Les événements de Mai 68.
Il y a 30 ans, le 3 mai, un meeting rassemblant quelques centaines d’étudiants, était organisé dans la cour intérieure de la Sorbonne, à Paris, par l’UNEF (syndicat étudiant) et le « Mouvement du 22 Mars » (formé à la Faculté de Nanterre en banlieue parisienne quelques semaines auparavant). Rien de très exaltant dans les discours théorisateurs des « leaders » gauchistes, mais une rumeur persistante : « Occident va attaquer ». Ce mouvement d’extrême-droite donnait ainsi le prétexte aux forces de police de « s’interposer » entre les manifestants. Il s’agissait surtout de briser l’agitation étudiante qui, depuis quelques semaines se poursuivait à Nanterre. Simple manifestation du ras-le-bol des étudiants, constitué par des mobiles aussi divers que la contestation du mandarinat universitaire ou la revendication d’une plus grande liberté individuelle et sexuelle dans la vie interne de l’Université.
Et pourtant, « l’impossible est advenu » ; pendant plusieurs jours, l’agitation va se poursuivre au Quartier latin. Elle va monter d’un cran tous les soirs : chaque manifestation, chaque meeting rassemblera un peu plus de monde que la veille : dix mille, trente mille, cinquante mille personnes. Les heurts avec les forces de l’ordre sont aussi de plus en plus violents. Dans la rue, de jeunes ouvriers se joignent au combat et, malgré l’hostilité ouvertement déclarée du PCF qui traîne dans la boue les « enragés » et « l’anarchiste allemand » Daniel Cohn-Bendit, la CGT (le syndicat d’obédience stalinienne) est contrainte, pour ne pas être complètement débordée, de « reconnaître » le mouvement de grèves ouvrières qui se déclenche spontanément et qui se généralise rapidement : dix millions de grévistes secouent la torpeur de la 5e République et marquent d’une manière exceptionnelle le réveil du prolétariat mondial.
En effet, la grève déclenchée le 14 mai à Sud-Aviation, qui s’est étendue spontanément, prend, dès le départ, un caractère radical par rapport à ce qu’avaient été jusque là les « actions » orchestrées par les syndicats. Dans les secteurs essentiels de la métallurgie et des transports, la grève est quasi générale. Les syndicats sont dépassés par une agitation qui se démarque de leur politique traditionnelle et sont débordés par un mouvement qui prend d’emblée un caractère extensif et souvent peu précis, inspiré, comme il l’était, par une inquiétude profonde même si peu « consciente ».
Dans les affrontements qui ont lieu, un rôle important est joué par les chômeurs, ce que la presse bourgeoise appelait les « déclassés ». Or, ces « déclassés », ces « dévoyés » sont de purs prolétaires. En effet, ne sont pas seulement prolétaires les ouvriers et les chômeurs ayant déjà travaillé, mais aussi ceux qui n’ont pas encore pu travailler et sont déjà au chômage. Ils sont les purs produits de l’époque de décadence du capitalisme : nous voyons dans le chômage massif des jeunes une des limites historiques du capitalisme qui, de par la surproduction généralisée, est devenu incapable d’intégrer les nouvelles générations dans le procès de production. Mais ce mouvement déclenché en dehors des syndicats, et dans une certaine mesure contre eux puisqu’il rompt avec les méthodes de lutte qu’ils préconisent en toute occasion, ceux-ci vont tout faire pour le reprendre en main.
Dès le vendredi 17 mai, la CGT diffuse partout un tract qui précise bien les limites qu’elle entend donner à son action : d’une part des revendications traditionnelles couplées à la conclusion d’accords du type de ceux de Matignon en juin 1936, garantissant l’existence des sections syndicales d’entreprise ; d’autre part l’appel à un changement de gouvernement, c’est-à-dire à des élections. Méfiants à l’égard des syndicats avant la grève, la déclenchant par dessus leur tête, l’étendant de leur propre initiative, les ouvriers ont pourtant agi, pendant la grève, comme s’ils trouvaient normal que ceux-ci se chargent de la conduire à son terme.
