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Commentaire de Gaspard Delanuit

sur Le futur de la science. Carver Mead


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Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 25 février 2013 13:38
Réflexions intéressantes et qui touchent bien le centre de la cible. 

« Les non-réalistes (constructivistes) ne veulent pas cependant verser dans le solipsisme, selon lequel il n’est de réalité que celle conçue par les esprits des sujets. Ils font donc confiance aux processus constructifs et de mise à l’épreuve auxquels depuis les origines de la vie, les organismes biologiques ont eut recours pour élaborer un milieu « artificiel » conforme à leurs exigences de reproduction et d’expansion. »

Prolongeons un peu cette hypothèse. 

Il y a bien « quelque chose » dans l’univers, au sens où tout n’est pas seulement le produit de la fantaisie de ma conscience. Cependant, il est fort possible que le processus consistant à organiser ce quelque chose pour en faire un milieu vivable et compréhensible me conduise à encoder les informations me venant de l’univers afin de me les restituer à moi-même sous la forme d’une image cohérente, pour moi même et pour mon groupe social. 

Dès lors, chercher à comprendre l’image que je me fais de l’univers comme un objet extérieur, ou encore pire chercher à comprendre chacun de ses éléments jusqu’à la plus ténue particule comme un objet que je devrais m’efforcer de regarder « de l’extérieur » (ainsi que le ferais un chasseur à l’affût voulant surprendre sa proie) n’a aucun sens. Ce que j’observe pour en comprendre l’organisation, je ne peux l’observer qu’après l’avoir organisé moi-même (car rien ne m’est visible avant d’avoir été organisé en image). Je peux donc seulement découvrir la manière dont je l’ai moi-même organisé. Tant que je ne m’en rends pas compte, je suis comme un singe qui saute d’arbre en arbre à la poursuite de sa propre queue en croyant s’en rapprocher. 

Dès lors, la mission de la science spéculative (et non de la technologie qui en découle possiblement) consiste à décrire la manière dont notre cerveau produit de la réalité pour se constituer une image satisfaisante de l’univers à partir de ce qu’on peut tout au plus désigner comme un flux dont la véritable essence reste hors de notre portée. Ce qui implique que le physicien ne doit pas oublier que les phénomènes qu’il étudie n’existent pas en l’absence de son cerveau, ou plus exactement qu’ils n’existent pas de la manière dont il peut les appréhender comme « phénomènes » depuis son cerveau. 



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