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Commentaire de L’Ankou

sur L'invention du Père Noël : Le hold-up du néolibéralisme et la désymbolisation du monde


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L’Ankou 1er janvier 2013 17:25

Merci à vous, Piere Chalory, pour ces explications lumineuses.

Je m’en tiens, quant à moi, à une approche qui privilégie la théorie des quanta pour expliquer l’ubiquité du personnage. Ceci justifie incidemment les fameux quantiques de noël. Je soupçonne son traineau d’être tiré par des rennes zombies, ni vivants ni morts, de l’espèce « renne de Schrödinger ».

Merci, aussi, au passage, au professeur Chitour pour la présentation fort érudite de la controverse sur la date et même l’année de la naissance du Christ, ainsi que sur la déchristianisation progressive de Saint Nicolas en Père Noël, jusqu’à la fixation progressive de sa légende, de son apparence et de ses attributs, avec le concours d’une multinationale américaine.

Pour le reste de ses propos j’ai quelques réserves.

On nous avait effectivement annoncé la fin du monde pour le 21 décembre 2012, date marquant la conjonction de plusieurs phénomènes cycliques dont le solstice d’hiver. Le solstice revient tous les ans, mais la conjonction, à ce que j’ai compris, tous les 26000 ans seulement. Quelques Cassandre ont profité, cette année de la conjonction pour exister socialement et médiatiquement le temps d’une prédiction apocalyptique. La plupart des autres s’en sont amusé, faisant le calcul qu’une telle prédiction n’apporte que déconsidération si elle ne se produit pas, et encore moins d’avantages si elle se réalisait. Cela a meublé les JT. Toujours ça de pris.

Pour ne parler que du solstice, sa récurrence est connue depuis des millénaires et a probablement été observée par la première espèce intelligente de la planète capable de marquer d’année en année l’endroit de l’horizon où le soleil se lève et de voir que les jours rallongent à partir de cette date. Après, il suffit de savoir compter jusqu’à 365 et d’opérer un petit correctif les années où ça tombe à côté. C’est dire si cette science est ancienne, les premiers homo sapiens la tenant peut-être même des différents hominidés à qui ils ont succédé.

Pour les controverses calendaires, j’avance donc l’hypothèse que la seule date certaine est celle du phénomène astronomique qui non seulement se produit tous les ans, mais détermine même la définition de l’année. Les dieux disposant d’un minimum de jugeote, comme Perséphone, auront nécessairement fait coïncider leur légende, ou la naissance de leur prophète ou de leur messie avec cette date, correspondant également avec le début de l’année. Seuls les peuples peu épris d’astronomie rigoureuse ou plus soucieux de mysticisme que de science exacte auront laissé dériver leurs calendriers jusqu’à, à coup de réajustements approximatif, fêter le début d’année, le solstice et l’anniversaire de l’incarnation de leur Dieu à des dates différentes.

Ça leur va assez bien d’ailleurs : quand la réalité ne coïncide pas avec leur conviction, c’est cette dernière qui prévaut sur l’objectivité pragmatique : « on a dit que c’était 365 jours et, disons, 6 heures. On l’a même marqué quelque part. Alors si c’est marqué, c’est que c’est vrai ! Les écrits, c’est sacré ! C’est eux qui comptent ! Si le Monde ne tombe pas juste, c’est que le Monde n’est pas vrai ! C’est bien la preuve qu’il y a un autre monde, non ? Vous n’allez quand même pas faire confiance à un monde trompeur, alors qu’on a des écrits avec des calculs qui tombent juste ! Voilà ! ». Effectivement, quelle serait la valeur de la Foi, si elle se laissait désarçonner bêtement par le réel ? Un vrai croyant n’est-il pas capable, quand il a tort, de se convaincre qu’il a raison quand même ?

Sans aucun lien avec ce qui précède, bien sûr, parlons des chrétiens, fraction récente de l’espèce humaine, qui ont, depuis les deux petits millénaires de leur apparition, détourné l’essence originelle de cette fête de l’hiver, en supplantant la symbolique des rites païens, par leur commémoration de la naissance d’un homme conçu d’invraisemblable façon.

Si hold-up il y a, c’est ici qu’il débute. Maintenant largement révélé, il invite à revenir à une fête plus universelle et plus laïque. Cela se fait dans un contexte de mondialisation néolibérale qui pourrait instaurer un rapport causal dans l’esprit des sots.

