Point suivant :
Je vous
propose que nous essayons de mettre ici les choses à plat au plan
épistémologique.
Soyons poppérien et convenons, si vous le voulez bien, qu’aucune théorie ne
peut être validée, vérifiée ou même confirmée.
Les théories peuvent seulement être réfutées (falsifiée si on veut faire dans
l’anglicisme).
Une donnée quelconque peut donc :
a) soit, au mieux, corroborer une théorie, cad, se révéler
« compatible » ou non contradictoire avec ladite théorie
b) soit infirmer l’anticipation de la théorie et donc la réfuter aussi peu que
ce soit, au moins de manière périphérique.
Ici c’est vous qui semblez vouloir me faire tomber dans un piège : (de
mémoire) Girard lorsqu’il émet son hypothèse ne lui attribue pas le
qualificatif de « scientifique » mais évoque l’idée de l’envisager
selon une approche elle « scientifique », au fil du développement de
ses idées et de leur diffusion (i.e. : les « girardiens ») de
plus en plus souvent se voit répétée cette affirmation "le modèle
girardien ou ses hypothèses sont vérifiés « scientifiquement »
" : donc pour faire court : on prétend appliquer à un modèle qui
ne se présente pas comme « scientifique » des critères scientifiques
quand cela « arrange » et pareil basculer au besoin vers des
appellations plus confuses tel que « idée »,
« herméneutique », « grille d’interprétation » suffisamment
large pour de facto être utilisable pour tout et n’importe quoi : et comme
rappelé précédemment on se passe largement de la "mise à l’épreuve des
faits« : je précise ici à nouveau : partir de mythes, rituels,
etc… »modernes" au sens d’historique vs préhistorique pour
interpréter d’hypothétiques rites archaïques qui révèleraient une origine
supposément unique est loin de correspondre au constat de terrain en
paléo, anthropo, ethno…
Enfin
le modèle girardien n’emploie pas les données tel quel (de façon
brute/objective) pour supporter ses hypothèses : il interprète a priori
les données comme corroborant ou pour vous reprendre étant
« compatible » avec ce qu’il postule : et autant les preuves
« positives » (i.e. : mythe/rite témoignant d’une possible
activité sacrificielle) servent à « valider » ou à
« supporter » le modèle postulé, autant les preuves
« négatives » (i.e. : mythe/rite ne témoignant d’aucune activité
sacrificielle) y servent aussi sur la seule base de a) un postulat de base
« mensonge/travestissement/enfouissement » et donc b) un traitement
« biaisé » (non objectif) des données collectées, sans parler de l’a priori
« néo-evhémériste » concernant la réalité historique supposé des
événements/personnages, évoqués dans les mythes ou divinisés/héroïsés (ici
nette influence « chrétienne » et antique chez Girard, ainsi que
médiévale : si je me rappelle bien il a débuté par l’histoire
médiévale) : approche quelque peu particulière puisque les mythes seraient
en quelque sorte des faux-témoignages « vrais » : i.e. :
ils évoqueraient véritablement des événements réels au sens factuel ou historique
(événements qui ont le mérite de la constance puisqu’il s’agit grosso modo de
toujours le même événement) mais dont la présentation serait fausse :
mensongère, travestie, inversée, etc…
Partant
de là, le modèle girardien se présente comme verrouillé : infalsifiable,
irréfutable : il est donc –sans connotation péjorative-
pseudo-scientifique : il n’y a donc aucune raison que dès lors soit évoqué
des données « assimilables » dans tel ou tel cadre théorique :
puisque pour reprendre mon exemple volontairement exagéré : une énorme quantité
de données (mythes, rites, linguistiques, etc..) peuvent parfaitement
« assimilables » dans un cadre théorique postulant l’existence des
Anciens Astronautes : et donc rendant « solide » la dite théorie
de l’ingérence alien dans le processus d’hominisation et civilisation de
l’Homme : en commençant par le concept indo-européen « Dieu » se
retrouvant sous x formes dans tous les langages indo-européens, et qui après
reconstruction du langage proto-indo-européen préhistorique (on demeure dans
l’hypothèse bien entendu mais éléments et approche (notamment linguistique
comparée) permettant une telle reconstruction sont scientifiques, pour le
simple fait que réfutables) et qui semble avoir été construit en associant deux
concepts « lumière » + « ciel » : donc parfaitement
« assimilable » par un cadre théorique évoquant des OVNI en ces temps
immémoriaux…
Rien ne
permet de la déclarer vraie, mais il est clair que plus elle paraîtra solide et plus de personnes seront
disposées à la considérer comme « valable », au sens pragmatique de
« efficace », plus le consensus à son égard s’élargira en somme.
Ensuite,
le besoin de croire fait le reste, mais il appartient à la psychologie et non
plus à l’épistémologie.
Donc
grosso modo, vous m’expliquez que l’important est que ce qui serait déterminant
est que le nombre d’adhérents à ce modèle s’accroisse et que s’établisse au
final un consensus autour de ce modèle par le seul biais de données qui lui
seraient « assimilables »…on est bel et bien dans le champ de la croyance
ou de l’idéologie/système philosophique : en effet, cela n’a rien à voir
avec ’l’épistémologie, pas plus que l’idée qu’une théorie serait ou
« forte » ou « faible » (des arguments forts/faibles
peuvent la supporter) : je pense qu’ici se situe un de nos points de
désaccords : un consensus autour d’une théorie s’établissant parce qu’un
nombre croissant d’individus la considère comme « valable » me semble
effectivement éloignée du champ scientifique : partant de là, suivant
votre logique, plus l’Intelligent Design sera considéré comme
« valable » par un nombre croissant d’individus, plus cette théorie
serait en quelque sorte acceptable ou « forte ». Et comme
l’Intelligent Design procède assez souvent de la même façon que le modèle
girardien, notamment en assimilant telle donnée et en ignorant un nombre plus
élévé la questionnant.
Bon,
je ne vais pas reprendre point par point vos réponses (ce serait trop long, et
nous risquions de nous y perdre) donc je vais d’abord énoncer un problème qui
me semble fondamental : à savoir que vous proposez donc une
« correction » du modèle girardien : se fondant notamment sur
l’impossibilité (voir absurdité) depuis une perspective évolutionniste de
l’existence de stades évolutionnaires caractérisés par une complète
inadaptation : je vous suis parfaitement jusque là. Et pour ce faire, vous
en venez donc à la primatologie et l’éthologie donc une supposée antériorité
animale. OR ici réside mon problème : à savoir que si je suis prêt à vous
suivre sur ce terrain : il me semble que les implications de cette
« correction » conduisent à une réfutation du modèle girardien ou a
minima de son hypothèse initiale concernant le processus d’hominisation.