@Peripate : en
complément
On est aussi avec
les controverses qui opposent mutazilites et sunnites dans le même registre que
celle autour de la double nature, humaine ou divine, de Jesus. Et cela dépasse à l’époque le simple champ
théologique puisque avec l’interprétation mutazilite postulant que le Coran avait
été créé cela pouvait amener à désacraliser son expression linguistique et donc
modifier radicalement la conception de la Loi, fondée sur la lettre intangible
de l’Ecriture : soit le dogme actuel, celui qui s’est imposé après que le
Califat remette en vigueur la thèse opposée et fasse du Coran incréé un article
de la foi orthodoxe.
Pourtant au
départ, les mutazilites essayaient bien de résoudre ce qui leur apparaissaient
comme une contradiction : Dieu selon le texte coranique est Savant, Miséricordieux, Juste, Puissant,
mais aussi Parlant ; Il peut
faire descendre un ange qui communique littéralement sa parole au prophète
Mohamed, peut aussi exceptionnellement parler directement à un prophète (Moïse) :
d’où l’idée que les qualités ou attributs divins par lesquels Dieu s’était
auto-décrit dans sa révélation, étaient donc éternelles comme lui : mais
voilà le problème que les mutazilites tentent de résoudre : se représenter
les attributs divins comme des entités éternelles, coexistant avec l’Essence
divine mais séparées d’elle n’équivalait-il pas à introduire des divinités à côté
de l’Unité divine ?
Ce qui allait,
bien entendu, à l’encontre du message prophétique de Mohamed qui avait proclamé
qu’il avait bien été envoyé au monde (aussi) pour mettre fin au polythéisme.
Ce qui conduit (en toute logique) donc les mutazilites à
rejeter les attributs divins et à les considérer comme de simples figures de
style dans le texte coranique.
Sur la Parole
divine : même topo : comment la concevoir autrement que comme des sons,
des lettres, des mots…bref comme la réalité terrestre ? Pareil, supposer
qu’Allah aurait parlé comme des hommes, était une atteinte directe au principe
musulman (central voir essentiel) de la pure transcendance divine : il ne
peut rien avoir de commun entre le Divin et sa création : cf. texte
coranique : rien n’est à Sa
ressemblance…
Comment les
mutazilites résolvent le mystère de la parole divine ? et bien la parole
divine est conçue comme une pensée, inspiration aphasique dans l’Essence divine et qui se passe des langues humaines.
Bref, au final,
le sunnisme ultérieur (ex :Al-Ach’arî
et Al-Juwayni ) élaborera en réaction l’idée d’une double Parole
divine : intérieure, sans mot, coexistante et identique au Coran révélé :
Al-Juwayni la conçoit comme
inhérente à l’essence, ne consistant ni en son ni en lettres mais comme le
discours inhérent de l’âme…il écrit : « Le mieux est de dire…que la parole est le discours inhérent de l’âme. Cette
parole intime est la réflexion que l’on roule dans l’esprit, et qui a pour
signes des mots, des gestes ou tout autre moyen convenu. Il en est de la
parole, dans doctrine, comme de la science éternelle. Celle-ci s’étendait déjà dans l’éternité du passé à ce qui existait
dans cette éternité. La parole existait antérieurement à Moïse ; et
quand ce dernier est venu à l’existence, la parole était déjà une
interpellation à Moïse ; ce qui a
été nouveau à ce moment, c’est Moïse et non pas la parole. » .