Il convient tout d’abord de souligner l’effort de l’auteur, malheureusement son texte est trop long, ou trop court ; de même l’Europe est-elle trop souvent décrite ici comme un bloc monolithique alors qu’il aurait été bien plus intéressant de faire la distinction entre puissances maritimes et puissances continentales d’une part, idéologie protestante et catholique de l’autre, etc.
Ainsi, quand l’auteur écrit : « le christianisme se trouva encourager l’esclavage », il commet l’impardonnable faute qui consiste à ne pas noter que seuls contre tous chez les conquérants, se furent certains hommes d’Église qui s’élevèrent contre l’esclavage, en théorie mais aussi en pratique ; et il ne faut pas omettre par exemple le cas particulier des Mission jésuites :
"Ces missions (jésuites) réussirent grâce à une particularité unique et
fondamentale : les Guaranis qui y vivaient étaient dispensés de tout
servage et ne devaient pas de service dans le cadre de l’encomienda
(STO des colons). L’impôt dû au Roi d’Espagne payait le traitement
(modique) des missionnaires. En 1611, le gouverneur Alfaro autorisa,
par des ‘ordonnances’ spéciales, cette spécificité des missions
jésuites par rapport à toutes les autres. Vivant loin des Espagnols et
hors de tout esclavage, les Missions se sont répandues comme un feu
entre 1611 et 1630 (de 2 à 40), réunissant des populations
considérables (140 000 en 1732) sur une surface immense (de la taille
de la France) allant aujourd’hui du nord de l’Uruguay au sud-est du
Paraguay en passant par le Brésil et l’Argentine.«
»Elles ont pu survivre et
prospérer grâce une économie remarquablement gérée, fondée sur deux
ressources majeures : d’une part d’immenses troupeaux (plus de 2
millions de têtes) vivant dans des ranchs (vaquerias) dans la
savane au nord de l’Uruguay et d’autre part le fruit de la vente de la
yerba-maté, herbe très consommée et dont les missions étaient seules à
maîtriser la culture organisée. Ce sont ces ressources qui ont suscité
des convoitises croissantes de la part des colons espagnols et
portugais. Attaquées en 1632/1635 par les bandeirantes, elles
faillirent périr. La moitié furent déménagées à un coût humain très
lourd. Grâce au Père Montoya, des armes furent acquises, une armée
constituée et une grande victoire remportée en 1641 à Mbororé qui mit
fin à cette menace. Le Pape Urbain VIII défendit les Indiens par la
bulle Commissum Nobis.«
Le film »Mission" - exception hollywoodienne ! - montre d’ailleurs cela fort bien.
Au final, un article qui, sans être dénué d’intérêt, survole les faits et les idéologies, et n’apporte malheureusement pas grand chose. Dommage...