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Commentaire de Morgane Lafée

sur Marche des salopes et paroles de policier : un étudiant témoigne


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Morgane Lafée 19 septembre 2011 15:10

Hommelibre,

Tout d’abord, merci d’avoir lu ces deux articles, cela prouve au moins votre bonne foi.

Sur les chiffres, je répondrai ceci :

- Si la plupart des femmes victimes de viol ne portent pas plainte, et ce pour des raisons évidentes (honte, rejet des proches dans les familles traditionnelles, peur que l’accusation ne se retourne contre soi, etc.), il est absolument logique que les chiffres soient invérifiables. Pour ma part, je prends toujours ce genre de chiffres avec précaution étant donné justement cette part d’invérifiable. Je les considère comme des estimations, si vous voulez. Ceci s’applique également pour les victimes masculines, que l’agresseur soit un homme ou une femme.

- Autre raison : la qualification de l’agression. L’un des problèmes majeurs auquel les victimes de viol se retrouvent confrontées est la déqualification du viol en agression sexuelle au cours de la procédure de justice. A partir de là, vous comprendrez bien que les chiffre puissent varier : certaines statistiques vont se baser sur la qualification au moment du dépôt de la plainte, d’autres sur la qualification à l’issue de la procédure, etc. Il est donc parfaitement possible que 75000 plaintes pour viol se transforment en 48000 plaintes pour viol, les autres étant considérées comme des agressions sexuelles. Si l’on ajoute à cela que certaines agressions sexuelles seront déqualifiées en attentat à la pudeur, ça fait encore un écart.

Mais laissons de côté les chiffres pour le moment. J’imagine que l’auteure des articles (que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, au fait, je tenais à le préciser) doit se baser sur les cas auxquels elle a été confrontée en tant que psy. Et je n’ai aucun mal à croire ses récits concernant la manière dont les victimes sont prises en charge (si l’on peut dire) par les policiers, le personnel médical, la justice. 
Pour ma part, j’ai moi-même encaissé une réaction de ce genre. A plus petite échelle parce que l’agression dont j’ai fait l’objet n’est pas allé jusqu’au viol. Et d’ailleurs je ne suis moi-même pas allée jusqu’à la plainte. Mais j’ai parlé à des policiers et je peux vous dire que je m’en souviens comme si c’était hier, même si l’affaire s’est produite il y a une dizaine d’années. C’est plus exactement au téléphone que j’ai fait le récit de mon agression. La réaction du flic ? D’abord les rires. Ensuite j’ai compris qu’il avait mis la touche haut parleur pour en faire profiter ses collègues. Puis sont venues les questions graveleuses et j’en passe et des meilleures. Tout ça pour finir par un : « vous savez, vous êtes une femme, vous vous promenez seule dans la rue donc faut vous attendre à ce que ça vous arrive ». Il ne m’a pas traitée de trainée mais il a clairement sous-entendu que j’en étais une puisque je me « promenais » dans la rue (en fait, je rentrais de l’université où je prenais des cours du soir, mais même si j’étais rentrée d’une soirée, pour moi ça ne change rien). 
Vous croyez que c’était de la prévention ? Le ton était plutôt celui de la dérision. Je suis persuadée, même si je n’ai aucune preuve pour le coup, que c’est exactement le même ton qu’a employé ce flic canadien que vous défendez. 
Trouvez-vous normal qu’un flic, dont un représentant de la loi, vous réponde cela quand vous lui faites part d’une agression ? C’est le coeur de cette histoire de marche des salopes : ces réactions qui consistent à trouver une faute chez les victimes justifiant du comportement d’un agresseur, ou du moins prenant son comportement à la légère. C’est ce qui arrive à toutes ces femmes, c’est aussi ce qui arrive aux hommes victimes (pour lesquels les moqueries ne doivent pas être tristes non plus). Selon les articles de cette psy, et ça j’étais loin de le soupçonner, ça arrive aussi aux enfants victimes.

Là où je vous rejoins entièrement, c’est dans la nécessité de reconnaître la violence chez les femmes. C’est nécessaire non seulement pour ceux qui en sont victimes mais aussi pour toutes les femmes, les petites filles, etc.
On est élevés dans l’idée que le besoin de dépense physique est l’apanage des garçons. Du coup, quand une fille se perd dans un cycle de frustration/souffrance/violence, elle est regardée comme une extraterrestre. C’est malsain. Mais vous savez, ce tabou de la violence des femmes fait partie intégrante de la mentalité patriarcale, qui réserve aux hommes tout ce qui est actif et aux femmes tout ce qui est passif. C’est loin d’être vrai, d’où l’intérêt - et là je vais me faire hurler dessus par certains - des ’gender studies« , dont le but est justement d’émettre une différence entre le genre social et le sexe biologique.
En d’autres termes, vous venez vous-même de faire un peu de »gender studies". smiley

Bonne journée.
M


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