Ces notions de Caïds font justement partie de représentations contre lesquelles lutte l’éducateur. Eduquer, c’est « conduire vers », « faire grandir », amener à devenir autonome et pouvoir « faire société », soit être suffisamment inséré dans une vie sociale. Le Caïd est en dehors de la société, il est exclu, marginalisé et souffre nécessairement de cette situation peu enviable. D’autant que l’on trouve toujours derrière des attitudes de caïds, voire de délinquance, une souffrance passée de gamin ou d’ado, des carences affectives et/ou éducatives. Le caïd n’est donc pas un exemple en termes d’éducation. C’est la relation de confiance qui s’instaurera au fil du temps qui amènera le jeune à respecter l’éducateur. Le gamin testera maintes fois les limites du professionnel qui saura alors à chaque fois poser le cadre nécessaire et structurant à la relation. Il saura écouter, encore et encore, désirer parfois pour le jeune qui n’en a pas encore la force, l’interpeller sur des attitudes de répétition dans lesquelles il peut s’inscrire, sans vraiment en prendre conscience, il saura dire non et frustrer le jeune qui découvrira ici la limite à ne pas dépasser, l’éducateur devra alors momentanément accepter d’être détesté et rejeté. Bien souvent, le jeune en difficulté n’a connu que partiellement ce type de relation éducative dans son environnement familial. Une relation basée sur l’écoute, le respect et la confiance. C’est ce que tente d’instaurer l’éducateur spécialisé qui devient alors « substitut » partiel et temporaire de l’environnement familial du jeune. L’idéal est que l’intervention éducative soit la plus courte possible, pourtant, il faut parfois des années pour aperçevoir un début de changement chez le jeune. tel est le paradoxe de l’acte éducatif.
I.B.B.