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Commentaire de Luc-Laurent Salvador

sur Lettre à René Girard sur le 11 septembre 2001


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Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 septembre 2013 12:21

Bonjour Gollum,

Premier point mineur : vous vous trompez sur l’idée que l’ésotérique ne serait pas ma tasse de thé. Enfin, entendons-nous. Depuis que j’en entends parler en bien, je suis convaincu que la lecture de René Guénon doit être enrichissante. Mon problème est que je n’ai pas le temps de l’explorer. J’attends qu’on me dise que sur tel ou tel point, page tant, il dit des choses superbes sur... je ne sais pas, le sacrifice par exemple. Là j’irai lire. Disons que j’ai passé l’époque où j’essayais de boire l’océan de la connaissance.
Maitenant pour l’ésotérisme tout en symboles, je suis disons prudent. Mais par exemple je ne sais plus qui en parlé dernièrement, vous peut-être ?, j’ai acheté le livre de Abellio et Hirsch sur la théorie des nombres bibliques. Donc malgrè tout, je reste ouvert et même curieux smiley

Concernant le Mal, tout d’abord merci pour l’éclairage et la formule « privatio boni » qui me va parfaitement. Oui, je suis bien dans cette vision là et je me réjouis d’apprendre que des figures de références comme St Augustin ont déjà arpenté cette voie.

Puisqu’on en est à faire des « inférences » sur les désirs ou intentions de l’autre, je serais pour ma part porté à penser que vous êtes héritier d’un système de pensée qui est assez « catégorique » au sens où il vient des formes de pensées traditionnelles que la philosophie et sa manière de traiter des choses en terme de catégories a depuis longtemps envahi tous les compartiments au point que la chose pourrait passer inaperçue tellement elle semble normale.

Ma pensée est plutôt de nature biologique. C’est en réfléchissant à l’évolution des formes vivantes que j’ai construit les outils et les formes fondamentales de mon activité intellectuelle.

La première chose dont je me méfie, c’est l’ontologisation, le fait de considérer les choses comme « en soi », comme à une époque la psychologie faite par les philosophes était une psychologie des « facultés », à savoir des capacités anhistoriques, sans genèse, sans développement, dont on serait doté ou pas selon que ce serait dans notre nature d’en disposer ou pas.

La théorie de l’évolution a balayé tout ça, et c’est une bonne chose.
Dès lors, je suis fonctionnaliste, avec cette idée que la fonction crée l’organe et que tout dépend du contexte. Rien dans le monde phénoménal n’est en soi.

Que le Mal existe au plan métaphysique, qu’il ait ses légions, c’est une chose que je n’exclue pas mais dont je ne m’occupe pas.

Ce qui m’intéresse, c’est qu’est-ce que le Mal pour nous les hommes ?

Je ne vais pas en faire la théorie car je n’ai pas suffisamment réfléchi la chose pour avoir un discours digne d’intérêt à ce sujet.
Je ne dispose que d’aperçus.
Disons que, comme j’ai tenté de l’exprimer, il me paraît évident qu’en cherchant dans l’histoire d’un homme qui fait le mal, on trouvera le moment où il aura lui-même subi ce mal sur lequel il ne fait en définitive que prendre modèle.

Tout n’est qu’imitation et le mal ne fait pas exception.

La chose intéressante est que l’imitation du bien peut mener au mal lorsqu’elle est brouillonne, inattentive.

C’est ce que disait Simone Weil. L’inattention c’est le mal. Je suis d’accord mais ce n’est pas, selon moi, la fin de l’histoire ni le tour de la question.

Comme je l’ai dit, je tends à penser que la racine du Mal est dans la peur et que le premier pas dans la direction du bien vient de la capacité à faire confiance, de la foi en somme.

Tout ça se pense très bien en référence avec le cycle de nos habitudes. C’est là où je cherche, dans le moteur et l’ossature de la psyché où, tout se construit, où tout est dans tout et réciproquement.

Je pense que la quesiton du Mal doit être actuellement sortie du registre seulement religieux ou ésotérique et doit être pleinement thématisée dans le contexte psychologique hors du champ de la seule éthique.

Si c’est du relativisme, alors je suis relativiste smiley Mais pas pour dire « à chacun sa vérité » ; ça c’est du n’importe quoi.

Je suis relativiste au sens où tout dépend du contexte. Ce qui paraît un bien pourrait bien être un mal si c’est d’abord mû par des intérêts égoîstes, cad, sans égard pour autrui (genre les cadeaux empoisonnés). Bref, encore une fois, je me méfie de l’en soi.

Bon, je m’arrête là car je vois que je vais commencer à tourner en rond.

Ah oui, pour finir, à titre d’exemple, vous dites que le cycle est infernal d’essence, sauf que, si on regarde bien, il n’y a que ça. Toute la vie n’est que cycles, nos organismes ne sont que ça, même l’imprédicible chaos est dense en cycles.

Ma « psychologie synthétique » est basée sur un monisme du cycle, l’idée qu’il n’y a que ça et que tout en dérive. Vous comprenez que je ne me fasse pas à l’idée que tout ça soit infernal, sauf à admettre que toute la création serait infernale.

Comme cela je ne peux le croire, je m’autorise à penser que le cycle est une bénédiction puisqu’il est notre mode d’incarnation smiley

Que pensez-vous de tout ça ?


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