(suite)
C’est très curieux que les autorités, en réagissant à nos actions, ne
tiennent absolument pas compte de l’expérience historique passée des
manifestations d’hétérodoxie, d’anticonformisme. “La simple honnêteté est
perçue dans le meilleur des cas comme de l’héroïsme. Et dans le pire, comme un
trouble psychique », écrivait dans les années 70 le dissident Boukovski.
Il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps et pourtant tout le monde fait comme
si la Grande Terreur n’avait jamais existé, ni les tentatives de s’y opposer.
Je considère que nous sommes accusées par des gens sans mémoire. Nombre d’entre
eux disaient : « Il est possédé du démon, et Il a perdu le sens ; pourquoi
l’écoutez-vous ? » Ces paroles, ce sont les juifs qui ont accusé Jésus
Christ de blasphème qui les ont prononcées. Ils disaient : « Nous vous
lapidons pour un blasphème » (Jean 10.33).
Il est remarquable que c’est précisément ce verset auquel fait référence
l’église orthodoxe russe pour exprimer son avis sur le blasphème. Cet avis est
dûment certifié sur un document versé à notre dossier criminel. En émettant cet
avis, l’église orthodoxe russe se réfère à l’Evangile comme à une vérité
religieuse immuable. L’Evangile n’est plus considéré comme un livre révélé, ce
qu’il fut pourtant dès l’origine. L’Evangile est considéré comme un bloc de
citations qu’on peut tirer et fourrer où bon vous semble. Dans n’importe quel
document et à toute fin utile. Et l’église orthodoxe russe ne tient même pas
compte du contexte dans lequel est employé le mot « blasphème ». En
l’occurrence, il était appliqué à Jésus Christ.
Je considère que la vérité religieuse ne doit pas rester immobile. Qu’il est
indispensable de saisir les voies immanentes pour l’évolution de l’esprit. Que
les expériences de l’homme, ses dédoublements, ses fissurations doivent être
pris en compte. Qu’il faut avoir vécu toutes ces choses pour se construire. Que
c’est uniquement après avoir vécu tout cela que l’homme peut atteindre quelque
chose et continuer à avancer. Que la vérité religieuse est un processus, et non
un résultat définitif qu’on peut fourrer où bon vous semble. Et toutes ces
choses dont j’ai parlé, ces processus, sont pensés par l’art et la philosophie.
Y compris par l’art contemporain.
Une situation artistique peut, et se doit selon moi, comporter un conflit
intérieur. Et je suis particulièrement irritée par toute cette « soi-disance »
qui émaille les paroles de l’accusation lorsqu’elle mentionne l’art
contemporain.
Je tiens à remarquer que les mêmes termes ont été employés lors du procès du
poète Brodsky. Ses vers étaient désignés comme des « soi-disant » vers, mais
les témoins ne les avaient pas lus. Comme une partie des témoins de notre
procès, qui n’étaient pas présents lors de notre action, mais qui ont regardé
le clip sur Internet. Il est probable que nos excuses soient également
présentées par l’esprit généralisateur de l’accusation comme « soi-disant ».
C’est une insulte. C’est un préjudice moral. C’est un traumatisme. Parce que
nos excuses étaient sincères. Vous n’imaginez pas à quel point je regrette que
tant de paroles aient été prononcées et que vous n’ayez toujours rien compris.
Ou alors vous rusez, quand vous dites que nos excuses n’étaient pas sincères.
Je ne comprends pas ce que vous voudriez encore entendre. Pour moi, c’est ce
procès qui est un soi-disant procès.
Et je n’ai pas peur de vous. Je n’ai pas peur du mensonge, je n’ai pas peur
de la fiction, je n’ai pas peur de cette mystification mal fagotée, je n’ai pas
peur du verdict de ce soi-disant tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver
que d’une soi-disant liberté. C’est la seule qui existe sur le territoire de la
Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l’enlever.
Elle vit dans le verbe, elle continuera à vivre quand elle parlera grâce aux
milliers de gens qui l’écouteront. Cette liberté continue dans chaque personne
qui n’est pas indifférente et qui nous entendent dans ce pays. Dans tous ceux
qui ont trouvé en eux les éclats de ces processus, comme autrefois Franz Kafka
et Guy Debord. Je crois, que c’est justement l’honnêteté et la puissance de la
parole, et la soif de vérité qui nous rendront tous un peu plus libres. Cela,
nous le verrons.
Maria Alekhina, 8 août 2012,
traduction Helmut Brent"
Je sais c’est une grosse tartine mais ça vaut le coup de le lire jusqu’au bout, Maria est étudiante en journalisme, en littérature et militante écologiste. Donc, ça m’étonnerait que ce soit la CIA qui ait écrit un texte pareil. Ariane arrête de propager des conneries d’extrême droite + ou moins ésotériques, écris des choses un peu plus sérieuses si tu en es capable, ce dont je doute...