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Commentaire de Lord WTF !

sur De l'animal à l'homme par l'invention du religieux : retour sur le modèle sacrificiel de René Girard


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Lord WTF ! Lord WTF ! 4 août 2013 22:56

 Point suivant :

Je vous propose que nous essayons de mettre ici les choses à plat au plan épistémologique.
Soyons poppérien et convenons, si vous le voulez bien, qu’aucune théorie ne peut être validée, vérifiée ou même confirmée.
Les théories peuvent seulement être réfutées (falsifiée si on veut faire dans l’anglicisme).
Une donnée quelconque peut donc : 
a) soit, au mieux, corroborer une théorie, cad, se révéler « compatible » ou non contradictoire avec ladite théorie
b) soit infirmer l’anticipation de la théorie et donc la réfuter aussi peu que ce soit, au moins de manière périphérique.

Ici c’est vous qui semblez vouloir me faire tomber dans un piège : (de mémoire) Girard lorsqu’il émet son hypothèse ne lui attribue pas le qualificatif de « scientifique » mais évoque l’idée de l’envisager selon une approche elle « scientifique », au fil du développement de ses idées et de leur diffusion (i.e. : les « girardiens ») de plus en plus souvent se voit répétée cette affirmation "le modèle girardien ou ses hypothèses sont vérifiés « scientifiquement » " : donc pour faire court : on prétend appliquer à un modèle qui ne se présente pas comme « scientifique » des critères scientifiques quand cela « arrange » et pareil basculer au besoin vers des appellations plus confuses tel que « idée », « herméneutique », « grille d’interprétation » suffisamment large pour de facto être utilisable pour tout et n’importe quoi : et comme rappelé précédemment on se passe largement de la "mise à l’épreuve des faits« : je précise ici à nouveau : partir de mythes, rituels, etc… »modernes" au sens d’historique vs préhistorique pour interpréter d’hypothétiques rites archaïques qui révèleraient une origine supposément unique est loin de correspondre au constat de terrain en paléo, anthropo, ethno…


Enfin le modèle girardien n’emploie pas les données tel quel (de façon brute/objective) pour supporter ses hypothèses : il interprète a priori les données comme corroborant ou pour vous reprendre étant « compatible » avec ce qu’il postule : et autant les preuves « positives » (i.e. : mythe/rite témoignant d’une possible activité sacrificielle) servent à « valider » ou à « supporter » le modèle postulé, autant les preuves « négatives » (i.e. : mythe/rite ne témoignant d’aucune activité sacrificielle) y servent aussi sur la seule base de a) un postulat de base « mensonge/travestissement/enfouissement » et donc b) un traitement « biaisé » (non objectif) des données collectées, sans parler de l’a priori « néo-evhémériste » concernant la réalité historique supposé des événements/personnages, évoqués dans les mythes ou divinisés/héroïsés (ici nette influence « chrétienne » et antique chez Girard, ainsi que médiévale : si je me rappelle bien il a débuté par l’histoire médiévale) : approche quelque peu particulière puisque les mythes seraient en quelque sorte des faux-témoignages « vrais » : i.e. : ils évoqueraient véritablement des événements réels au sens factuel ou historique (événements qui ont le mérite de la constance puisqu’il s’agit grosso modo de toujours le même événement) mais dont la présentation serait fausse : mensongère, travestie, inversée, etc… 


Partant de là, le modèle girardien se présente comme verrouillé : infalsifiable, irréfutable : il est donc –sans connotation péjorative- pseudo-scientifique : il n’y a donc aucune raison que dès lors soit évoqué des données « assimilables » dans tel ou tel cadre théorique : puisque pour reprendre mon exemple volontairement exagéré : une énorme quantité de données (mythes, rites, linguistiques, etc..) peuvent parfaitement « assimilables » dans un cadre théorique postulant l’existence des Anciens Astronautes : et donc rendant « solide » la dite théorie de l’ingérence alien dans le processus d’hominisation et civilisation de l’Homme : en commençant par le concept indo-européen « Dieu » se retrouvant sous x formes dans tous les langages indo-européens, et qui après reconstruction du langage proto-indo-européen préhistorique (on demeure dans l’hypothèse bien entendu mais éléments et approche (notamment linguistique comparée) permettant une telle reconstruction sont scientifiques, pour le simple fait que réfutables) et qui semble avoir été construit en associant deux concepts « lumière » + « ciel » : donc parfaitement « assimilable » par un cadre théorique évoquant des OVNI en ces temps immémoriaux…


Rien ne permet de la déclarer vraie, mais il est clair que plus elle paraîtra solide et plus de personnes seront disposées à la considérer comme « valable », au sens pragmatique de « efficace », plus le consensus à son égard s’élargira en somme.

Ensuite, le besoin de croire fait le reste, mais il appartient à la psychologie et non plus à l’épistémologie.


Donc grosso modo, vous m’expliquez que l’important est que ce qui serait déterminant est que le nombre d’adhérents à ce modèle s’accroisse et que s’établisse au final un consensus autour de ce modèle par le seul biais de données qui lui seraient « assimilables »…on est bel et bien dans le champ de la croyance ou de l’idéologie/système philosophique : en effet, cela n’a rien à voir avec ’l’épistémologie, pas plus que l’idée qu’une théorie serait ou « forte » ou « faible » (des arguments forts/faibles peuvent la supporter) : je pense qu’ici se situe un de nos points de désaccords : un consensus autour d’une théorie s’établissant parce qu’un nombre croissant d’individus la considère comme « valable » me semble effectivement éloignée du champ scientifique : partant de là, suivant votre logique, plus l’Intelligent Design sera considéré comme « valable » par un nombre croissant d’individus, plus cette théorie serait en quelque sorte acceptable ou « forte ». Et comme l’Intelligent Design procède assez souvent de la même façon que le modèle girardien, notamment en assimilant telle donnée et en ignorant un nombre plus élévé la questionnant.  


Bon, je ne vais pas reprendre point par point vos réponses (ce serait trop long, et nous risquions de nous y perdre) donc je vais d’abord énoncer un problème qui me semble fondamental : à savoir que vous proposez donc une « correction » du modèle girardien : se fondant notamment sur l’impossibilité (voir absurdité) depuis une perspective évolutionniste de l’existence de stades évolutionnaires caractérisés par une complète inadaptation : je vous suis parfaitement jusque là. Et pour ce faire, vous en venez donc à la primatologie et l’éthologie donc une supposée antériorité animale. OR ici réside mon problème : à savoir que si je suis prêt à vous suivre sur ce terrain : il me semble que les implications de cette « correction » conduisent à une réfutation du modèle girardien ou a minima de son hypothèse initiale concernant le processus d’hominisation.


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