Bonsoir Vincent,
encore une autre contribution intéressante. C’est pour ce genre d’article que je continue de fréquenter agoravox.
Au delà du constat amer mais juste de la soumission - et donc trahison - du politique à la finance, la question qui me taraude est : comment s’en dépêtrer ?
Je pense que les solutions frontales du style révolution ne fonctionneront pas. Comme vous le dites, elles seront récupérées par les nouvelles élites, dans lesquelles se retrouveront une partie des anciennes. Et puis, pour dire vrai, personne ou presque ne trouverait à redire à notre monde actuel s’il ne menaçait de précariser une grande partie d’entre nous. Le feu de la révolte et la soif de justice ne sont pas nos motifs principaux, mais plutôt l’insécurité et l’appréhension face à un avenir potentiellement cataclysmique.
Une solution élégante quoique tragique serait l’engloutissement immédiat de Wall Street et de la City au fond des océans. Le carcan se relâcherait probablement d’un coup, mais c’est mettre le destin et la nature à très forte contribution pour résoudre nos problèmes.
Ma solution serait donc également une espèce de bifurcation insidieuse vers une nouvelle forme de communautarisme, la recréation de petites unités sociales, relativement autonomes, capables de se débrouiller en cas de besoin, de produire de la nourriture et de l’énergie. Des gens qui cohabitent et s’épaulent mutuellement, à l’ancienne mode. Ces unités, semblables à des kibboutz spontanés, imbriqués dans la société actuelle, se caractériseraient par la solidarité de ses membres, leur allégeance à une charte d’entraide mutuelle, un idéal d’autonomie et d’adaptation aux défis de notre monde en pleine mutation. On y partagerait des ressources techniques, domestiques, culturelles, des expertises diverses, professionnelles. Bref, on recréerait un esprit de communauté à petite échelle où rendre service ne serait pas une corvée mais un art de vivre, un maillage social.
Qu’est-ce qui pourrait motiver un tel conte de fée ? Simplement le constat que nos concitoyens crèvent de leur solitude, de leur inexistence, de n’être que des rouages anonymes, rapidement oubliés, rapidement remplacés. Que le drame de notre monde actuel est d’abord de détisser la trame des liens sociaux en prônant l’individualisme forcené, le consumérisme égoïste, le paraître et l’avoir plutôt que l’être. Combien de personnes ne seraient-elles pas profondément soulagées de savoir qu’elles peuvent compter sur l’aide de la tribu ? Combien de personnes ne seraient elles pas libérées de pouvoir enfin exister en agissant pour autrui, en agissant pour la communauté, en construisant de la sorte leur propre sécurité ?
Peut-être au travers des épreuves qui nous attendent, nous et les générations futures, cet esprit va-t-il renaître, et l’animal social que nous sommes, retrouver une vie plus conforme à son épanouissement.