Vos préjugés vous égarent mais je pense pouvoir vous ramener à ma juste question
Je ne sous-entends pas « qu’un dépressif devrait s’expliquer sur la raison de son mal comme si quelque part, il avait choisi de l’être »
Non, selon moi, dans toutes les sortes de dépression (avec ou sans raison apparente) la chose est essentiellement subie. Reste à déterminer ce que l’Homme fait de ce qu’il subit, et d’abord s’il en fait quelque chose (volontairement, involontairement, c’est à voir après encore)
Du côté des déprimés suite à la perte d’une bien-aimée, je ne me vois pas leur demander de s’expliquer sur leurs raisons.
Du côté de ceux qui semblent déprimés sans raison, je ne me vois pas non plus leur demander de s’expliquer sur leurs raisons.
Je ne suis pas du tout intéressé par les raisons sur ce fil et je n’ai jamais dit vouloir les connaître.
Je ne m’intéresse ici qu’aux sentiments, émotions, ressentis et selon le pré requis issu de mon expérience que les sentiments ne sont pas forcément fait d’une seule pièce d’une seule couleur.
En particulier, j’explore la Douleur qui me semble moins monolithique qu’on semble le croire. Il me semble qu’elle pourrait comporter des facettes paradoxales.
Je questionne les dépressifs du deuxième groupe pour leur demander de bien réfléchir à ce qu’ils ressentent. Une intense Souffrance, en première lecture et explicitation c’est évident. Mais ne remarquent-ils pas, en se regardant Souffrir (Se regarder me semble important dans cette histoire), qu’ils éprouvent concomitamment, en arrière plan, une sorte de contentement. Ce contentement né de la Douleur ne pourrait pas se comparer au contentement né de l’abondance. Non, il s’agirait d’un contentement bizarre ne pouvant surgir que dans une intense Douleur (et cela sans rapport aucun avec le masochisme) et d’essence strictement intellectuelle (Où il me semble qu’il faut tout de même avoir à la base une sorte d’envie de communier avec ceux qui, avant nous, ont la réputation d’avoir beaucoup souffert ; Je répète qu’on ne s’y sent pas seul mais au contraire dans la meilleure des compagnies)
Comme vous semblez très étonnée, je vous ramène à des cas finalement très ordinaires où l’on pleure de joie d’avoir réussi un examen qu’on croyait avoir raté.
Pleurer de joie, ne se produit en fait que lorsqu’une annonce heureuse survient à la suite d’une impression de défaite certaine. Ce qui se passe alors est tout de même plus étrange, moins linéaire et facile à expliquer que le banal fait de pleurer face à une perte avérée.
Je suis curieux de fouiller ces sentiments doubles et paradoxaux
Pendant longtemps, comme tout le monde, j’ai cru ne ressentir, à l’occasion, que de la douleur, sans mélange. Puis, un jour de Douleur, j’ai découvert quelque chose d’autre qui vacillait certes assez faiblement mais qui était vraiment inverse. Au point que j’ai été surpris et que j’ai eu envie d’y retourner pour revisiter cet étrange espace que je n’avais jamais perçu jusque là. Hélas cette visite très spéciale ne peut pas se commander et je suis bon pour devoir attendre la prochaine occasion.
Pour le dire autrement. Si Jésus en était resté au banal sentiment de Douleur pendant qu’il étouffait sur la croix, il n’aurait pas été ce personnage fabuleux. Il a fallu qu’il ressente une sorte de contentement qu’il a exploité, développé au maximum pour finalement nous sourire, nous bénir, nous caresser, (sans exclure ses bourreaux) et cela très paradoxalement.
Si de l’homme on ne remarque pas les paradoxes et à quel point ils sont capitaux, on n’a aucune chance d’en comprendre les profondeurs.
J’envisage que les « déprimés sans raison » ne ressentent pas ce fantôme de contentement au-delà de leur Souffrance. Mais sait-on jamais. Je dois tout de même le vérifier en les interrogeant précisément.
(Dans la joie aussi, j’ai découvert la concomitance de sentiment inverse, eux aussi situés sur un arrière-plan difficile à saisir)