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Commentaire de easy

sur Famille d'accueil : la démagogie de Christophe Hondelatte


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easy easy 7 février 2011 19:10

Si les familles d’accueil ne font pas ça pour l’argent, alors elles sont perverses.

Posez précisément la question à vos parents, demandez-leur ce qui est dit par l’ASE à ce sujet ; Ils devraient vous répondre que l’ordre leur est donné de considérer qu’ils ne font ça que pour l’argent.

Cher Fergus, je vous vois redouter l’accusation de vénalité. Pour vos parents. Mais sur ce chapitre de la vénalité, il y a aussi à boire et à manger.
Il est parfois, pas toujours, extrêmement difficile de dire où et quand commence la vénalité dans notre rapport à l’argent.
Ne tremblez pas devant le risque d’accusation de vénalité ou d’égoïsme ou de cupidité ou de concupiscence ou de perversité ou de cruauté. Ne tremblez pas vis à vis de Dieu je veux dire. Car vis-à-vis des hommes, il y a de quoi trembler, en effet.

Je m’évertue à dire la Machine sociale et à préciser qu’elle ne devrait jamais être considérée comme parfaite.

Si donc la Machine doit toujours être considérée avec des pincettes, avec circonspection et prudence, si l’on convient de n’y recourir que dans les cas vraiment impossibles à traiter autrement, on doit se méfier de tous les qualificatifs au tranchant de guillotine.

Les qualificatifs comme égoïste, avare, cupide, vénal, vicieux, pervers, manipulateur....devraient être considérés davantage comme des troubles ou défaillances de la part de ceux qui les brandissent que de la part de leurs cibles.

Désacralisez le côté infamant du mot vénal, banalisez-le en considérant que l’un dans l’autre, nous sommes tous vénaux puisque nous tripotons tous de l’argent et que seuls quelques uns sont hyper vénaux ou essentiellement vénaux.
Mais oui, on peut être à la fois vénal et généreux (comme Eddy Barclays, comme Bill Gates, comme Coluche) alors que certains sont vénaux et également radins.


Cessons de trembler quand on nous dit qu’on travaille pour de l’argent. C’est normal. C’est normal de faire un métier susceptible de concilier une vie familiale intense et une rémunération. Je veux dire que Dieu n’y trouverait rien à redire. Ainsi, les parents d’accueil doivent dire, aussi bien à leurs supérieurs de l’ASE, qu’à leurs parents ou amis, qu’ils font ça pour l’argent.

Dans la réalité, ils déclarent leur vénalité aux gens de l’ASE car elle l’exige mais ils ont une nette tendance à dénier cette vénalité toute ordinaire vis-à-vis de leurs parents ou amis de sorte à paraître plus généreux qu’intéressés.

Et aux enfants placés, on leur dit quoi ? Qu’on est vénal ou généreux. Et bien on ne dit rien. Devant eux on n’aborde pas cette question (et bien d’autres). Quand l’enfant est placé à environ 15 ans, il n’est pas dupe. Il sait que les accueillants font ça pour l’argent, même s’ils font bien leur boulot, car rien n’empêche d’être à la fois intéressé et méticuleux, bien au contraire.
Quant aux enfants plus jeunes, qui ne pigent pas ce qu’est l’argent, les besoin de rentrer de la thune, on ne leur dit rien et on leur laisse donc la voie libre pour la reconnaissance. L’enfant peut croire qu’on s’occupe de lui par intérêt pour sa personne et il est tenté de se croire alors non interchangeable. L’illusion de générosité, bien que cultivée implicitement, ne trompe pas l’enfant très longtemps.

Car c’est un truc de fou l’ASE, sous bien des aspects. Ceux des enfants qui ont toute conscience des enjeux pécuniaires dont il est l’objet de soins tant de la part de l’ASE que des parents d’accueil, réalisent qu’ils sont interchangeables. Pour eux c’est déjà Gattica.


Tant qu’on reste à considérer, tous ensemble qu’une famille est irremplaçable, ça veux dire que ses individus ne sont pas interchangeables.
Mais quand on commence à dire que la Machine peut décider de défaire une famille et au pied levé, dans la journée, trouver de nouveaux quasi-parents pour l’enfant, alors tout le monde devient interchangeable. La famille est désacralisée et c’est la Machine qui le devient car elle, on ne peut pas s’en défaire.


Et dois-je aborder ce que les enfants naturel de la famille d’accueil balancent à la tronche des protégés ? « Mes parents n’en n’ont rien à foutre de toi. Ils ne font ça que pour l’argent »



Oui, dans certains cas, l’enfant est indiscutablement soulagé d’être exfiltré de sa famille. Placé, on le voit plus calme, plus concentré sur ses études... Mais qu’a-t-on fait au juste ? On lui a démontré l’interchangeabilité des gens. Quand dans ton entreprise tu ne fais pas exactement comme il faut, t’es viré, jeté sur le trottoir. L’enfant placé découvre très tôt l’interchangeabilité des gens, l’élevage en batterie.

