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Commentaire de Aurelien Veron

sur Pétition protectionniste : la France « culturelle » aux Français


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Aurelien Veron 13 janvier 2007 14:23

La logique que j’expose n’est pas purement marchande. Elle se fonde sur la passion des amateurs d’art, sur les fondations, le mécénat et d’autres mécanismes spontanés. La passion seule entraîne le partage. Ainsi François Pinault avait-il envie de faire partager ses goûts en rendant ses collections publiques dans le Palazzo Grassi. Ce partage issu de la société civile ne peut certainement pas être remplacé par un « service économique universel » assuré par des fonctionnaires. « Mettre l’art à portée de tous » ne signifie rien en soi. Quel art, avec quel argent et sélectionné par qui ?

En ponctionnant l’argent de tous pour financer leur activité, certains fonctionnaires acquièrent arbitrairement ce qui leur parait important, sans égard pour le public mais uniquement en fonction de leurs propres critères issus de petits cénacles fermés sûrs de leurs choix (à tort ou à raison, mais ces choix ne devraient que les concerner eux, pas l’ensemble des Français). Ce mécanisme explique pourquoi la création contemporaine française, par exemple, ne s’adresse plus qu’aux acheteurs institutionnels publics qui privilégient les installations hermétiques, et non pas les collectionneurs privés. Résultat, les collectionneurs se détournent de l’art contemporain français et les artistes français qui ne se sont pas expatriés peinent à élargir leur cercle d’amateurs au-delà de ce « service économique universel » d’Etat.

Ensuite, quand les oeuvres ne sont pas stockées dans des hangars où elles ne connaîtront plus le jour, elles finissent dans des petits musées qui se veulent d’avant-garde, mais vides car ils n’intéressent personne.

Je comprends bien votre désir d’universalité de l’art. Mais l’art est un univers fluctuant fondé sur un rapport très étrange entre les oeuvres, les publics et les intermédiaires (galeries, musées, expos, salles de vente,...). Personne ne peut légitimement réaliser le choix des oeuvres qui constitueront ce « service public de l’art » arbitraire et coûteux avec l’argent d’autrui. Il faut aussi accepter qu’un vaste public ne s’intéresse pas à l’art et ne souhaite pas contribuer à ces dépenses. Et alors, en vertu de quoi auraient-ils tort ?

La collectivisation de l’art me semble inique, injuste et profondément perverse : l’art est avant tout liberté de chacun, et jamais un choix collectif imposé.


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