Contraint de suivre le mouvement pour ne pas en perdre le contrôle, le syndicat réussit finalement sa tentative et réalise un double travail avec l’aide précieuse du PCF : d’un côté, mener les négociations avec le gouvernement, de l’autre inviter les ouvriers au calme, à ne pas perturber le déroulement serein de nouvelles élections que le PCF et les socialistes réclament, faisant aussi discrètement circuler des rumeurs sur un coup d’Etat possible, sur des mouvements de troupes à la périphérie de la ville. En réalité, même si elle a été surprise et bien qu’elle soit effayée par la radicalité du mouvement, la bourgeoisie n’a aucunement l’intention de passer à la répression militaire. Elle sait bien que cela peut relancer le mouvement en mettant hors jeu les « conciliateurs » syndicaux et qu’un bain de sang est une réponse inappropriée qu’elle aurait payé par la suite. En réalité, ses forces de répression, la bourgeoisie les a déjà mises au travail. Ce ne sont pas tant les CRS (les forces de police spécialisées) – qui dispersent et attaquent les manifestations et les barricades –, mais les flics d’usines syndicaux bien plus habiles et dangereux parce qu’ils font leur sale travail de division dans les rangs ouvriers.
La première opération de police, les syndicats la réalisent en favorisant l’occupation des usines, réussissant par là à enfermer les ouvriers sur leur lieu de travail, leur enlevant la possibilité de se réunir, de discuter, de se confronter dans la rue.
Le 27 mai au matin, les syndicats se présentent devant les ouvriers, avec un compromis signé avec le gouvernement (les accords de Grenelle). A Renault, principale entreprise du pays, et « thermomètre » de la classe ouvrière, le secrétaire général de la CGT est hué par les ouvriers qui considèrent que leur combat a été vendu. Partout ailleurs les ouvriers adoptent la même attitude. Le nombre de grévistes augmente encore. Beaucoup d’ouvriers déchirent leur carte syndicale. C’est alors que les syndicats et le gouvernement se partagent le travail pour casser le mouvement. La CGT, qui a immédiatement désavoué les accords de Grenelle qu’elle avait pourtant signés, déclare qu’il faut « ouvrir des négociations branche par branche afin de les améliorer ». Le gouvernement et le patronat vont jouer le jeu, en faisant des concessions importantes dans quelques secteurs, ce qui permet d’amorcer un mouvement de reprise du travail. En même temps, le 30 mai, De Gaulle accède à la demande des partis de gauche : il dissout la Chambre des députés et convoque de nouvelles élections. Le même jour, plusieurs centaines de milliers de ses partisans défilent sur les Champs Elysées ; rassemblement hétéroclite de tous ceux qui ont une haine viscérale de la classe ouvrière et des « communistes » : habitants des beaux quartiers et militaires à la retraite, bonnes soeurs et concierges, petits commerçants et souteneurs, tout ce beau monde derrière les ministres de De Gaulle, André Malraux en tête (l’écrivain antifasciste bien connu après son engagement dans la guerre d’Espagne de 1936).
Les syndicats entre eux se partagent le travail : à la CFDT (syndicat chrétien) qui est minoritaire, il revient de prendre les habits « radicaux » afin de garder le contrôle sur les ouvriers les plus combatifs. Pour sa part, la CGT se distingue par son rôle de briseur de grève. Dans les assemblées, elle propose la fin de la grève en prétendant que les ouvriers des entreprises voisines ont déjà repris le travail, ce qui est un mensonge. Surtout, avec le PCF, elle appelle au « calme », à une « attitude responsable » (agitant même le spectre de la guerre civile et de la répression de l’armée), afin de ne pas perturber les élections qui doivent se tenir les 23 et 30 juin. Ces dernières se soldent par un raz de marée de la droite, ce qui vient écoeurer encore plus les ouvriers les plus combatifs qui avaient poursuivi leur grève jusqu’à ce moment-là.
La grève générale, malgré ses limites, a contribué par son immense élan à la reprise mondiale de la lutte de classe. Après une suite ininterrompue de reculs, depuis son écrasement après les événements révolutionnaires des années 1917-23, les évènements de mai-juin 1968 constituent un tournant décisif, non seulement en France, mais encore en Europe et dans le monde entier. Les grèves ont non seulement ébranlé le pouvoir en place mais aussi ce qui représente son rempart le plus efficace et le plus difficile à abattre : la gauche et les syndicats.
29/08 15:26 - Dorzan
Désolé, mais j’ai continué à gagner mes 550 frs , durant des mois. Alors le bénéfice (...)
29/08 14:33 - Vilain petit canard
27/08 14:48 - Le Yeti
Prendre Cohn-Bendit pour un humaniste c’est comme croire que BHL est un (...)
27/08 09:32 - Dorzan
Bon, on va remettre le couvert et c’est sur, cette fois j’en suis.
27/08 09:30 - Dorzan
Je crois que le bonhomme à bien profité de la situation. D’accord, d’accord, ça (...)
27/08 09:24 - Dorzan
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