D’autre part, l’enfant exfiltré n’a aucune preuve que ses parents sont également bien traités, soignés, considérés avec respect.
Il a plutôt les indices voire les preuves du contraire. Une lettre lui arrive, de ses parents. On va lui dire « Tu sais, tu n’es pas obligé de la lire, ni d’y répondre »
Sous un semblant de neutralité, car cette phrase semble neutre, on lui dit en fait que la famille n’est pas sacrée, qu’il peut la bouder, la jeter. On l’autorise à rejeter.
Il va de soi que ces assurances qu’il sera de toutes manières protégé par l’ASE peuvent calmer un enfant angoissé. Mais qu’on ne s’y trompe pas. L’angoisse est déjà sa drogue. Il ne peut pas s’en passer et va trouver d’autres prétexte pour l’entretenir.


L’enfant placé voit constamment et immanquablement ses parents être dégradés, humiliés, cernés d’interdits. Il voit que personne ne dit jamais du bien d’eux pendant que les compliment vont régulièrement aux autres adultes « Tu verras, madame Michu est très bien » . 

Par ce seule fait de la dégradation, méritée ou non, de leurs parents, les enfants font très naturellement une démarche en rejet. Il faudrait que l’enfant ait des couilles de tigre pour résister à la stigmatisation de ses parents et les défendre « Bin, quoi que vous en disiez, mon père qui m’a laissé tout seul dans le parc, je le trouve super et je l’adore »

Les enfants Cambodgiens, pourtant pétris de confucianisme, après seulement 4 semaines de bourrage de crâne de la part des nouveaux mâitres, les Khmers rouges, qui leur ont confié des fusils, ont tué leurs parents avec un regard froid.


Noooonn jamais l’ASE ne dénigre les parents, NOooonn surtout pas, quelle erreur ce serait. Bin dans les faits, implicitement, au travers des barrages mis en place pour leur interdire toute approche non autorisée, les parents sont sous-infantilisés mais en plus ils ne sont pas soignés et se retrouvent bien plus souvent en prison qu’en hôpital. Et cela leurs enfants le perçoivent très bien. Et les enfants, pas fous, stratèges et vulnérables à tous les effets du genre Milgram, se rangent du côté du plus fort. Ils dénigrent et rejettent leurs parents pour faire comme tout le monde.

Noooonnn jamais un parent d’accueil ne dira à un protégé que sa mère est une salope, noooon, bien sûr que non. Ca ne se passe pas comme ça le dénigrement. Il est sous-entendu. Le parent d’accueil, cisaillé par les questions dont j’ai parlé plus haut, cherche à calmer sa conscience en s’auto persuadant qu’il est un parent modèle. Le seul fait de se poser en parangon de vertu disposant de tous les droits mais aussi du respect et de la considération de la Machine, face à un enfant protégé, immole ses parents ou les envoie au Tartare sous ses yeux.

Histoire complètement hors ASE.
C’est un gamin, blondinet, fragile de naissance (il devait dormir presque debout pour ne pas vomir). Voilà que sa mère démarre un cancer de la thyroïde et en devient grosse, difforme. Vers 13 14 ans, ce gamin élevé très cocon, école religieuse etc. très doué en tout, se retrouve bête noire des autres élèves. Il ne sait pas quoi faire pour se faire adopter par la société des gamins de son âge. Il remarque que d’une part ses camarades se moquent de ceux qui sont encore accompagnés par leurs parents à l’école et qu’ils se moquent aussi d’une certaine grosse mère. La sienne, hélas.
Un jour de son anniversaire, il avait invité des camarades, la fête battait son plein et je l’ai entebdu dire à ses copains que sa mère est une grosse vache. Il dénigre sa mère (qui entre temps avait perdu son emploi, qui était dans la merde sur tous les plans) pour se faire bien voir de ses potes. Le cas de sa mère étant devenu indéfendable, il la jette.


Face au pouvoir énorme de l’ASE, de la Machine, quel gosse oserait lui résister et affirmer lui préférer ses parents ?
Aucun, ou alors un très jeune, paradoxalement. Mais dès 6 ou 7 ans, l’enfant stratège est là, et entre un néoparent plein de pouvoirs et de prestige, et ses parents ruinés enchaînés, il n’hésite guère.


Ceux et celles qui ont été longtemps chômeurs avec des ados à la maison doivent comprendre de quoi je parle. Ils ont vu leurs enfants chercher à les remplacer.



Que devient un enfant passé sous les fourches caudines de l’ASE ?

Alors qu’un enfant peut pousser ses parents à bout afin de vérifier la solidité spéciale du lien familial, il ne peut faire le mariole chez une famille d’accueil. Il sait vite, car on le lui dit les dents serrées, on le déplacera encore s’il ne se soumet pas. Et on se retrouve avec des jeunes gens à la fois désentimentalisés (voire pire, écoeurés du sentimentalisme) et affichant une image normative. (leurs saloperies, ils les feront bien en douce)

Ces enfants se retrouvent non seulement avec une ascendance ruinée et diabolidée, non seulement ils seront extrêmement hypocrites et changeants, mais ils découvriront quand ils seront parents s’ils le deviennent, qu’ils ont trahis leurs parents sur l’autel de la Machine.

C’est que s’il y a un temps où la Machine semble avoir du charme tant elle surclasse les parents, passés les 18 ou 23 ans, elle apparaît terriblement exigeante et sourde.

Ce que je dis là, ce ne sont pas les gens qui bossent dans cette Machine qui le diront.





Je ne suis pas pour la suppression de l’ASE et des prisons. Mais je suis clairement pour qu’on y recoure avec beaucoup, beaucoup plus de parcimonie.


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