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Commentaire de Joshua

sur Edgar Morin nous explique indirectement le système politique


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Joshua 27 janvier 2014 12:09

Ceux qui vivent encore dans le vieux monde de la pensée rationaliste (ils sont nombreux : c’est la base de l’enseignement dans le monde entier) ne verront pas qu’Edgar Morin se situe dans le courant d’une pensée révolutionnaire extraordinnaire.
La complexité est un principe de compréhension radical qui ouvre les isolats conceptuels (qu’ils se rapportent à des idées ou à des choses matérielles) à toutes les formes de relations et de relativité possibles.
Comme l’explique assez bien JL plus haut, les objets, de quelque ordre soient-ils, en étant généralisés sous forme de systèmes, sont vus de façon transdimentionnel : du point de vue de leurs relations horizontales, avec les objets de même nature ou dimension, mais aussi verticales, c’est-à-dire micronomiques et macronomiques (ex. : sociales, individuelles, physiologiques, biologiques chimiques, physiques…).
Cela change beaucoup de choses. On comprend mieux notamment la notion devenue incontournable d’émergence (contre la négation des réalités complexe - comme si la noosphère ou, pire, l’anthroposphère n’étaient qu’illusions, alors que ce sont les mondes primordiaux de l’humanité). On comprend mieux la réalité « sandwich », celle de l’entre-deux, du médium - comme l’est la réalité humaine.
Cette pensée mène à une conception « concentrationniste » et « processorale » du monde : toute réalité identifiable, de quelque nature qu’elle soit (du plus matériel au plus conceptuel - en passant par l’énergétique, le phénoménal et le spirituel) n’est qu’un un pôle d’organisation plus ou moins dense en quantité et qualité, plus ou moins fermé sur lui-même, plus ou moins dynamique à son échelle et plus ou moins autonome - le tout dans un continuum spatiotemporel infini (« horizontal-vertical » donc).
Dans le cadre technoscientifique, cela oblige à une plus grande humilité et, surtout, conduit à un plus grand réalisme.
C’est très utile dans le cadre politique aussi, tant rien n’est plus important pour avoir une politique sérieuse (écosociale en particulier) que de se construire des représentations solides.
Là où cette vision pèche - et c’est le problème que rencontre Edgar - c’est dans le domaine de l’action.
La pensée complexe met en exergue une différence de nature très importante qui n’est pas toujours bien perçu par ceux qui la pratiquent : celle qui concerne le sens de l’action et celui de la connaissance. Si connaître est une action, c’est une action subtile de mise en suspens des éléments de la réalité pour pouvoir les identifier et les analyser. Au contraire, si l’action demande une large connaissance, elle nécessite de faire subir à celle-ci un implacable réductionnisme, ceci de façon à favoriser la prise de décision - et donc l’efficacité de la démarche entreprise.
Le réalisme de la connaissance permet de trouver la voie d’action la plus juste à travers le processus de réduction du champ du savoir entrepris pour les nécessités du choix.
Voilà ce qui fait qu’il n’y a pas grand-chose de révolutionnaire dans les discours politiques d’Edgar (malgré des prises de position très courageuses), quand sa philosophie (La méthode, livre 1, 2 et 3, principalement) est proprement décoiffante.
 Pour ce que j’en pense.
(Merci à JL, au Singe conscient et à AlainV pour leurs intéressantes réflexions.)


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