Dès lors qu’il s’agit, notamment, de faire plaisir à ses proches par bonne chère, cadeaux, chants, danses, et libations diverses, la fête donne lieu à des échanges économiques, les uns en tirant, certes, un profit financier, les autres, en contrepartie, la joie d’offrir, de prendre des kilos entre amis et le risque de perdre des points sur leur permis de conduire. On peut supposer néanmoins qu’il y a profit réciproque, assez librement consenti. Ah, quels salauds, ces néo-ultra-hyper-libéraux !

On ne s’étonne guère que le clergé s’offusque de ce que le hold-up auquel il s’était livré quelques siècles plus tôt, se réitère à son détriment. On dira qu’il y a néanmoins quelque justice à ce retour de bâton, qu’on se gardera bien de qualifier de « justice divine ».
« Noël, Halloween, tout est bon pour le néo-libéralisme pour extraire de la valeur quand bien même il s’agit de l’espérance de milliards d’individus ». Vous êtes gentil, professeur, mais vu son ancienneté, le coupable que vous décrivez n’est pas le néolibéralisme mais juste le commerce. Salauds de commerçants !

Je rappelle à tout hasard que « la civilisation humaine telle que nous la connaissons depuis les premiers villages édifiés, il y a 10.000 ans » n’a découvert l’électricité, le four micro-ondes et le téléphone portable que très récemment. Salauds d’inventeurs !

On n’en revient pas qu’on laisse tous ces salauds plonger l’humanité dans « la décadence planétaire des valeurs et de la dignité humaines ».
A propos, dites, professeur Chitour, vos villageois irakiens d’il y a dix mille ans, n’auraient-ils pas préféré être la proie du marché que de prédateurs moins fantasmatique, comme les lions qui, eux non plus, « ne laisse(nt) pas intact l’individu ». Dites-moi qu’ils n’étaient pas « rendus fragiles par un quotidien sans perspective ». Dites-moi qu’ils ne s’accrochaient pas désespérément « à tous les ersatz de plaisir » en n’ayant que foutre de « leur dimension symbolique ». Dites-moi que, la vie villageoise assurant bientôt assez de sécurité et de perspective de survie raisonnable pour cela, ils n’ont pas commencé dès cette époque à œuvrer pour une époque où le plaisir puisse « devenir une priorité ».

C’est à se demander s’il n’est pas grand temps de fermer cette malheureuse parenthèse de mysticisme spiritualiste, pour revenir aux saines valeurs du réel. Désymbolisation, dites-vous ? Moi, ça me va ! Je signe où ?

Que vous présentiez notre histoire récente comme une apologie de l’égoïsme, avec tous ses effets pervers sont la précarisation et certaines formes de superficialité, moi, je suis d’accord. Mais n’est-il pas un peu déraisonnable d’émousser vos arguments anti-individualistes, contre une fête qui, devenu païenne, a justement pour objet de faire des cadeaux aux autres ? Ou est-ce qu’on n’a pas la même définition de l’égoïsme ?
J’avoue aussi mon incompréhension, professeur Chitour, quant à celle de vos lectrices qui pousse sa compréhension des évangiles jusqu’à faire carême à Noël. Il me semble que le philosophe mystique qu’on appelle Jésus prônait surtout le partage et moins l’appauvrissement matériel, sinon comme conséquence du partage. Or, le monde me semble meilleur si l’on partage les richesses et pas la misère, mais enfin, c’est chacun sa lecture. Pour moi, une fête du don me semble plus conforme à sa philosophie qu’une fête de jeûne. Et s’il fallait pratiquer les deux pour attiser ses sentiments de solidarité, autant faire le jeûne en son temps calendaire.

Vous finissez par indiquer que « le Père Noël n’est pas un mensonge : c’est une légende, un mythe », alors même que vous l’inscriviez quelques lignes plus haut, comme marqueur de la désymbolisation du monde. Et comme vous le dites, « C’est peut être l’un des derniers repères symbolique », à quoi l’on croît dans une période limitée de sa vie… Pour la suite, c’est Pierre Desproges qui prend le relai des citations : « L’enfant croit au Père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote. »

Bien à vous,
L’Ankoù


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