La prochaine fois que vous pondez un article sur la question,
serait-ce trop vous demander que de nous parler du contenu du livre plutôt que de l’auteur, en vous plaçant sur le
terrain des idées - ce qui, certes, n’est pas à la portée de la plupart
des journalistes - plutôt que sur celui de l’émotion : informez avant
d’interpréter. C’est que vos lecteurs n’ont pas tous forcément lu le
livre et que, avant de connaître vos impressions sur cet ouvrage, ils
aimeraient peut-être en connaître le contenu relativement en détail.
Quant
au mentor de l’auteur, en citant de Gaulle, vous commettez l’erreur
dans laquelle, faute d’une culture historique et littéraire suffisante,
tombent la plupart des journalistes. Premièrement, le monde n’est pas né
avec de Gaulle ; le passage que vous citez de lui est lui-même un écho
de la pensée nationaliste des années 1920 et 1930. Si vous voulez
vraiment vous faire peur, lisez Barrès ou Maurras. Deuxièmement, il ne
faut pas confondre la copie avec l’original : l’original, ici, c’est
Barrès ou Maurras ; la copie, c’est de Gaulle. C’est bien beau de
déclarer :
« …. Les Arabes, ce n’est rien. Jamais on n’a vu des
Arabes construire des routes, des barrages, des usines. Après tout
peut-être n’ont-ils pas besoin de routes, de barrages, d’usines. Ce sont
d’habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants.
Nous
assurons les fins de mois du Maroc, prétendument pour que les Américains
ne le fassent pas à notre place. Qu’est-ce que cela pourrait bien nous
faire que les Américains donnent des crédits aux Marocains… »
« Voulez-vous être bougnoulisés ? » interroge de Gaulle. Au député Raymond Dronne
« Vous, donneriez-vous votre fille à marier à un Bougnoul ? »http://www.de-gaulle.info/paroles-cachees.shtml
C’est
bien beau de déclarer tout cela, quand, dans le même temps, vous faîtes
adopter par référendum le droit à l’autodétermination des Algériens,
porte ouverte à la déferlante migratoire, une fois l’indépendance
acquise ; quand, bien pire encore, vous privez la France de ressources
énergétiques telles que le pétrole par les accords d’Evian. Dans le
domaine des rapports entre la France et l’Afrique, de Gaulle a beaucoup
parlé et scandé (« Je vous ai compris », etc.), il n’a pas agi ou, du
moins, il a agi dans le sens opposé à ses paroles. A cet égard, on peut
bien dire que les politicards qui sont à la tête de la France depuis des
décennies sont des gaullistes, surtout ceux qui appartiennent aux
partis de droite libéralo-mondialiste : de Giscard à Chirac, tous,
devant l’exaspération des Français, ont promis d’endiguer l’immigration
extra-européenne... parole, parole, parole. Il s’agissait de gagner du
temps, d’endormir les Français. C’est réussi : un peu plus de trente
cinq ans après l’élection de Giscard, les politicards au pouvoir ne
savent même pas à un millions près combien il y a d’immigrés
extra-européens en France. Un certain nombre de Français semblant
commencé à se réveiller, il est bien évident qu’on va essayer de nouveau
de les endormir, de les enfumer, avec de belles paroles, les fameux
« signaux forts ». Restent à voir si Guéant est meilleur prestidigitateur
qu’Hortefeu. Rien n’indique qu’il le soit. Le « convoi d’immigrés »
(l’expression a été utilisé par le Télegramme de Brest !) bloqué en gare
de Vintimille l’autre jour pendant quelques heures, naturellement, a pu
reprendre son chemin vers la terre promise le lendemain ; la
possibilité d’une suspension provisoire des accords de Schengen,
naturellement, n’est déjà plus d’actualité, quelques heures seulement
avoir avoir été évoquée du bout des lèvres par des politicards acculés à
multiplier les manœuvres dilatoires. Iront-ils, quelques semaines avant
les élections présidentielles de 2012, jusqu’à évoquer, dans un
paroxysme de démagogie électoraliste, l’annulation pure et simple de ces
accords ?
Dans son bouquin, Ménard indique-t-il qu’il n’y a
plus assez de douaniers pour surveiller les frontières ? Un poste de
fonctionnaire supprimé, dix postes d’immigrés extra-européens créés. Pas
étonnant que Tron cherche désespérément à supprimer autant de postes de
fonctionnaires que possible.