Chère Vani
Shert,
Adversaire déclaré et remarqué du communautarisme
(voir dossier sur Asnières sur Seine), j’ai bien noté vos remarques
et votre analyse sur l’article qui a lancé ce fil.
Il me
semble qu’une confusion s’est induite d’elle-même qui amène à un
débat tronqué, vicié, car les mots doivent être précis quant à
leur usage.
A première vue démocratique et républicaine,
l’existence en France, légale et protégée par les lois de la
République, de centaines d’associations de ressortissants étrangers
ne semblent pas être du communautarisme, au sens de vecteur
politique destructeur de la République une et indivisible. Au
contraire, il semble que cela renforce le lien social autour de la
République, par delà les différences, mais sans les nier, ni nier
les problèmes particuliers.
Entre un regroupement naturel de
gens de même origine, à des fins culturelles et/ou politiques liées
à leurs problèmes propres, exemple les associations d’originaires
des DOM-TOM, et une volonté communautariste, il existe un
fossé que nul ne saurait franchir à partir de pré-supposés.
Le
problèmes posé, me semble-t-il, est celui, plus fondamental, du
lien entre République et multiculturalisme, à savoir l’intégration
fortifiante au sein de la République de toutes les cultures
existantes dans la société afin de faire de la République la
« CHOSE DE TOUTES ET TOUS ».
Plus encore, cela pose en
arrière-plan la question d’une possible confusion entre UNITE de la
République et UNICITE des citoyens, ce qui aboutirait à un vrai
processus de dislocation de la République.
Ainsi, les radicaux
régionalistes sont, à mon sens, des vrais communautaristes qui
tendent à disloquer la République car ils ont une vision
identitaire exclusive des autres citoyens.
Cela n’est à l’évidence
pas le cas des populations asiatiques en France qui ne visent
qu’a s’intégrer dans la République, avec leurs particularités
culturelles dont elles ne font pas une demande identitaire exclusive
des autres.
Aussi, il me semble que
le débat sur ce fil, riche et dense en échanges de qualité, est né
sur une confusion entre organisation naturelle légitime sur des
revendications légitimes et tendance à un communautarisme
identitaire, lequel est ici une absurdité manifeste.
Ma crainte est que, à
crier ainsi, à tort ici, au communautarisme, on ignore et nie les
différences naturelles objectives des problèmes au sein d’une
société multiculturelle, et que, ce faisant, on en arrive à
générer des réactions à l’inverse du but recherché.
Par ailleurs, si on
refuse le droit d’une partie de la population à s’organiser selon
ses besoins propres, c’est la base de la République qui est mise à
mal.
Ici réside le danger de
la confusion entre structure collective spécifique et structure à
buts identitaires.
Pour les populations
asiatiques, les revendications ne sont ni identitaires, ni exclusives
des autres citoyens, ni antagoniques à la République, elles
s’intègrent à elle et entendent y faire participer pleinement, sous
une forme libre, une population diverse en forte croissance.
Le refus d’entendre ces
demandes, ou leur marquage au fer rouge d’un communautarisme ici
totalement fantasmé, est par contre un danger pour l’avenir dans un
pays en crise.
Telle est ma libre
contribution de citoyen libre à un débat que cet article ouvre sans
le fermer aussitôt au motif de craintes légitimes, mais ici
infondées.
Comme le disait une amie
universitaire qui connaît bien l’Asie et ses populations en France :
« le
communautarisme se nourrit des réactions inadaptées de la
République aux problèmes des populations migrantes ou, pire, de
leur refus d’en tenir compte. Il recule et meurt quand la République,
confiante en elle, accepte tous ses enfants avec toutes leurs
différences naturelles, à égalité de droits et de devoirs ».
Bien cordialement