Eric Gueguen
Je vous reconnais le goût du débat.
Et c’est tout l’intérêt de celui-ci de nous
forcer à trouver des arguments, et à tenter d’exprimer notre pensée de la façon
la plus pertinente.
En se sens il est toujours intéressant de trouver des
personnes d’un avis opposé au sien. Le monde serait infiniment triste s’il n’y
avait pas une pluralité d’opinions.
Depuis la Grèce antique, la démocratie
s’est enrichie de tout ce vivier.
A propos de l’article, et pour continuer à parler de la Grèce, reconnaissons
que l’auteur a ouvert une boite de pandore ; les questions qu’il pose s’ouvrent
sur d’autres, comme autant de poupées gigognes. Cependant il faut un moment le
circonscrire, si l’on ne veut pas finir par parler de tout et de rien, et c’est
pourquoi je ne vous répondrais pas sur des questions, comme celles de
l’euthanasie et de l’avortement, des questions qui n’ont pas grand chose à
voir.
Tout de même, je travaille dans le secteur hospitalier, et j’ai suffisamment de
contact avec la souffrance, la mort et la misère humaine, pour éviter de passer
par perte et profit un homme. Qu’un médecin puisse donner la peine de mort me
semble une aberration, une trahison du serment d’Hippocrate.
Sans doute ce débat peut déboucher sur d’autres, comme
autant de poupées gigognes, d’une façon endémique, mais il me semble alors que
le risque est grand de se perdre, aussi mieux vaut il circonscrire sa pensée.
C’est pourquoi je ne vous répondrais pas, quand à l’euthanasie et à
l’avortement, des problèmes qui n’on pas grand chose à voir.
Tout de même, travaillant dans le secteur hospitalier, je suis assez concerné
par la misère humaine sous toutes ces formes, pour ne pas débrancher quelqu’un
et le passer par perte et profit, en vertu de mon sens des valeurs. S’il y a
une chose que je ne peux reconnaître à l’homme, c’est bien son droit de vie et
de mort sur ses semblables. Qu’un criminel le fasse ne m’autorise pas à
l’imiter.
Je préfère d’autres professeurs.
Sans nul doute on peut travailler en amont, au niveau de la
prévention.
Il existe des sociétés criminogènes. Un individu obéit à des
interactions. De la société Londonienne, victorienne, où les morts jonchaient les
bas quartiers du west end, à la société américaine et son taux de passages à
l’acte accablant, juste dépassé par les mexicains maintenant qui ont transformé
certaines villes en jungles urbaines, la vie ne tient plus à grand chose,
surtout pour les pauvres, ceux qui n’ont pas de soutien, d’argent, d’avocat.
Certains criminels notoires seront transformés en victimes, alors que des
pauvres bougres passeront rapides au peloton d’exécution.
Inutile de préciser
que les erreurs judiciaires sont légions, mais pourquoi s’embêter, les têtes ne
repoussent pas quand elles sont tombées à terre, et ne protesteront plus. En
tout cas elles serviront à se rassurer, à se donner une posture.
Ce n’est pas
pour rien que les pires régimes totalitaires sont partisans de la peine de
mort ! Une fausse solution à de vrais problèmes, tant il est vrai que la
criminalité interroge. Mais on n’arrête pas la caravane publicitaire du tour de
France !
La peine de mort rassure les braves gens, fait gagner des
voix aux élections. Frottez les dans le sens du poil, c’est sûr que ça marche ! Il suffit de lire les commentaires pour s’en persuader, pour ceux qui en doutaient...Un cervelet semble pour beaucoup suffire à remplacer un cerveau
.Les américains font très fort dans cette surenchère. Il est reconnu que
l’immense majorité des pauvres diables qui s’agitent à Guantanamo, entravés
dans leur combinaison orange, n’ont jamais été des combattants de l’islam. Et
alors ? L’important est de montrer une image du mal ! Le vieux truc
du bouc émissaire sur lequel on peut passer ses nerfs !
Il faut lire « L’homme qui rit » de Victor Hugo,
où il parle de ces pendus que l’on voyait de loin quand on approchait les cotes
anglaises, il y a deux siècles. Se balançant au bout d’une corde, au grés du
vent, un corbeau sur la tête, leur corps enduit de goudron pour les conserver
un tant soi peu, mettait des années pour se décomposer. Leur rôle était de
mettre en garde les trafiquant, criminels de toutes espèces. Ca marchait pas forcément , mais ça évitait de faire des lois sociales.
Formidable Victor Hugo, soit dit au passage, lui qui fut
royaliste à vingt ans, avant de finir républicain acharné et opposant à la
peine de mort. Il faut lire aussi son formidable « dernier jour d’un
condamné à mort ».
Tout de même pas un rêveur, ce vieux sage.
Je ne vous suis pas trop dans votre volonté de comparer un
combattant et un condamné, tant il me semblent qu’ils sont à l’exacte
opposition l’un de l’autre.
Maquisard du Vercors, soldat de l’an un, soldat grec donnant
leur vie dans le combat des Thermopyles, tous étaient animés d’une volonté
d’engagement et de refus. Ils étaient dans la transcendance, ayant dépassé la
défense de leur vie propre.
Les animaux sont eux aussi animés de cette forme de
don, quand une mère donnera sa vie pour défendre ses petits plutôt que de se
sauver. Ce sont des choses qui nous rapprochent du sacré : Un homme donne
sa vie pour une société.
Rien à voir avec le diktat qui fait qu’une société va
prendre la vie d’un homme, lui retirant toute humanité, et s’octroyant un droit
divin !
Un peu long sans doute,
cordialement