Votre analyse du programme de Marine Le Pen est fausse : maurassienne, Marine ne l’est point puisqu’elle n’est ni monarchiste ni fédéraliste. Qu’elle soit opposée à l’influence allemande sur la France comme Maurras, cela est certes vrai, mais Montebourg l’est aussi. Cela en fait-il un maurrassien ?
Certes, Marine le Pen est pour un Etat strictement laïc et neutre, ce qui correspond à l’idéal étatique libéral ; elle est aussi pour la croissance, qui est la panacée des libéraux ; mais dans la mesure où elle prône un rôle actif et même foncièrement dirigiste pour l’Etat, une morale républicaine à l’ancienne et la préservation de la protection sociale et des services publics, elle s’écarte complètement — et à mon avis de manière décisive — du modèle minimaliste et amoral du libéralisme, sans parler de son plaidoyer pour un rétablissement des frontières, claque formidable au dogme du libre-échange cher aux sectateurs d’Adam Smith. Rien n’est plus étranger au libéralisme que le protectionnisme et la priorité nationale préconisées depuis toujours par le FN.
Bref, caractériser le programme du FN comme libéral est totalement erroné. Prétendre qu’il n’est socialiste, c’est-à-dire soucieux du sort des petites gens que de nom, c’est vous livrer à une analyse déconstructionniste qui ne s’appuie sur rien, si ce n’est sur des soupçons. Quant à affirmer et le libéralisme du programme marinien et son rattachement à la pensée de Maurras, cela est franchement grotesque. Comment peut-on être maurrassien, donc monarchiste, et libéral à la fois ? Un tel amalgame montre que vous êtes un magister asinorum en ce qui concerne la connaissance des idées politiques.
Qu’on se le dise : Jean-Marie Le Pen a commencé comme poujadiste, c’est-à-dire comme défenseur des petits commerçants ; il est tout à fait normal que sa fille ait fini par épouser la cause des ouvriers, des agriculteurs et des marins-pêcheurs (par pur électoralisme, cela va sans dire !). D’autant que la Gauche a abandonné les classes laborieuses au profit des minorités ethniques et sexuelles.
Aujourd’hui, le combat du socialisme, que cela plaise ou non, c’est du côté des populistes, des défenseurs du peuple, qu’il se livre. Or populiste, voilà la vraie étiquette de Marine Le Pen : elle défend le peuple au nom d’une morale élémentaire et du patriotisme contre le libéralisme sauvage, immoral et cosmopolite des partis de gouvernement.
Je recommande à tout le monde de lire les ouvrages du philosophe Jean-Claude Michéa pour bien comprendre le divorce entre la gauche et le socialisme, ainsi que la vraie nature du populisme.
Enfin, laissez-moi vous dire une chose : à quoi sert d’appeler les lecteurs à abandonner les attaques ad hominem à la Caroline Fourest et à étudier le programme du Front national, si c’est pour l’invalider au nom d’un déconstructionnisme facile et de mauvais aloi ? Un parti politique comme le FN a parfaitement le droit d’ajuster sa pensée en matière d’économie dès lors que les circonstances changent. Sur le fond, les idées restent les mêmes, à savoir l’attachement à la France, contre le cosmopolitisme mercantile.
Que le patriotisme ne semble pas rimer pour vous avec socialisme, montre seulement votre mauvaisse connaissance du socialisme. Jaurès était patriote (et mystique) ; Hugo Chavez est socialiste, patriote et chrétien. Donc, je peux être pour un Etat fort et dirigiste et aimer ma patrie (et même ne pas vouloir imposer une religion aux autres, ce qui est très libéral). C’est ce qui s’appelle ne pas avoir l’esprit de système, c’est-à-dire avoir du bon sens et avoir le sens du temps, réagir en homme d’Etat et non en idéologue.
Marine Le Pen, c’est une pensée vivante.