Lamentable morice,
Voici le texte intégral.
Il est
temps, me semble-t-il, de s’attaquer à quelques clichés que l’on trouve
sur des sites d’extrême-droite mais aussi, ce qui me
dérange davantage, dans la bouche de véritables patriotes,
républicains qui plus est.
Il est
nécessaire, pour ces derniers, de ne pas se laisser emporter par la
lassitude, le découragement et la facilité devant une
immigration non régulée et le refus de s’assimiler d’une partie des
nouvelles populations arrivées sur notre sol. Je peux comprendre que,
pour certains, il soit tentant, en voyant cela, de penser
et de dire que les populations non européennes, puisqu’elles ne
s’assimilent pas, ne sont pas assimilables et de poser comme solution la
séparation nette, dans des pays différents, des
populations en fonction de leurs origines et de la couleur de leur
peau.
Or, cela
serait non seulement contradictoire avec les traditions françaises et
avec l’héritage des Lumières que nous voulons défendre
mais une erreur profonde qui conduirait à ostraciser de véritables
républicains, laïques et patriotes, dont nous avons besoin.
En effet, les valeurs héritées de 1789 sont universalistes, elles ont permis une évolution des mentalités extraordinaire,
puisqu’elles ont accouché de la première Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, en 1789, dont l’article premier dit "Les
hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les
distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune" ou du Préambule de la constitution du 27
octobre 1946 qui affirme que « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme. » ; et de la fabuleuse Déclaration des Droits de l’homme de
1793 qui est encore plus claire dans son article 3 : « Tous les hommes sont égaux par nature et devant la loi. »
Cela
revient à dire que si, au nom de l’universalisme, nous pouvons dénoncer
avec virulence l’excision, l’infibulation, le voile
ou la burka, l’esclavage et l’exploitation de l’homme par l’homme,
nous ne pouvons pas accepter de distinguer les êtres humains en fonction
de leur couleur de peau ou de leur religion. Soyons
cohérents !
Par
ailleurs, prétendre qu’une Malika Sorel, un Pascal Hilout, une Chahdortt
Djavann ou un Rachid Kaci, à cause de leurs origines ou de
la couleur de leur peau, devraient aller vivre ailleurs est une
véritable monstruosité inacceptable. Aurait-on dû refuser à Léopold
Sédar Senghor sa naturalisation, aurait-on dû refuser le
droit de passer l’agrégation de grammaire, en 1935, à ce lettré, ce
ciseleur de la langue française, et lui interdire de venir finir sa vie
en France au motif qu’il était noir ? Ces cinq
personnes sont les plus connues mais il est, en France, des milliers
de Malika Sorel ou de Léopold Sédar Senghor, qui défendent la France,
ses valeurs et ses traditions avec bien plus de
sincérité et d’âpreté qu’un François Hollande, un François Fillon ou
une Cécile Duflot !
Le véritable Français, digne de vivre en France, ne se reconnaît ni à sa couleur de peau, ni à ses ancêtres.
En quoi
le fait d’avoir des ancêtres nés en France depuis dix générations
ferait-il de vous un Français ? L’amour de la France ne se
transmet pas avec les gènes, pas plus que le statut social et l’on
peut être enfant de père et mère inconnu et être un amoureux
inconditionnel de son pays, un patriote véritable. Les véritables
ancêtres qui jouent un rôle sont ceux qui ont fait de la France ce
qu’elle est, ceux qui ont donné leur vie pour défendre une certaine
idée de la France, les révolutionnaires de 1789 qui
ont aboli les Privilèges, les Communards, les Dreyfusards, les
Résistants de la seconde guerre mondiale… ou bien ceux qui ont combattu
pour bouter les armées ennemies en 1793, en 1870, en 1914,
en 1944… Et si l’on peut être fier de compter dans ses ancêtres
directs ces libérateurs (ce qui n’empêche pas certains de leurs
descendants de cracher aujourd’hui sur le drapeau français…),
on peut être authentiquement français et fier de l’être même si ses
propres ancêtres faisaient partie des Versaillais, des collaborateurs
ou étaient Russes, Congolais ou Vietnamiens.
L’important est ailleurs.
On
ne naît pas français, on le devient, par adhésion au mode de vie, par
amour de l’esprit français et de la liberté, par amour
de la France et de son histoire, et par le sentiment, quasiment
devenu atavique depuis Voltaire, que la lutte contre l’obscurantisme
est une priorité.
Quant à
la France chrétienne… Bien sûr il n’est pas question de nier les
origines chrétiennes de notre civilisation, qui, via Rome, ont
pu, (quel beau paradoxe !) aboutir à la laïcité à la française et
même aux valeurs des Lumières comme Marcel Gauchet l’a bien montré. Mais
il n’est pas, ou plutôt il n’est plus de France
chrétienne, la France EST. Tout simplement. Comme la laïcité, la
France ne souffre pas d’adjectifs, parce que nos révolutions et surtout
l’extraordinaire loi de 1905 nous ont débarrassés (pour
toujours, croyaient les naïfs que nous sommes, mais ceci est une
autre histoire) du communautarisme religieux.
Les
Français sont en grande majorité athées, parler de France chrétienne
serait un non-sens et un retour en arrière. Cela ne doit
surtout pas empêcher les chrétiens de vivre leur foi et leur
religion dans des églises que nous devons absolument conserver,
entretenir et protéger parce qu’elles sont les témoignages de notre
histoire, de notre architecture, et de notre art, quand bien même
certaines d’entre elles seraient désaffectées. Le christianisme et les
chrétiens sont menacés dans tous les pays musulmans, alors
il est du devoir des laïques, qu’ils soient athées ou chrétiens de
défendre nos origines chrétiennes, nos fêtes, païennes ou chrétiennes et
nos traditions contre l’obscurantisme islamique qui
attaque notre pays. Que certains chrétiens aveugles s’imaginent que
grâce à l’islam la loi de 1905 pourrait être abrogée ne doit pas changer
notre façon de voir. Nous devons défendre l’ancienne
France chrétienne mais refuser de parler d’une France chrétienne,
depuis 1905, pour mieux nous défendre contre les attaques de l’islam.