui conçoivent
la communauté humaine comme référent et non un improbable village global ou une
communauté fondée sur des individus liés par leurs pratiques consommatoires, à
cela nous ajouterons dans la catégorie marginalisés ou en voie de
marginalisation toutes les victimes de la mécanique d’exclusion autant globale
que locale qui pourrait définir à elle seule ce qu’on appelle globalisation économique.
L’auteur a
cependant raison de rappeler que la manipulation du référent national peut s’avérer
dangereux : mais concevoir toute forme de communauté humaine et donc
référence/repère pour l’individu comme
proto-fasciste relève autant de la manipulation et tout comme le
national-socialiste usera du référent national en lui accordant une valeur d’absolu,
l’auteur use de la même stratégie en usant du référent national en lui
accordant une valeur strictement négative en renvoyant au Pire : cela est
de la pure malhonnêteté intellectuelle : la communauté humaine dans ses
différentes formes ne peut être limitée aux manifestations historiques ou contemporaine du
nationalisme extrême ou du racisme étatique.
J’accorde à l’auteur
le fait que dans une optique où le référent national ou communautaire est
manipulé et conçu pour représenter un absolu qu’en effet il est une limite à la
Créativité humaine par la fixation/définition de la Culture dans des limites
autant strictes qu’illusoires : renvoyant à une culture figée ou morte ce
qui d’emblée la place en dehors de la Culture et effectivement est une
condamnation à mort autant pour l’un que pour l’Autre. Ce qui se produit dés que l’Idéal remplace le Réel comme référent : le globalisme (ou globalisation économique conçue comme inéluctable) ou le totalitarisme répondant au même principe par un idéal conçu comme absolu et donc une Fin.
Cependant, la
globalophilie de l’auteur ne peut faire oublier que cette dite globalisation ou
le modèle américain se fondent avant tout sur le Particulier et non le
Singulier et que donc tout comme dans les cas de manipulation des référents
national, communautaire, culturel, ethnique, religieux, etc… ils signifient
aussi la mort de la Culture : puisque seules les particularités sont
conçues car économiquement utiles, les singularités elles sont niées au fur et
à mesure de la captation-marchandisation ainsi que l’imposition de comportements
et pratiques particulières définitivement confondables avec des pratiques
consommatoires et non culturelles.
L’auteur fournit
un exemple parfait avec MacDonald : qui ne représente aucunement une
quelconque culture mais la captation d’une particularité puis sa marchandisation comme pratique consommatoire : pratique relevant du
Particulier et non du Singulier : en dehors du champ de la Culture mais en
plein dans celui du Conditionnement : seule la puissance autant économique
que stratégique US ont permis l’imposition de ces pseudo-pratiques culturelles :
nul métissage ou contact n’étant nécessaire pour qu’ici s’ouvre un MacDo et que
là une chaîne propose exclusivement des séries US : cela ne relève pas de
l’anti-américanisme mais d’un simple constat.
Sur le fait que les
Français aimeraient les séries américaines, ils sont en fait dans la même
situation que tous les non-américains à savoir que les séries américaines sont
déjà rentabilisées sur le marché US avant d’être vendues à un coût plus bas et
adapté au niveau de vie du pays : de la même façon, ces dites séries
relèvent avant tout de l’économique, ne sont nullement dans le référent
culturel : leur production autant que maintien est directement conditionnée
à leur rentabilité : à savoir passages pub : d’ailleurs une série dont
l’audience ne se maintient pas aux alentours de 4/5 millions de spectateurs est
condamnée à disparaître : aucune connotation culturelle seul le référent
économique est important ; plus largement rappelons aussi que ces séries
sont bien souvent des supports médiatiques aux intérêts stratégiques US et
participent au conditionnement des opinions publiques et à l’imposition des
référents autant économiques qu’idéologiques US : il s’agit non pas d’un
processus d’américanisation qui n’aurait aucun intérêt mais d’un processus de
conditionnement.
La culture
américaine existe mais elle diffère effectivement des cultures européennes (ainsi
que tout autre non issu d’un processus de colonisation de peuplement) :
cependant le substrat culturel et donc référent commun (académique ou
traditionnel) se place dans la culture anglo-saxonne et protestante issue de la
colonisation britannique puis dans la littérature/pensée du XIXème siècle et
donc la formation des Etats-Unis d’Amérique ;
les autres
influences culturelles n’ont pas produit comme dans d’autres espaces où la
configuration est la même : de métissage ou syncrétisme (qui peuvent
exister mais ne constituent pas un référent commun) : on a dans la
configuration US plus superposition ou coexistence de substrats culturels plus
qu’une fusion : même si celle-ci n’est pas interdite, le modèle est bien
multiculturelle avec exclusion réciproque et coexistence plus que métissage :
ce qui se retrouve autant dans la répartition géographique des ethno-groupes
que dans leur répartition socio-économique (à nouveau les exceptions existent).
Bref, cette
culture américaine polymorphe et riche est rarement celle qui est diffusée
massivement dans le reste du Monde : les seules motivations restent
économiques et donc seul ce qui relève
du Consommatoire bénéficie de la puissance US (bonus : encore mieux si
cela peut servir aussi les intérêts stratégiques de ce pays) : ce qui peut
s’avérer définitivement productif en générant contestations et hostilité à tout
ce qui est américain. Faulkner n’est pas MacDo...apprécier l’un n’empêche pas de ne pas aimer l’autre, et vice versa...le procés en anti-américanisme est bien trop facile...