En effet,
A. je ne vais pas présenter à nouveau le modèle girardien : vous le connaissez, quiconque a lu votre article ou les coms commencent à en avoir une idée : mais disons les éléments essentiels sont désir/rivalité/conflit mimétique et victime-substitut/bouc-émissaire, meurtre-sacrifice > résolution conflit/régulation violence. Girard posant donc que ces mécanismes fondent le processus d’hominisation, et donc par extension sont à l’origine de l’Humain et des sociétés humaines avec tout ce que cela inclut (représentations, cultures, religions, pratiques, rites, mythes, etc…)
Puis il y a votre « correction » donc :
B. vous évoquez donc chez les primates des mécanismes de régulation/résolution de la violence : dont la chasse qui selon vous serait une activité de nature si ce n’est sacrificielle, « proto-sacrificielle » donc avec la fonction supposée par Girard du sacrifice, vous évoquez aussi les poules avec l’existence d’une poule-émissaire (poule « marquée » devenant victime-substitut du poulailler) qui si je vous ai bien lu elle-aussi sert à apaiser les tensions au sein du poulailler : illustrer par le fait que son absence engendre un nouveau cycle de tensions/conflits intra-poulailler.
Maintenant mes observations, et les implications que je retire de tout cela :
C.
1) vous aurez remarqué que d’un nombre des observations concernant les primates que vous employez pour supporter vos arguments proviennent d’animaux en captivité (zoo), qu’à l’évidence un poulailler n’est pas plus un environnement naturel : il y a donc ici des éléments dont vous semblez ne pas tenir compte : notamment un que je suggérais dans mes coms précédents : la pression démographique et dans les cas qui nous intéressent ici : l’impossibilité d’adopter des stratégies possibles en environnement naturel : fuite ou scission du groupe plutôt qu’explosion de fureur fratricide :
mais disons que j’accepte d’ignorer cette condition « artificielle » et ignore aussi volontairement que la domestication de l’ancêtre de la poule, à la différence d’autres espèces animales, semble ne pas s’être faite pour ses œufs ou sa chair mais à finalité sportive : i.e. : les combats de coq : un des plus anciens « sports » connu. Et comme pour tout processus de domestication, ont été sélectionnées les caractéristiques recherchées : dans le cas du cock-fighting : à l’évidence c’est l’hyper-agressivité/pugnacité qui était recherchée en priorité. Ou d’ignorer que les grands singes descendant de la séparation entre ancêtres des humains et les leurs il y a quelques millions d’années ne veut pas dire que les grands singes actuels existaient il y a x millions d’années mais qu’eux aussi ont évolué et adopté des stratégies évolutives et adaptatives diverses et variées : certaines déterminées par soit la concurrence avec notre espèce soit les interférences produites par notre espèce à l’encontre d’eux (en Afrique les interactions humains-chimpanzés par exemple s’étale sur des millénaires) : et donc cela ne me permet pas de supposer qu’existerait pas a priori d’antériorité entre pratiques de la chasse chez tel primate ou ses ancêtres et pratiques de la chasse chez les proto-humains : à moins de considérer que l’Humain descend du chimpanzé, du bonobo, etc…non, le dernier ancêtre commun daterait selon les estimations d’il y a 4 à 13 millions d’années : ce qui nous place a minima 2 millions d’années avant le premier membre (connu) de la famille Homo : soit H. Habilis : entre temps et depuis, chimpanzés, bonobos, gorilles, proto-humains, humains, etc… ont pris des chemins différents : aussi considérer que la pratique de la chasse (comprise comme proto-sacrificielle) chez des chimpanzés appartenant au genre Pan témoignerait d’une « antériorité » et éclairerait d’une nouvelle manière la pratique de la chasse chez les membres du genre Homo (les différences principales étant connues, point besoin de les énoncer : néanmoins les différences en termes de capacités cognitives ou conceptuelles pourraient être rappelées).
Bref je vais ignorer tous ces éléments, et considérer –le temps de cette discussion- comme vous que effectivement dans le règne animal : activités proto-sacrificielles voir pratiques sacrificielles existent, et qu’existe aussi la victime-substitut bouc-émissarisée, sacrifiée, etc…donc mon second point :
2) pour rester dans un modèle girardien (puisque visiblement vous ne souhaitez que le corriger) posant que les mécanismes sus-cités relèvent donc du désir/rivalité/conflit/crise mimétique, que leurs fonctions est donc de réguler ces phénomènes de contagion-crise mimétique et bien entendu le plus important qu’ils sont les ressorts fondamentaux du processus d’hominisation.
