Ce que vous appelez accréditer le cliché c’est ici le prendre tel qu’il est, l’exposer et le démonter ! C’est un procédé qui en vaut d’autres : on ne critique que ce que l’on expose.
Du coup c’est sur ce que j’expose qu’il vaut mieux se concentrer et ce que vous en dites...accrédite, en revanche, par bien des côtés le cliché du corporatisme que je dénonce.
il y a déjà cette facilité qui consiste à borner le périmètre de la problématique aux seuls salaires avant d’y introduire la concurrence entre tel ou tel, le luthier contre le prof ! Cela participe de l’idéologie qui cible et divise entre eux les salariés pour faire oublier les revenus de ces « professions » qui ont nom manager, actionnaires, PDG, etc. Lesquels revenus nous serine-t-on, en musique plus ou moins sirupeuse depuis au moins les années 80, ne sont que broutilles si on les rapporte aux énormes coûts du travail. On oublie au passage de poser la question de la non-transparence desdits revenus, de la fraude fiscale, etc., toutes choses dont ne « bénéficient » bien entendu pas les fonctionnaires dont les salaires, eux, sont d’une transparence parfaite pour le fisc !
Il y a enfin la question du niveau d’études, de la qualification mais aussi celle de l’utilité sociale des revenus et des salaires ! Eh bien, sans vouloir vous chagriner outre mesure, il me semble que la déqualification tendancielle à laquelle est soumis le métier d’enseignant se paie par ce que vous pointez, mais en restant les deux pieds dans l’intox anti-enseignante, à savoir une baisse de la qualité de notre enseignement. Alors il faut vous renvoyer à la parabole de l’oeuf et de la poule : est-ce le trop de diplôme et une sorte d’inadaptation au concret du métier qui serait à la source d’un enseignement de petite qualité ou est-ce l’enseignement rendu problématique par toute une série de mesures d’austérité (recul sur la formation des profs, cf les étudiants envoyés sans préparation devant les élèves ; augmentation du recrutement de vacataires et de précaires sans vraie formation, classes surchargées, etc.) qui mettrait les diplômés en situation d’échec et d’inadaptation aux nécessités des classes ? J’ai pour ma part ma petite idée aisément décelable dans mon texte.
Vous raisonnez hors cadre politique, hors vraie prise en compte de ce qu’est la situation de classe rapportée aux structures de formation des profs et, de manière générale vous reprenez bien des poncifs de l’air du temps. Ce qui me permet de vous inviter à un peu de modestie sur le manque d’originalité de mon texte : nous sommes deux au moins à partager ce défaut ! Si tant est que l’originalité ait quelque chose à faire dans ce qui nous occupe.
Un dernier point sur l’opposition, cliché parmi les clichés, entre le savoir et le concret, les savoir-faire : ma pratique d’enseignant a toujours combiné les deux et les enseignants fonctionnent en général en mixant sans cesse les deux. Elémentaire bon sens pédagogique. En fait les promoteurs de cette opposition, sont des partisans plus ou moins avoués, de la baisse de la transmission des savoirs, ce qui en bonne logique libérale, contribue à créer l’école à deux vitesses : celle réservée au tout venant du populo, revue au rabais avec des profs mal formés dispensant le minimum utile pour les tâches productives les moins qualifiées et, de l’autre côté, l’école des élites, accessible par tout un appareil de cours privés et payants !
Si l’on veut bien accepter provisoirement ce raccourci provocateur, c’est de cela dont il s’agit : la question des salaires des enseignants est liée à la promotion d’un vrai service public ouvert à tous les enfants et entravant du mieux possible les déterminismes sociologiques et culturels.
Question subsidiaire : l’état actuel de régression salariale que subissent les enseignants en particulier explique qu’il y ait des difficultés à recruter par concours. Dans certains de ceux-ci il y a plus de postes que de candidats. Certains s’en accommodent qui trouvent qu’il ne vaut pas la peine de recruter des enseignants formés et qu’il faut continuer à développer le recrutement de vacataires sur la base d’acquis d’expérience bien concrets mais n’ayant souvent que peu de choses à voir avec l’enseignement à dispenser. Certains vont jusqu’au bout de la logique que j’ai décrite plus haut et envisagent froidement que c’est sur le contenu des enseignements qu’il faut réduire et donc, dans ce cas, pas la peine de recruter des gens qui « savent » au sens de « qui savent » transmettre du savoir et des savoir-faire ! Le tout est enrobé de la démagogie sur la nécessité de valoriser le concret des enfants du peuple. Car c’est connu, les enfants de pauvres, ça a l’intelligence du concret ; seule l’élite a l’intelligence tout court. A vouloir nous la jouer « bon sens près du peuple » on favorise bien du mépris envers ledit peuple !
Voilà en résumé ce que m’inspire votre écrit qui est très symptomatique de tout ce dont l’idéologie libérale a besoin pour « casser » l’Education Nationale que nous avons mis des siècles à bâtir, qui mérite des réajustements , pas sa démolition !