J’ai une question à vous poser.
Mettons que votre dépression ait donc semblé être sans raison, c’est bien ça ?
En ce cas, cela vous est-il arrivé, dans un moment de grande douleur, mettons-y une majuscule, Douleur, de ressentir aussi, en vous regardant dans cette Douleur, tout de même pas ordinaire, pas banale, une sorte de fierté, de contentement, allez, de jouissance.
Car si nous posons que Beethoven ou Mozart ou Jésus, ou Jacques Brel ou Renaut Séchan, ou Primo Lévi ou Napoléon à Sainte Hélène ou Hugo à Guernesey ou Roméo ou Abélard, Dostoïevski, ont ressenti des moments de Douleur et que ces moments les aient donc placés en dehors ou au-delà de l’espace commun, ne sommes-nous pas tentés de les rejoindre dans cet enfer et de ressentir du plaisir en ressentant enfin la Douleur ou la succion de la mort ?
Enfer d’où ils sont entrés parfois quasiment volontairement, parfois involontairement, mais d’où ils sont souvent sortis et surtout qui les aura grandis, qui leur aura apporté un nouvel Oeil.
Pour peu que nous ayons plus ou moins conscience de ce fait. Pour peu que nous ressentions comme une envie de fraterniser ou communier avec ces personnalités dotées de ce troisième Oeil qu’on acquiert qu’en Enfer, pour peu qu’au nombre de ces Revenants il s’y trouve quelque ancêtre ou parent, nous nous retrouverions alors devant deux options.
Soit nous nous dirigerions assez franchement vers cet enfer pour les y retrouver (Alors que je doute que nous ayons envie de les retrouver au paradis, paradoxalement)
Soit nous profiterions de chaque passage vraiment involontaire en Enfer pour nous y attarder un peu et y contempler la Douleur.
Je suis bien en train de dire que tout compte fait, l’Enfer bourré de sentiments intenses nous attire bien plus que le Paradis ataraxique.
Je sais que je suis en train de raconter là quelque chose d’étrange qu’à ma connaissance personne n’a jamais dite et j’aimerais beaucoup avoir votre avis dessus.