Là surgit mon problème : si la mise en place de ces mécanismes est l’évidence-fondation du processus d’hominisation : leur antériorité au stade animal conduit automatiquement à considérer que le processus d’hominisation ne s’est pas fondé sur ces mécanismes (ou pour être plus ouvert pas uniquement) puisque stricto sensu ils n’ont absolument rien de singulièrement post-animal, proto-humain, humain puisqu’ils existent au stade animal : même chez la poule ! Ergo si un chimpanzé use de la chasse à vertu sacrificielle comme mode de régulation des violences intra-groupes, si un poulailler use d’une poule-émissaire pour réduire les tensions intra-poulailler : ces mécanismes étaient donc déjà opérant avant même le stade proto-humain : ils ne peuvent logiquement être utilisés comme explication ultime et unique au processus d’hominisation : processus qui justement se caractérise par une RUPTURE avec le stade antérieur ergo animal : donc mécanismes ou événements ayant enclenché ou supporté ce processus ne peuvent pas lui pré-exister : a) ils doivent apparaître ou émerger et ainsi marquer un nouveau stade évolutif et b) co-existent (part intégrante) au processus.
Si comme vous le dites le sacrifice s’origine dans le monde animal : il ne peut-être le (ou le seul) support du processus d’hominisation : puisque grosso modo : si les pré-proto-humains pratiquent le sacrifice : la même pratique chez les proto-humains puis les humains ne témoigne donc d’aucun changement d’un point de vue évolutif ou de l’adoption d’une NOUVELLE stratégie évolutive, adaptative, en terme de régulation des violences intra-groupes…Un peu comme si je postulais que la bidépie, le langage, etc… à eux-seuls expliquent le processus d’hominisation, parce que et le chimpanzé et la gerbille peuvent adopter la station debout sur deux pattes au besoin, ou parce que tel oiseau ou le dauphin dispose d’une forme de langage élaboré…à l’évidence : cela ne suffit pas à expliquer la singularité du processus d’hominisation : néanmoins à la différence du modèle girardien, sites, fossiles, etc… me permettent de les intégrer « factuellement » et « objectivement » dans ce processus évolutif.Ainsi votre « correction » dans ses implications mène tout simplement à réfuter l’idée que sacrifice et bouc-émissariat aient pu supporter le processus d’hominisation puis celui d’ « humanisation » puisqu’ils n’ont rien de spécifiquement ou hominiens, ou proto-humains ou humains : puisque préexistant à tous ces stades évolutifs et retrouvables (selon vos analyses) autant chez le chimpanzé que le poulet.
Pour faire plus court : en réfutant le postulat premier du modèle girardien ( à savoir l’absence d’immolation sacrificielle dans le règne animal : et faisant de sa pratique une singularité du genre Homo, dont découlerait le processus d’hominisation, et la Représentation entre autre (premier meurtre > premier signe) ) tout ce qui en découle est immédiatement remis en question : vous constaterez que je me suis avant tout proposé de fournir des arguments théoriques et pratiques questionnant le modèle dans son ensemble : vous allez plus loin : vous réfutez l’argument premier : donc il est étrange que bien que vous le fassiez : vous persistiez à défendre un modèle dont vous contredisez LA base théorique…
Enfin les supposées capacités « super-mimétiques » du genre Homo ne pouvant être découplées du développement cérébral, cognitif, etc... elles ne peuvent être arbitrairement considérées comme l’évidence que le processus d’hominisation se serait fondé sur des mécanismes qui bien que pré-existants au stade animal n’auraient pas eu le même potentiel au niveau évolutif, en raison de capacités mimétiques animales moindres...à moins de considérer que l’évolution du genre homo est avant tout le développement de capacités super-mimétiques : ce qui n’est pas mon cas.
Aussi, même si par volonté d’adopter une forme de pluralisme épistémologique (parce que fondamentalement nécessaire à notre stade de développement scientifique et les impasses actuelles ou à venir sans changement paradigmatique) et intégrer les idées de g et non le modèle girardien : cela se limitera à cela : le considérer comme ayant été opérant possiblement à un stade plus tardif (néolithique et complexification des structures sociales) dans un processus évolutif pluriel (bio, cognitif, socioculturel, génétique, biochimique, anatomique, etc…) qui en soi est justement ce qui singularise l’Humain : ergo mon refus d’une théorie qui postulerait autant un processus uniforme qu’une origine unique.
19/01 16:36 - Luc-Laurent Salvador
message de service : vous pouvez me contacter par mèl à « lulo POINT com AT gmail POINT com » (...)
14/09 13:47 - philouie
Abraham. Abraham est considéré comme le père des musulmans, il en est en quelque sorte la (...)
14/09 11:39 - philouie
La place du désir en Islam. Bien évidement, lorsque je parle de désir, il n’est (...)
12/09 12:42 - philouie
De la place du désir en Islam. D’abord une petite précision, lorsque je parle de (...)
10/09 13:32 - philouie
Bonjour, Nous avons terminé d’examiner les sources coranique. Notre récolte est maigre. (...)
08/09 11:09 - philouie
La vie : Don et Sacrifice. Sourate 108 1. Nous t’avons certes, accordé (...)
Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Ubuntu, PHP, MySQL, CKEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
A propos / Contact / Mentions légales / Cookies et données personnelles / Charte de modération

