Salut Damian ...
Joli papier décidement. Une vraie plume, un vocabulaire très riche ... J’avoue n’avoir pas votre verve et votre talent pour enflammer un lecteur. pensez quand même de temps en temps à quel point il peut être humiliant d’aller chercher un dictionnaire pour trouver le sens d’un terme aussi commun que polysémique ...
Pour l’essentiel, je trouve votre papier enthousiasmant. Vous donnez envie d’aller voir la pièce, vous brulez pour le talent de Hanecke, sa capacité à débarasser Don Juan des oripeaux que les siècles ont déposé sur ses épaules et son front. Quelle éloquence est la vôtre pour nous faire partager votre analyse des inspirations du metteur en scène, inspirations artistiques majeures s’il en est.
Je reste pourtant sur ma critique première. j’aurais été ravi de voir le spectacle dont vous parlez vous même, avec un raccourci qui est révélateur : « DonGiovanni de Hanecke ». Voila un spectacle qui eût été, n’en doutons pas, fantastique.
Malheureusement, j’étais parti pour voir « Don Giovanni de Mozart » mis en scène par Hanecke. Ce qui n’a rien à voir. C’est peut être faire preuve d’intransigeance ou de purisme, mais j’ai toujours du mal à admettre qu’un artiste, quelque talentueux qu’il soit, se permette de prendre l’oeuvre d’un autre, de la tordre, de la briser pour la recoller selon son point de vue. Il y a là pour moi une malhonneteté intellectuelle, qui pousse parfois à la paresse - ou l’indigence.
Car enfin, le personnage de Don Juan appartient à tous. Tellement ont écrit, joué, chanté avec lui. Plutot que de prendre une oeuvre existante et la dénaturer, n’était-il pas plus passionnant de faire VRAIMENT un « Don Giovanni de Hanecke » ? Comment parler de respect du travail de Mozart quand notre héros maudit finit sous les coups de Donna Elvira, qui doit dire juste apres « j’ai cru voir une ombre » ...
Non Décidement, Damian, votre plume ne me fera pas changer d’avis. Hanecke s’est aventuré au delà d’une mise en scène intelligente et brisant les codes visuels de l’opéra mozartien - ce que j’aurais aimé, vraiment - , il a trafiqué et dénaturé une oauvre qui ne lui appartient pas. Et le tout, sans prévenir son public. Avec un tel travail, j’aurais préféré ne pas entendre parler de Mozart. j’aurais sans doute apprécié l’oeuvre pour ce qu’elle était, une vision très personnelle d’un personnage mythique, à 100 lieux du personnage Cher à Amadeus.
Manuel Atréide.